L’anesthésie dans l’équitation ou l’absence du cheval d’école

Photo : Anja Beran et une élève

Nous en parlions dans de précédents sujets, l’enseignement fédéral comprend beaucoup d’inepties et de lacunes, que nombreux tentent de combler par diverses méthodes, renforcées par du matériel toujours plus diversifié, dans un crescendo de sévérité et d’enfermement. En pertes de sensations justes, l’équitation est comme anesthésiée.

Ce que l’on a tendance à nommer cheval d’école aujourd’hui, est le vieux cheval de club routiné par les années de service, mais le vrai et authentique cheval d’école a quasiment disparu des écuries.
Le cheval d’école est un cheval de basse voire de haute école, c’est le « cheval-professeur » de l’écurie qui forme les cavaliers, leurs donne confiance, mais surtout leurs fait ressentir l’équilibre et la finesse d’un dressage abouti afin qu’ils gravent ces sensations dans leur mémoire, et les recherchent avec chacune de leur monture.

Notre système actuel ne fait pas de place pour ces chevaux, trop chers, rares, et incapable de les former. Ces chevaux ne sont pas non plus taillés pour des cours collectifs.
Il faut donc presque provoquer sa chance pour avoir l’occasion de monter un tel cheval, de sentir cet équilibre, ce rebond, cette propulsion naturelle provoquée par la moindre pression des jambes, ce piaffer gaiement réalisé ou encore un simple reculer agile…
Il est très difficile d’obtenir ces mêmes sensations sans les avoir perçues au préalable, parce qu’il faut être élève avant d’enseigner. Malheureusement, les cavaliers n’ont pas ces chevaux professeurs à portée de main, et tâtonnent dans leur propre pratique. Comment un apprenti cavalier peut-il obtenir une épaule en dedans avec un cheval à peine dressé ? Il ne peut pas.

Il y a un problème dans l’enseignement d’aujourd’hui qui nuit à l’épanouissement des cavaliers, car si l’enseignement fonctionnait avec des cavaliers éduqués et correctement encadrés, ainsi qu’une cavalerie bien dressée, l’équitation aurait tout à y gagner en termes de qualité, de brillance, et de simplicité.

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8 réflexions sur “L’anesthésie dans l’équitation ou l’absence du cheval d’école

  1. S’il est vrai que l’on ne rencontre plus de chevaux d’école, il est vrai aussi que l’enseignement n’invite pas à apprécier de tels montures; Car le fait de ne plus prendre le temps d’éduquer les cavaliers à la conscience de leur propre corps ne les invite pas à ressentir ce que leur transmet le cheval.
    Formons de vrais enseignants (pas des animateurs dont le rôle est autre!)qui éduqueront leur propre cavalerie et formeront correctement des cavaliers qui trouveront auprès des chevaux plaisir et sécurité, et ce quelle que soit la discipline choisie. Yves KATZ, BEES2

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  2. J’ai pour ma part « provoqué » ma chance comme écrit dans l’article, en sollicitant un ancien élève de Nuno Oliveira. Cet homme n’acceptait de former que les cavaliers ayant leur propre cheval, ce qui n’était pas mon cas. Moi, pauvre roturière du monde équin, je voulais savoir ce que ça faisait de monter un cheval de haute école : ce monsieur a fini par accepter. Ca a été un moment extraordinaire, bien que difficile. Je n’avais pas monté depuis 4 ans, et je me retrouve sur un entier lusitanien réglé comme une montre suisse. Gloups. Malgré la peur (et les courbatures), j’ai éprouvé des sensations inoubliables. Premier choc : je mets les rênes au contact (première bride, le réglage des rênes n’était pas triste !), et tac mon cheval s’éveille, oreilles tournées vers moi, style « c’est parti, dis moi ce qu’il faut faire », encolure redressée et pas énergique. J’en suis restée bête quelques secondes. Jamais je n’avais monté un cheval heureux de travailler, heureux qu’on lui donne le signal de départ d’une séance. Waow. Je ne pouvais pas m’empêcher de comparer avec les pauvres chevaux de clubs mal dressés et raides que j’avais toujours monté : j’avais entre les cuisses un cheval rond, d’un équilibre parfait, attentif à ce que je lui demandais, et tellement généreux ! Mon premier trot allongé (ça dépote !), ma première bride, ma première bouche moelleuse comme du miel, mon premier vrai « moteur arrière ». Et surtout, mon premier piaffer, mon dieu c’était un régal : des membres légers, un dos tendu, qui ondule doucement, et cette bouche qui cliquète sur le mors. J’ai fini la séance sur mon petit nuage malgré les jambes qui tremblaient, pas habituée à rester allongées dans les quartiers d’une selle de dressage, moi qui aimait tellement monter réglée court. Bref, un grand moment d’équitation que je n’oublierais jamais, moi qui suis redevenue piétonne depuis un bon moment, révoltée par l’équitation de brute que je croise bien trop souvent autour de chez moi…

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  3. J’ai partagé votre publication – je suis tellement d’accord avec vous ! J’ai aussi adoré le commentaire de Caroline, car c’est exactement ce que nous disent les cavaliers qui essaient nos chevaux, ils sont sur un petit nuage et parlent de bonheur – Nous avons fait des chevaux d’école -Nous sommes éleveurs, attentifs à l’équitation classique, légère respectueuse du cheval, il nous faut bien les valoriser et les faire apprécier – Mais en effet, on les trouve trop chers ; alors on les garde pour nous et ne reproduisons plus …. Il y a en effet très peu de cavaliers sortis de club avec même un galop 7, capables de les monter … Et je comprends le cavalier qu’a rencontré Caroline – Il n’est pas toujours facile de mettre des chevaux « réglés comme une montre suisse » entre toutes mains . Mais il suffit d’accepter d’allonger les étrivières, de se tenir correctement dans la selle, d’écouter et sentir le cheval, de relire les écuyers et de prendre les bons conseils – on évolue très vite si l’on n’est pas pressés.

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    1. Le principal soucis c’est que l’équitation fédérale est trop éloignée de l’équitation classique pour que les cavaliers sachent monter ces chevaux dressés… Quant à l’élevage, vous soulevez une réflexion intéressante.

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  4. Merci de votre réponse Chantal ! Pour moi, dur dur d’allonger les étrivières ;) ! Toute ma force est dans mes jambes, et je pense que je montais court pour me tenir, en quelque sorte. Du coup, si je rallongeais les étrivières, je perdais mon appui, je déchaussais, bref, la cata.
    En effet, je comprends ce monsieur qui devait sûrement, ne m’ayant jamais vu monter, hésiter à me confier un de ces chevaux. Pendant la séance il a d’ailleurs du reprendre et calmer le cheval, car mes aides et mon assiette imprécises l’avaient chamboulé… Je n’ai jamais eu un bon niveau technique, et me voilà donc confrontée à une impasse, digne d’une pièce absurde : d’un côté, mon éthique m’interdit de monter en club traditionnel, où l’adage est « tire devant et pique derrière », et de l’autre je n’ai pas le niveau nécessaire soit pour avoir mon propre cheval (et donc explorer cette voie de l’équitation française par moi-même) ou pour prendre des stages. J’ai également le bonheur d’habiter dans une région aux loyers exorbitants (j’ignorais que le soleil avait un prix) et très pauvre en clubs de qualité. Les centres équestres peuplés par de riches brutes sont légion, mais un formateur, un vrai, passionné par les chevaux plus que par l’équitation, et qui aurait le désir de transmettre son savoir à une pauvre piétonne comme moi, ben… y’a pas ! J’ai préféré vivre selon mes principes, et si je ne le regrette absolument pas, je suis le parfait exemple qui illustre le cloisonnement du monde équestre, sclérosé par l’égo, la quête d’argent et de pouvoir, la bêtise.
    Ce que je voudrais faire remarquer (pour en revenir à cette séance de monte sur ce cheval dressé), c’est que malgré des années en usine, pardon, centre équestre et 4 ans d’arrêt (bien plus aujourd’hui), le monsieur a trouvé que j’avais du tact (malgré mon manque de fixité). Du coup, je voudrais noter deux choses : la première, ces moniteurs braillards qui ne laissent ni place à la créativité, ni au silence intérieur qui permet de sentir les choses, et je ne parle même pas des encouragements lorsqu’on est sur la bonne voie. La deuxième, c’est que personne ne m’avait encore dit que j’avais du tact, et donc j’en arrive à m’interroger : avais-je toujours été une cavalière avec du tact, mais dans l’impossibilité de le mettre en pratique sur des chevaux cassés ? Du coup, existerais-t-il pléthore de « bons cavaliers » (avec du potentiel en tout cas) qui s’ignorent ? Enfin, un cheval déjà en équilibre et parfaitement dressé, serait-il une sorte de révélateur ? En effet, dur de trouver son équilibre sur un cheval lui-même en déséquilibre, dur de se forger une assiette et un émotionnel serein lorsque que chaque virage devient une lutte…
    Il y aurait tellement à dire, à réfléchir !
    J’ai tellement à coeur de réformer ce monde sclérosé, mais avec seulement un galop 3 en poche, c’est le pot de terre contre le pot de fer !

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  5. Ben déjà, la bonne équitation n’est pas une affaire de longueur d’étrivière : on voit moult cavaliers (cavalières) les étrivières trop longue, pas dans leur selle… Des cavalier(e)s avec des étriers ajustés à leur descente de jambe, cela suffit.
    Respecter le cheval dans son équitation, n’est pas seulement une question de basse école ou d’équitation « de club ». On apprend mieux, (bien mieux) avec un cheval dressé on est d’accord. Mais le respect c’est d’abord une affaire de coeur (le sien) et d’enseignement, au delà des dogmes. Je veux dire qu’un bon moniteur, sans être un excellent équitant, sans avoir une superbe cavalerie (portugaise de préférence… !) de Maître d’Ecole, travaillant avec de gentils petits chevaux (et même avec des chevaux plus compliqués) peut tout à fait apprendre une équitation respectueuse à ses cavaliers ! Là on est d’accord, cela manque cruellement dans les clubs… faute d’éducation des moniteurs. D’ailleurs, il n’y a cas voir, les ficelles sont même autorisées en concours, ainsi que les muserolles type « nose-band »
    Le dressage, c’est bien ! j’adore ça et je m’efforce de mon mieux … A faire de mon mieux. Mais le loisir, la promenade, l’obstacle … etc c’est bien aussi. Je recherche l’équilibre optimal, mais l’équilibre horizontal ça peut aussi fonctionner, et si le cheval et son cavalier s’accordent sur un galop plein pot dans les champs, bien sur les épaules, où est le mal ?
    Pour finir, chacun parle de Son Equitation comme « Equitation d’Ecole », de Respect, comme la meilleure (la seule) manière de faire du Dressage (du vrai, du bien !) seulement la plupart du temps, chacun parle de chose différente, alors … ?

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    1. Il y a en effet beaucoup de divergences dans l’équitation. Nous utilisons parfois le même vocabulaire, mais nous n’avons pas tous les mêmes définitions, raison pour laquelle votre question pourrait faire l’objet d’un article, j’y réfléchirai. :)

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  6. Je rejoins tout à fait votre avis sur le sujet. S’il n’est pas forcément nécessaire d’avoir affaire à un cheval d’école dans le cadre d’une équitation de loisirs en club équestre pour les plus jeunes, qui n’ont pas pour objectif de développer des compétences techniques extrêmement poussées, par contre ce devrait être obligatoire pour un apprentissage optimal pour les cavaliers qui souhaitent aller vers du haut niveau.

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