L’engagement selon d’Orgeix

Crédit photo

Cet article est un extrait du livre Dresser, c’est simple écrit par Jean d’Orgeix.

L’engagement

Pour pouvoir se comprendre, il est indispensable de donner aux mots une même signification. Aussi faut-il avant de parler de l’éducation d’un cheval, bien fixer ce qui nous s’appelle de l’engagement.

Il m’a été appris, il y a fort longtemps, qu’il s’agissait de l’avancée des postérieurs sous la masse. Plus un cheval se méjugeait, plus il s’engageait. J’ai fait mienne cette idée, et, une grande partie de ma vie, je me suis efforcé, comme presque tous les cavaliers autour de moi, de provoquer ce fameux « engagement » des postérieurs.

Et puis un jour, je me suis posée une question, qu’il est nécessaire de se poser envers beaucoup de choses que l’on fait : « Mais cela sert à quoi ? »

Et à ce moment, je suis parvenu à une tragique conclusion : à rien !

Si, bien sûr ! A entretenir une souplesse générale des articulations, ce qui est une très bonne chose. Mais concernant le but fondamental de l' »engagement » : la propulsion de la masse.. j’ai dû constater que l’avancée des postérieurs n’avait sur ce point qu’un effet surtout horizontal.

Analysons : en équitation, il est nécessaire de pouvoir propulser la masse dans la direction souhaitée. Or qu’il s’agisse de haute école équestre (basée donc sur le rassembler et le piaffer) ou de saut d’obstacles, dans tous les cas, il s’agit de pouvoir actionner cette masse vers le haut.

Par ailleurs, il n’est que de regarder un cheval pour constater que les propulseurs, c’est-à-dire les postérieurs sont derrière sa masse. Leur poussée ne peut donc agir que vers l’avant ou sur un certain angle ascensionnel mais très limité. C’est pour cela me dira-t-on que les postérieurs doivent s’avancer le plus possible, afin de pouvoir justement propulser la masse vers le haut.

Malheureusement, l’expérience et surtout les analyses d’ordre mécanique démontrent que c’est faux. Une jambe s’avançant loin devant n’a aucune possibilité de propulsion verticale. Pour pousser la masse vers l’avant… oui ! Mais non pour l’actionner vers le haut.

Je fais un parallèle avec ces spécialistes de la détente que sont les félins. Si l’un deux est couché sur le ventre et voit soudain une proie sur laquelle il veut bondir, avance-t-il les pattes le plus loin possible en avant ? Oh que non ! Il aurait dans ce cas de grande chances de rester sur place. Sans bouger l’emplacement au sol de ses postérieurs, le félin soulève légèrement son avant-main, recule l’ensemble de sa masse en ployant les reins… C’est-à-dire en abaissant ses hanches… il recule son centre de gravité qu’il met ainsi au-dessus de ses propulseurs… Et alors il peut bondir sur sa proie.

Pour que les postérieurs puissent actionner la masse vers le haut, il faut qu’ils se trouvent sous elle, repliés sur eux-mêmes et non en élongation, loin devant l’arrière-main.

Autrement dit, l’engagement utile, celui qui permet de propulser la masse selon un angle ascendant très prononcé, ne réside pas à l’avancée des postérieurs, mais dans le recul de la masse au-dessus des propulseurs.

Là, nous touchons un point fondamental de toute notre approche de l’équitation. Une conception d’ailleurs partagée par les bases équestres enseignées dans de nombreux pays, mais qui demeure écartée de toute instruction officielle française, et même considérée souvent comme « sulfureuse ».

« Attention à ne pas prendre sur le mouvement en avant »… « Vous allez perdre toute impulsion »… « Le cheval va passer derrière la main et ne se tendra pas »… Tels sont les propos tenus régulièrement aux cavaliers renvoyant le poids de la masse du cheval au-dessus de son avant-main.

Nous pensons qu’il y a là erreur, et erreur grave. L’art équestre n’est pas d' »aller en avant », mais bien au contraire, je serais tenté de dire, d' »aller en arrière » ; pouvoir à tout moment, renvoyer le poids sur les hanches. Alors le cheval sera en mesure d’utiliser sa pleine puissance musculaire et dans des angles extrêmement ascendants.

Aussi au cours de toute l’éducation de notre cheval, nous allons, sans cesse, obsessionnellement même, lui apprendre dans un premier temps, puis l’habituer, à reculer sa masse au-dessus de ses propulseurs. Ce faisant, nous développerons en même temps et sa puissance musculaire et son habitude à abaisser les hanches.

Aussi, méfions-nous comme la peste des allures « allongées ». Ces trots rapides, encolure vers le bas, sur, en général une assez forte tension des rênes, qui engendre l’avancée des postérieurs. Je vois à ce travail trois inconvénients, tous aussi graves.

  1. Un cheval allongeant son allure en étant appuyé sur son mors, reporte instinctivement et naturellement du poids sur son avant-main. Le poids entraîne le mouvement en avant ; seulement ainsi le cheval se contente en grande partie de suivre sa masse, de se laisser entraîner par elle et donc de ne pas développer, ou assez peu, la musculation de son arrière-main.
  2. Allant dans une allure rapide, appuyé sur son mors, il prend l’habitude de résister à la main et ne comprendra plus très bien lorsqu’on lui demandera de passer « derrière la main ».
  3. Habituer le cheval à s’appuyer fortement sur son mors, afin d’augmenter l’avancée des postérieurs, c’est renoncer à la légèreté. Et sans légèreté, il ne saurait exister de véritable grande équitation…

Pour ces raisons, nous pensons qu’au travail, les allures doivent être énergiques, jamais molles, mais lentes afin que le cheval élève sa masse et donc développe toute son arrière-main.

Publicités

2 réflexions sur “L’engagement selon d’Orgeix

  1. Trente années d’approche de la philosophie de J.et Nathalie d’Orgeix que ce soit a cheval ou au bord des carrières pour filmer les stages m’ont convaincu de l’efficacité intelligente de cette façon de faire….

    J'aime

Les commentaires sont fermés.