Le surpoids et l’obésité chez le cheval

Cet article ne substitue pas aux conseils de votre vétérinaire ou d’un nutritionniste, contactez-les en cas de doute.

Le surpoids et l’obésité gagnent de plus en plus de chevaux, un terrain propice au SME, au cushing et à la fourbure. Pâtures et rations trop riches, manque d’exercice, prédisposition génétique en sont les principaux facteurs. Ces chevaux qui ont tendance à l’embonpoint, sont appelés easykeepers.

Noter l’état corporel de son cheval
Mon cheval est-il gros ? Il existe plusieurs une grille de notation afin d’évaluer la note corporelle globale du cheval :

La résistance à l’insuline ou insulinorésistance
Le principal risque pour un cheval en surpoids ou obèse est de développer une insulinorésistance. L’insulinorésistance chez le cheval est semblable un diabète de type II chez l’Homme. Qu’est-ce ? Pour fonctionner, l’organisme a besoin de glucose, celui-ci sert à fournir de l’énergie aux cellules et chez les animaux, il est stocké sous forme de glycogène. C’est l’insuline produite par le pancréas qui joue le rôle de régulateur. Dans le cas d’une résistance à l’insuline (IR), l’organisme est moins sensible à l’insuline et a donc du mal à réguler son taux de glucose. Pour compenser, il produit encore plus d’insuline sans pour autant réussir à maintenir un taux de glucose optimal (raison pour laquelle les résultats d’analyse relèveront à la fois des niveaux d’insuline et de glucose élevés).
La résistance à l’insuline fait partie des signes cliniques du syndrome métabolique équin et du syndrome de Cushing.

Un chignon développé et des dépôts anormaux de graisses sont des signes possibles d'insulinorésistance.
Un chignon développé et des dépôts anormaux de graisses sont des signes possibles d’insulinorésistance.

Alimentation : faut-il restreindre ?
Il ne faut surtout pas rationner un cheval, même en surpoids, car c’est non seulement, une solution propice à l’ennui et à des problèmes de santé comme les ulcères gastriques, mais cela ne réduit pas la prise de poids, au contraire… cela peut même provoquer l’effet inverse ! Ce qu’il faut rationner ce sont les aliments très sucrés comme les céréales, l’herbe fraîche et les friandises, et ouvrir un accès libre au foin que l’on présente dans un grand ou plusieurs filets de petites mailles (slow feeding), ce type de régime a scientifiquement été validé.
L’équilibre de la ration est également un facteur à prendre en compte, car un cheval en surpoids ne signifie pas qu’il est exempt de carences (au contraire, une carence peut être à l’origine d’une prise de poids), il est important que ces chevaux bénéficient d’une complémentation en vitamines et minéraux.

Dans le cas où le cheval est en pension et que la distribution des repas pose problème (cheval au régime), il est possible de le duper avec des aliments peu caloriques comme des cubes de fléoles des prés, de la pulpe de betterave ou une petite quantité de graines de lin qui contiennent des protéines et acides gras oméga-3 (propriétés anti-inflammatoires utiles pour lutter contre l’inflammation associée à l’obésité).

Concernant l’insulinorésistance, les chercheurs étudient également l’effet de certaines plantes :

  • le panax (ginseng, japoncicus, quinquefolius, eleutherococcus, Asian ginseg, radix ginseng) modulerait le métabolisme des lipides,
  • la protéine de soja, le pamplemousse, la betterave, et le garcinia, classées en tant que composés anti-obésité,
  • le gattilier, les bais de gattilier, le chardon-marie, le chardon de Sainte-Marie, la patate douce, et le curcumin pour leurs propriétés antioxydantes,
  • le fenugrec, l’aloe vera et le konjac cru pour ralentir le métabolisme des glucides,
  • la cannelle de Chine et le grifola frondosa pour activer les récepteurs de l’insuline,
  • la berbérine que l’on trouve dans la margose, l’acide corosolique et le kino (arbre).

Le panier de régime
Un cheval en surpoids qui vit au pré est un scénario risqué, pour autant la solution n’est pas de lui en interdire l’accès, mais plutôt de l’équiper d’un panier de régime. Cet équipement permet de restreindre la consommation d’herbe d’un cheval de l’ordre de 30%, il est particulièrement utile et conseillé pendant les phases critiques : pousse de printemps, début de l’été, après l’été ou l’automne pendant les pluies, ou après la sécheresse ou le gel où les taux de fructanes sont élevés. L’intérêt du panier est qu’il peut réduire la consommation d’herbe de 77% au printemps/été et de 87% durant l’automne.
Par compassion, beaucoup de propriétaires sont tentés de le retirer durant quelques heures et de laisser le cheval brouter de l’herbe fraîche… mauvaise idée : une étude menée par le centre de recherches du Kentucky a montré que les chevaux dont on avait retiré le panier, étaient non seulement capables de compenser ce qu’ils n’avaient pas pu manger, mais également de tripler leur consommation.
Une question est régulièrement soulevée lorsqu’on parle du panier de régime : celui-ci annihile-t-il l’instinct alimentaire du cheval ? Une étude américaine s’est penchée sur la question durant 2 ans, et ses conclusions montrent que les chevaux consomment bien 30% d’herbe en moins, mais continuent aussi de diversifier leur alimentation. Le panier n’a donc pas d’effets néfastes sur la diversification alimentaire. En revanche, il peut causer certaines frustrations à prendre en compte : l’herbe courte (moins de 10 cm) est la plus facile à attraper, plus longue, elle peut poser des difficultés au cheval/poney ce qui peut l’entraîner à devoir développer des stratégies diverses, notamment en vu de s’en débarrasser.

Le National Equine Welfare Council a réalisé un guide sur le panier de régime dont voici quelques conseils :

  • contrôler que le panier est bien ajusté et ne blesse pas,
  • contrôler la dentition,
  • pour les chevaux sujets à des stéréotypes (tic à l’appui, à l’air…), il faudra consulter un vétérinaire afin de déterminer la faisabilité du port du panier,
  • habituer le cheval/poney progressivement à l’extérieur du groupe afin qu’il apprenne à boire et à manger en toute confiance et être attentif aux signes d’inconfort,
  • ne pas utiliser le panier plus de 10 heures d’affilées (mais gare aux phénomènes de compensation),
  • lors de la réintroduction de l’individu équipé (habitué au panier) dans le troupeau, il faut s’assurer qu’il soit bien accepté en surveillant les comportements individuels et collectifs afin d’anticiper les éventuels problèmes qui pourraient affecter la dynamique du groupe. Le port du panier restreint les comportements sociaux, car il masque la bouche. D’autres études devront être menées sur le sujet.
  • surveiller l’évolution du poids.
Panier Greenguard.
Panier Greenguard.

Les solutions durables
Le panier est une solution pratique et peu chère pour les chevaux vivants au pré, pour autant il ne règle pas le problème de fond, c’est-à-dire les conditions de vie et d’hébergement. En effet, puisqu’il ne contribue pas à maintenir les chevaux dans un poids optimal, le pré n’est pas toujours un lieu de vie adapté à tous. Pour ces chevaux, la solution durable est de se tourner vers d’autres types de structures telles que le paddock paradise ou l’écurie active qui permettent de mieux contrôler le régime alimentaire du cheval tout en encourageant le mouvement.

Le paddock paradise : une solution durable et peu coûteuse, idéale pour les easykeepers.
Le paddock paradise : une solution durable et peu coûteuse, idéale pour les easykeepers.

Pour aller plus loin :

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3 thoughts on “Le surpoids et l’obésité chez le cheval

  1. Laisser un cheval au parc dans de l’herbe abondante et riche sans lui donner de l’exercice est selon moi de la maltraitence. Car l’obésité provoque trop souvent fourbures et autres souffrances. Spécialement chez les poneys Shetland.

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  2. Bonjour,
    Cet article est intéressant mais je n’ai pas vraiment lu (ou compris ? mon anglais étant loin d’être bon) d’élément nouveau, et j’ai une question à laquelle je cherche depuis longtemps une réponse sans la trouver, aussi peut être que vous ou un de vos lecteurs aura cette information?
    J’ai une jument lusitanienne de 15 ans qui est à la fois allergique aux poussières (acariens de stockage…) et obèse avec un syndrome métabolique depuis 4 ou 5 ans. Elle mange de l’herbe avec un » green guard « pour limiter les quantités , du foin mouillé (à la fois pour enlever les poussières et pour limiter le taux de fructane restant dans le fourrage ) et l’hiver, un peu de floconné de bonne qualité pour ne pas manquer de vitamines et sels minéraux.
    Nous arrivons à gérer (limiter sa prise de poids) avec difficulté.
    Je trempe son foin dans une grande poubelle en plastique et ayant remarqué que mes chevaux adorent cette eau de trempage, je leur laisse (les anciens disaient aussi de donner des barbottages de foin ou de remouiller le foin sec avec de l’eau de trempage) car les sels minéraux se dissolvent aussi dans l’eau.
    Aussi est ce que le fructane (sucre de l’herbe) est identique sur le plan nutritionnel une fois libéré dans l’eau (et dans ce cas ce serait bête de lui laisser boire) ou est -il transformé en un autre sucre ?
    Je vous remercie par avance si vous avez des informations.
    De plus je voulais vous dire que je trouve votre blog vraiment trés bien et trés varié.

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