La cession de mâchoire

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Il y a 9 ans, s’est déroulé un colloque à l’ENE très intéressant, dont voici le titre :
La vérité sortirait-elle de la bouche des chevaux ?

Mobilité et décontraction de la mâchoire en équitation – Leurs incidences sur la locomotion du cheval, son bien-être et son emploi.
Xe Colloque de l’École Nationale d’Équitation à Saumur, le 16 juin 2007.
Sous la direction de Patrice Franchet d’Espèrey en partenariat avec Laetitia Bataille.
Compte-rendu écrit par Eva Van Avermaet, corrigé par DocMimie.

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Liste des thèmes abordés et des intervenants :

  • Patrice Franchet d’Espèrey est venu nous parler de « Mobilité de la mâchoire, flexion et réflexion ».
  • Luc de Goustin nous a parlé de la mâchoire, de la ganache et du menton.
  • Stéphane Béchy : La manière et l’art.
  • Thierry Fuss : Mobilité et anatomie de la mâchoire.
  • Yves Gauchot nous parle de la prophylaxie et soins dentaires dans l’optique de la mobilisation de la mâchoire.
  • Fritz Stahlecker : peut-on aider le cheval à choisir son mors ?
  • Nelly Valère nous montre quelques pratiques et opinions de cavaliers actuels.
  • G.Dorsi et G.Antoine parlent de la flexion de la mâchoire comme expression d’un comportement.
  • Nicolas Blondeau nous envoie quelqu’un pour lire son texte Comme un enfant prenant la main de son père.
  • Jean-Michel Krawiecki compare Bauchérisme et ostéopathie : similitudes et divergences.
  • Jean Servantie : Cession de mâchoire, relation avec l’ensemble du corps, approche ostéopathique.
  • Marc Baudoux nous parle de la relation entre la mobilité tête-encolure et mobilité de la zone thoraco-lombaire.
  • Isabelle Burgaud et Sophie Biau nous parlent de l’influence de la bouche et de la nuque sur les appuis antérieurs du cheval.
  • Dominique Ollivier parle de l’influence de la mobilité de la mâchoire sur l’équilibre.
  • Peter Andresen: réflexions sous l’angle de l’acupuncture et des biothérapies.
  • Nelly Valère a conclu en parlant de la démarche expérimentale et de la légitimation, et des perspectives de la recherche scientifique autour de la cession de la mâchoire.

Voici quelques extraits tirés du pdf, et en fin d’article l’avis du Général Decarpentry.

Patrice Franchet d’Espèrey est venu nous parler de « Mobilité de la mâchoire, flexion et réflexion ».

Extrait du texte :

[…]

« L’équitation savante issue de l’équitation de la Renaissance repose sur le concept de « mise en main » qui se définit comme la décontraction de la mâchoire dans la position du ramener. Ce concept diffère de celui de « mise sur la main ». Cela donne deux modèles biomécaniques antagonistes, celui du cheval « auto-grandi » et celui du cheval « comprimé sur lui-même ». L’équitation ancienne attend du cheval qu’il manifeste sa décontraction par la mobilité de la mâchoire tandis que Baucher la considère comme un préalable à toute opération équestre. Si les écuyers accordent à la mobilité moelleuse de la mâchoire inférieure du cheval des effets sur la souplesse de l’ensemble du cheval, les bauchéristes en la nommant « légèreté » lui attribuent la capacité à augmenter l’impulsion. »

Notes : Il trouve bien évidemment très important de bien emboucher le cheval. L’appui doit être doux, le contact minimal, le cheval jouant avec son mors. La parfaite légèreté se manifeste par la mobilité de la mâchoire et la flexibilité des hanches. La mobilité de la mâchoire est un indice de l’équilibre parfait du cheval.

[…]

Beudant disait qu’il y a pas besoin de ramener : tant qu’il y a CDM, le cheval est en équilibre. Dans l’équitation de mise en main, le but n’est pas la CDM, mais de diminuer les résistances dans l’encolure.

Discussion :

[…]

La grande différence entre un ramené et le Rollkür, est que le ramené est demandé à partir d’une CDM, alors qu’en Rollkür le cheval n’est même plus capable de faire une CDM. Et s’il n’y a pas de décontraction, la musculature travaille en tension, le cheval lutte en sens inverse. La posture ne suffit pas s’il n’y a pas de décontraction.

Stéphane Béchy : La manière et l’art.

Extrait du texte :

[…]

« Salomon de La Broue, le premier, a fait de la mise en main le critérium de l’équitation française. L’évolution de l’utilisation du cheval à la guerre et les contraintes de formation des cavaliers militaires vont, au XIXe siècle, substituer à la recherche de la mise en main la mise sur la main. L’équitation sportive est née directement de cette évolution. Des tentatives d’explications et distinctions plus ou moins exactes entre les deux ne nous permettent pas aujourd’hui de nous remettre sur la voie.

François Baucher expérimenta le lien réciproque qui existe entre la mobilité moelleuse de la mâchoire du cheval et sa détente physique et psychologique. Il met donc au premier plan la recherche de l’obtention de cette mobilité de la mâchoire qu’il appelle légèreté. Si la biomécanique peut venir étayer les options de Baucher sur les questions de posture du cheval (notamment la valeur du relèvement de la grande encolure et le lien qu’elle entretient avec le ploiement des articulations de l’arrière-main), la manière d’obtenir la mobilité de la mâchoire du cheval relève de la technique, du sentiment et des intentions du cavalier. Je propose de montrer comment la mise en main obtenue par la mobilité moelleuse de la mâchoire du cheval ouvre l’équitation à des perspectives artistiques supérieures en validant le lien fondamental, selon moi, de toute démarche créatrice qui permet à une technique de traduire une intention poétique. »

[…]

Discussion : Dans le temps, il y avait une noble équitation, une préparation à la guerre. Aujourd’hui l’équitation est un amusement. Il y a du travail pour retrouver le bien-être et la perspective artistique du cheval, à travers l’éducation du cavalier.

Les règlements de dressage changent, la compétition étant plutôt une discipline sportive qu’artistique.

Le rythme et la cadence de la musique sont très proches de celle de l’équitation. Dans le temps, la danse, la musique et l’équitation étaient enseignées dans la même école.

Thierry Fuss : Mobilité et anatomie de la mâchoire.

Extrait du texte :

« Thierry Fuss : Docteur vétérinaire, CES d’ophtalmologie vétérinaire, DE d’acupuncture, DE d’ostéopathie. Exercice de la dentisterie depuis 2000, de l’ostéopathie depuis 2002.

La mobilité de la mandibule est importante dans tous les degrés de liberté. Ce sont les muscles masticateurs qui assurent l’essentiel de sa mobilisation. D’autres muscles et structures faciales peuvent influencer ses mouvements mais aussi sa position au travail.

Ils relient la mandibule à la langue, l’hyoïde, le sternum. L’hypothèse selon laquelle une décontraction de mâchoire, donc une baisse du tonus des muscles masticateurs se transmet le long des chaînes myo-faciales est envisagée. »

Notes : Les mains, à travers le mors et la mandibule du cheval, peuvent intervenir sur la posture du cheval.

L’articulation temporo-mandibulaire est une structure mobile, très musclée, ressemblant à la nôtre. On peut la palper un peu en-dessous de la base de l’oreille. C’est une articulation relativement lâche. On peut palper ses mouvements. Le condyle mandibulaire se déplace vers l’avant, le disque articulaire part aussi vers l’avant. Les muscles masticateurs sont entre autres les masséters (la joue) et les temporaux (les salières). Il y a des liens avec l’hyoïde dans toutes les directions. Entre les mandibules, se trouvent les muscles ptérygoïdiens, qui aident à remonter la mâchoire. Il y a aussi des muscles pour les mouvements de la langue, qui s’attachent entre autres au processus lingual. Il existe des chaînes musculaires entre le crâne, l’os hyoïde et la mandibule, mais aussi entre le crâne, l’os hyoïde, la mandibule, le sternum et la scapula.

La mandibule, au repos, tient par le tonus basal des muscles, et par des ligaments et le vide buccal. Les dents ne sont pas en contact au repos.

Les mouvements de mastication sont en diduction (mouvements latéraux), en antépulsion et rétropulsion. Ces mouvements seront limités voire verrouillés si les dents s’accrochent.

L’élasticité de la commissure des lèvres et les muscles orbiculaires des lèvres compensent la traction par le mors dans la bouche. La langue trouve facilement sa place car elle est très souple, mais peut aussi se rétracter jusqu’à derrière le mors et même passer par-dessus le mors. Quand on parle d’une action ‘au poids des rênes’, elle est sur la langue et la commissure des lèvres. Avec un contact plus sévère, on met la pression sur les barres aussi et même sur les dents si la traction est très forte.

Il y a plusieurs circonstances où la mâchoire est immobile :

  • La déglutition s’effectue les dents serrées ;
  • Les dents sont serrées en état de stress ou d’inquiétude ;
  • Lors des grincements de dents ;
  • Comme défense contre la main ;
  • Lors d’un encapuchonnement ;
  • Lors d’une course, force explosive.

L’immobilité de la mâchoire ne semble pas favorable au geste gymnastique. La décontraction de la mâchoire : avec décontraction, nous voulons dire : le tonus du muscle sans tension inutile.

L’encolure a des muscles dorsaux et ventraux, et des muscles longs (les sterno-céphaliques) et courts (les juxta-vertébraux). Pour ramener la tête, il faut que les muscles ventraux se contractent.

Comment arriver à une décontraction de la mâchoire ? D’un côté, on peut y arriver sans techniques spécifiques, simplement par un travail adapté et juste, par la confiance etc.

De l’autre côté on peut utiliser des techniques spécifiques de conditionnement.

  1. Phase de mise en tension : ce qui ne veut pas dire contracter le cheval ; on cherche une ouverture de la bouche, nuque et encolure à degrés variables. On crée un inconfort, qui n’est pas douloureux, mais qui donne au cheval l’envie de céder.
  2. Phase de cession du cheval et du cavalier : le timing est très important ; est-ce que le cavalier doit anticiper la cession ou se synchroniser avec la cession du cheval ? En tout cas, la cession de cavalier doit être une récompense pour le cheval qui a décontracté ses muscles. Le problème si le cavalier doit céder avant, en même temps, ou après le cheval, relève de la thérapie comportementale et conditionnement.
  3. Phase de restauration de la mobilité : mouvements de la langue, bruits des mors, déglutition. Quels seront les effets bénéfiques d’une mâchoire souple ?
  • L’amortissement de mouvements intempestifs du mors ;
  • Sensibilité accrue à la main ;
  • Meilleure respiration par dégagement des voies respiratoires ;
  • Modification de la posture ;
  • Effet déstressant ;
  • La propagation de cette décontraction vers le reste du corps.

Discussion : Est-ce que c’est bon signe si un cheval salive lors du travail ?

On ne sait pas s’il salive par la simple présence d’un corps étranger dans sa bouche, ou si la salivation est augmentée par l’effort physique (c’est comme ça chez les humains en tout cas). Il devra déglutir la salive. S’il y a beaucoup de salive à la bouche, ça peut indiquer le contraire : qu’il est trop contracté pour déglutir (Rollkür). Donc non, la salive sur la bouche n’est pas un indice fiable d’un bon ou d’un mauvais boulot. Il peut ne pas pouvoir déglutir la salive, ou il peut être tellement concentré sur son travail qu’il n’y pense même pas.

La mastication n’est pas le même mouvement que la CDM.

Nous pouvons déglutir les dents serrées mais aussi les dents desserrées. Les chevaux déglutissent les dents serrées.

Pourquoi on ne serre pas la muserolle alors ? Parce que la déglutition dans la CDM vient après les mouvements de la bouche et de la langue.

Fritz Stahlecker : peut-on aider le cheval à choisir son mors ?

[…]

Notes : Que le filet soit un mors doux et la bride un mors sévère est une idée bien répandue.

[…]

Ne tirez pas sur les rênes, mais fermez seulement la main fixée quelques secondes. Excepté quelques couples, la compétition de dressage d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec l’art équestre.

Il faut comprendre les effets de la bride avant de l’utiliser !

La bride est un mors doux, elle repose avec une pression minime et symétrique sur la langue, pas sur les barres. La langue fonctionne comme un matelas amortisseur, sans douleurs. Plus la branche inférieure est longue, meilleur sera l’amortissement sur la langue. La langue est un organe hypersensible du point de vue tactile : elle peut faire la différence entre divers métaux et surfaces de bride. La main sans faute n’existe pas, mais plus longue est la branche inférieure de la bride, plus les mouvements faux de la main sont amortis sur la langue. Attention, ceci ne fonctionne que si les rênes sont tenues sans force.

On parle de grammes, pas de kilos. Bien évidemment, l’amortissement par la langue est limité, il ne faut pas en abuser, car avec trop de tension sur les rênes, l’amortissement tourne vite en douleur. Puis, plus la surface de la bride est grande, plus il y a une réduction de la pression spécifique sur la langue.

La forme de la bride ne doit pas être trop pliée. Avec une bride qui est soit-disant faite pour donner la place à la langue, avec une courbe exagérée, on ne fait que de coincer la langue dedans, et les bords de la langue en dessous, et augmenter la pression spécifique. En plus, elle pousse contre le palais. La courbe doit donc être très légère. La bride n’est pas faite pour dominer le cheval par la force. Elle est là pour raffiner !

Une autre idée répandue est qu’une gourmette lâche donne une bride plus douce. Ceci est faux. Une gourmette mal ajustée donne un angle défavorable et une tension d’un kilo sur les rênes donnera une pression de 10 kilos sur la gourmette.

Un filet articulé peut donc être utilisé unilatéralement. Il donne un effet casse-noisette dans la bouche et n’est donc sûrement pas plus doux qu’une bride. La position centrée est rare dans la pratique ; elle est toujours asymétrique dans la bouche. Plus la main est dure, plus cette asymétrie aggrave l’asymétrie naturelle du cheval. Le débourrage au filet n’est pas une bonne méthode. Le jeune cheval est incité à se pencher d’un côté, et dans le ramener, le filet incite à tirer sur les rênes.

Dans le travail à la main, le cheval apprend une chose après une autre. Il n’y a pas de poids sur le dos qui perturbe le cheval. On ménage la bouche du jeune cheval dans la non-violence.

[…]

G.Dorsi et G.Antoine parlent de la flexion de la mâchoire comme expression d’un comportement.

[…]

Quand le cheval dans le rond de longe commence à mâchouiller, cela indique qu’il se relaxe, et qu’il se demande s’il va oui ou non s’approcher de l’humain. Il va tester la hiérarchie et confronter la bulle. Il faut alors mettre en place des responsabilités. La motivation est du stress bien utilisé.

Pour Dorsi et Antoine, le cheval qui mâchouille se décontracte et a un choix à faire.

Discussion : Une éthologue dans le public nous rappelle que le mâchouillement en soi n’indique pas toujours décontraction : les chevaux le font aussi avant le sommeil, en cas de frustration, quand ils ont besoin de boire, quand ils ont galopé et trotté beaucoup, et elle rappelle aussi que les mâchouillements sont des précurseurs de stéréotypies. La réponse de Dorsi et Antoine est qu’il faut regarder tout le cheval, car il y a d’autres signes de décontraction, comme l’horizontalité de l’encolure, le clignement des yeux, l’oscillement de la queue au rythme des mouvements, l’inflexion de la tige vertébrale.

Jean Servantie : Cession de mâchoire, relation avec l’ensemble du corps, approche ostéopathique.

Extrait du texte : « Jean Servantie : Docteur en médecine vétérinaire. Ostéopathie et acupuncture sur chevaux de courses principalement.

En médecine holistique, l’interconnexion des différentes parties du corps est une évidence, et une action sur l’une d’elles va interagir sur l’ensemble des autres. La sensibilité de l’articulation temporo-mandibulaire (ATM) à la palpation, ressentie comme une résistance dans la main du cavalier du même côté, s’accompagne très souvent d’une dysfonction de l’articulation coxo-fémorale opposée, associée à une dysfonction sacro-iliaque homolatérale, se traduisant par un défaut d’engagement de ce postérieur.

Différentes pathologies peuvent être rencontrées, et plus tôt ces résistances sont perçues, plus tôt on agit et plus vite l’équilibre est retrouvé.

Un fonctionnement harmonieux des mandibules, donc des ATM, donc de l’occiput, va favoriser un fonctionnement harmonieux du sacrum et donc une bonne propulsion, et inversement. Il est essentiel que le cavalier prenne conscience de certaines résistances sans les attribuer automatiquement à une mauvaise volonté du cheval ou à un manque de dressage. La découverte d’une résistance et la compréhension de ses causes pouvant alors se transformer en éléments positifs, permettant de progresser, tout en respectant l’intégrité physique et morale du cheval. »

[…]

Dominique Ollivier parle de l’influence de la mobilité de la mâchoire sur l’équilibre.

[…]

Notes : L’équilibre est ce qu’il faut rechercher dans l’équitation, le cavalier doit en être conscient.

L’équilibre est dynamique et doit être recherché continuellement. Le cavalier doit permettre au cheval de chercher son équilibre, sinon on court droit aux tensions musculaires. Par exemple, bloquer les mains en bas en espérant que le cheval viendra se placer, sans tenir compte de la vraie recherche d’équilibre, rendra le cheval lourd devant et non pas léger, et celui-ci aura une bouche de plus en plus dure.

[…]

Nelly Valère a conclu en parlant de la démarche expérimentale et de la légitimation, et des perspectives de la recherche scientifique autour de la cession de la mâchoire.

Extrait du texte :

« Nelly Valère : Les cavaliers pratiquant la décontraction de la mâchoire de leur cheval semblent y trouver un bénéfice. Les approches globales du patient, ostéopathie et acupuncture, permettent de comprendre comment une action locale peut influencer le cheval en entier. Restent à préciser les modifications biomécaniques sur l’ensemble du corps, le niveau et la localisation de la décontraction, les influences de la mandibule sur la posture ainsi que les mécanismes mis en oeuvre dans la décontraction de la bouche elle-même. »

Des études ont été réalisées pour mesurer la tension sur les rênes : elle peut aller de moins d’un kilo à plus de 15 kilos ! Il faut qu’on retrouve l’équitation au poids des rênes.

Un extrait du livre Équitation académique du Général Decarpentry.

Decarpentry

La décontraction de la bouche consiste essentiellement en un mouvement de la langue analogue à celui qu’elle exécute pour la déglutition, la mâchoire inférieure ne s’écartant de la supérieure que dans la mesure nécessaire pour permettre le mouvement de langue.

Ce dernier lent et souple, fait sortir les parotides de leur logement provoque une légère salivation, soulève le ou les mors en les entraînant dans son repli vers le fond de la bouche, puis les laisse retomber en reprenant sa place, allongée dans l’auge. C’est en retombant que les mors s’entrechoquent et font entendre leur cliquetis caractéristique.

Tout soulèvement excessif ou trop prolongé, tout mouvement convulsif, toute torsion de la langue est une forme de contraction, de décontraction incomplète. Il est de même pour toute ouverture exagérée, saccadée, spasmodique ou persistante de la bouche. La tête doit rester fixe, sans même esquisser aucun mouvement d’aucune sorte, fût-ce celle du « oui », pendant que la mâchoire inférieure se détache « moelleusement » et seulement dans la faible mesure indispensable au cheval pour mobiliser sa langue.

Tous les anciens écuyers ont signalé, sous une forme ou une autre, la signification et la valeur de l’acte par lequel le cheval « donne sa bouche ».

Quand il a trouvé l’attitude qui convient au travail exigé de lui, quand il sait s’y maintenir sans aucun effort inutile, en pleine possession de son équilibre et avec la parfaite aisance de ses mouvements, quand en un mot cher aux anciens, le cheval « se plaît dans son air », les muscles que ses tentatives d’adaptation aux exigences du cavalier avaient plus ou moins crispés se détendent, et leur détente gagne de proche en proche tout l’appareil musculaire. A la période d’efforts plus ou moins mal orientés pendant laquelle, tout comme l’homme, le cheval avait serré les dents, succède un état d’harmonie dans la dépense des forces, de détente, sous l’influence duquel ses mâchoires se desserrent, et où le cheval, suivant une locution populaire « retrouve sa salive » ; il « goûte son mors » ; il se montre « galant dans sa bouche », disaient encore les anciens.

Ainsi, pour eux, ce que nous appelons la cession de la mâchoire avait la valeur d’une sorte de « preuve par neuf » vérifiant l’exactitude d’une « opération équestre ».

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2 réflexions sur “La cession de mâchoire

  1. Très intéressant, mais il faudrait également parler de l’équilibre de la bouche, et donc l’importance que les chevaux soient vus régulièrement par un dentiste équin, car bonjour les catastrophes que je peux voir parfois…

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