Mettre le pied à l’étrier ou comment débuter à cheval

Devenir cavalier n'est pas une question de temps, c'est une question de choix.
Devenir cavalier n’est pas une question de temps, c’est une question de choix.

Quelque soit l’âge, lorsqu’on souhaite commencer ou reprendre l’équitation, la première solution à laquelle on pense, c’est l’inscription dans un centre équestre. Cette solution se traduit généralement par la souscription à un abonnement annuel donnant accès à un cours collectif par semaine. C’est la solution la plus simple et la plus populaire. Mais, comme nous l’avons déjà mentionné dans plusieurs articles (celui-ci par exemple), l’équitation fédérale comporte des problèmes évidents qu’il est difficile de contourner. Que faire ?

Première étape : la position
L’importance de la posture à cheval est telle qu’elle devrait être la première leçon d’équitation. Or, ce que nous voyons est bien souvent la logique inverse : le cavalier débutant est immédiatement mis à cheval, et c’est une fois « plongé dans le bain » qu’on lui apprendra à se tenir correctement, notamment par le biais de la fameuse « mise en selle ». Une étape redoutée et ingrate qui rime avec douleurs et courbatures, et même si ce n’est pas son objectif, ce travail donne très souvent lieu à de mauvaises habitudes de position.
Pour éviter cela, deux options sont possibles, soit :

  • se rapprocher de méthodes telles que celle d’Alexander ou de Sally Swift (l’équitation centrée) ;
  • suivre quelques leçons de balancier global sur simulateur. Si cela reste un enseignement spécialisé et très rare, rien est impossible à qui s’en donne les moyens.

Une leçon de posture n’est pas réservée à certains cavaliers plus que d’autres : quel que soit le niveau équestre et la discipline pratiquée, une bonne posture est autant bénéfique pour le cavalier que pour le cheval. C’est gagner en confort et faire des économies sur la facture ostéopathique équine et humaine. Enfin, une bonne position est synonyme de « longévité équestre » : trop nombreux sont les cavaliers qui cessent toute pratique suite à des douleurs devenues insupportables.
Enfin, le simulateur présente un double avantage, pour le cavalier et pour le cheval. Le fait d’apprendre sur un cheval mécanique est sans danger, les mouvements sont stables et l’enseignant peut directement intervenir pour corriger les défauts de son élève et pour lui donner les premières leçons d’équitation (les aides). Pour le cheval, avoir un cavalier débutant qui connait les bases d’une bonne posture est un vrai confort. Il ne faut pas oublier que le dos d’un cheval est fragile et qu’il n’est pas supposé porter de poids, l’équilibre du cheval est également un élément fragile et un cheval d’école a lui aussi besoin d’un cavalier fixe et stable.

Efficacité de l'assiette, ici une mesure graphique en balancier global.
Efficacité de l’assiette, ici une mesure graphique en balancier global.

Deuxième étape : tenir à cheval
Ensuite, lorsque le cavalier a compris les principes d’une bonne posture, il doit acquérir de l’expérience, dans ce cas il peut soit :

  • suivre quelques séances en cours collectifs ;
  • soit se lancer dans la pratique de l’extérieur.

Le deuxième point sera celui que nous développerons.
Sortir en extérieur est une discipline qui présente bien des avantages : elle permet d’adapter son équilibre en fonction des changements et des variations d’équilibre de son cheval, d’apprendre à coordonner ses gestes et à anticiper les obstacles (branches, cailloux, montées, descentes, variations d’allures…), etc. Et c’est également un excellent moyen pour apprendre à rester calme et serein en toute circonstance, tout en dépassant ses appréhensions.
Cependant, rappelons que, comme tout « commencement équestre », les premiers pas en extérieur doivent se faire sur un cheval habitué à l’exercice, autrement dit, un cheval d’école auquel on peut se fier.
Il faut être très regardant sur la structure équestre, et d’abord se concentrer sur la sécurité, puis évaluer l’état général des chevaux (sont-ils en état, leurs pieds sont-ils entretenus ?), leur comportement (nervosité, calme, bonne entente, tics, agressivité, etc.), la qualité du matériel (des blessures de harnachement signifient que le matériel n’est tout simplement pas et/ou mal adapté) le niveau du personnel encadrant (est-il diplômé et expérimenté ?).
Comment partir en extérieur ? Soit dans un centre près de chez soi, ou bien pendant les vacances, afin de suivre une randonnée de quelques jours adaptée à son niveau équestre.

Troisième étape : se perfectionner
Une fois une certaine expérience acquise, il est préférable de perfectionner ses connaissances et sa technique (Pourquoi ? La réponse ici.), soit pour acquérir un cheval, pour sortir en compétition ou tout simplement se faire plaisir en atteignant un bon niveau technique.

  • 1ère solution

La solution la plus efficiente, en termes d’argent et de temps, est celle du cours particulier ou du stage, si le ou la professeur(e) est éloigné(e).
Une leçon particulière est un formidable outil de progression. Elle est d’autant plus intéressante du fait que l’enseignant peut répondre à tous les questionnements et partager généreusement ses connaissances. C’est également le moyen de se mettre à cheval sur un vrai cheval d’école, qui donnera les clés des sensations justes que le cavalier gravera dans sa mémoire, et qu’il cherchera à retranscrire avec chacune de ses futures montures.

  • 2ème solution

Parce que tous les cavaliers ne sont pas tentés par des leçons particulières, la deuxième solution consiste à trouver le centre adéquat qui combinera à la fois un enseignement de qualité (compétences des enseignants et présence de chevaux d’école) et des conditions de vie quasi idéales pour la cavalerie.
Les qualités d’un enseignant : des connaissances holistiques du cheval et du cavalier, une maîtrise avancée de l’équitation (capable d’amener ses chevaux à une basse école maîtrisée), ouvert au dialogue, pédagogue, capable de se remettre en question, d’instaurer le respect et la discipline.
Les qualités de la cavalerie : dressée en basse école (ou du moins une partie des chevaux), correctement soignée (adaptation de la nourriture, de l’harnachement, suivi ostéopathique, dentisterie, podologie/maréchalerie, etc.) et d’un mental équilibré.

Quelque soit la solution envisagée, il faudra s’attendre à en payer le prix, car on ne peut proposer une prestation de qualité à moindre coût.
Il est aussi possible de trouver un équilibre entre ces deux solutions. Néanmoins, prudence à ne pas finir écartelé entre plusieurs visions de l’équitation, cela n’aurait plus de sens.

Conclusion
En conclusion, même si cela paraît complexe au premier abord, il est possible de contourner au minimum, voire totalement, la case « club ». Il est également possible de progresser efficacement en privilégiant une expérience en extérieur et des cours particuliers ; un package intéressant notamment pour les cavaliers débutants adultes, pour qui débuter à cheval présente souvent des inconvénients (structure d’accueil inexistante ou inadéquate, choix restrictif du cours, etc.).
Ainsi, plutôt que de préférer la quantité, mieux vaut privilégier la qualité. Une randonnée de 6 jours est sûrement plus préférable à des séances douloureuses de mise en selle, et une leçon particulière mensuelle sera certainement plus enrichissante que des séances collectives hebdomadaires dans un cadre de moyenne qualité.
En d’autres termes, devenir cavalier n’est pas une question de temps, c’est une question de choix.

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10 réflexions sur “Mettre le pied à l’étrier ou comment débuter à cheval

  1. Tout à fait d’accord !
    J’ai une amie qui a commencé l’apprentissage de l’équitation par un peu de travail à pied, suivi d’un cours sur simulateur équestre. Du coup, les débuts à cheval prennent une toute autre dimension. Cela facilite la communication entre l’apprenant et le cheval, à travers l’importance des sensations du cavalier et cela, avec une meilleure confiance du cavalier débutant en sa monture.

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  2. J’ai quelques doutes sur les vertus de la randonnée: j’adore la randonnée, j’en ai fait beaucoup, et j’ai une très mauvaise assiette, sans compter que je panique devant le moindre obstacle en carrière.
    C’est vrai que je ne suis pas persuadée non plus de l’intérêt de la mise en selle « classique » avec des heures de trot sans étriers (sur un trotteur bien raide de préférence…)

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  3. Un bon résumé de mon ressenti ! mis a part le simulateur ou je préférerais approfondir avant de me prononcer.

    Il y a une méthode que je trouve intéressante : le passage par l’observation de la mécanique des allures et la « voltige ». Bien sur je ne parle pas de faire faire des terres-à-cheval et de belles figures (même si très jolies :) ) : mais le principe de faire évoluer cavalier novice sur un cheval « sous contrôle ». Il peut alors prendre les grosses poignées du surfaix à pleine mains pour se rassurer, fermer les yeux, comprendre la mécanique des allures par la sensation, et tout simplement ressentir les mouvements du dos avant d’avoir à gérer le cheval…
    De la même façon, il n’a pas à gérer les étriers, les rênes, il peut trouver sa place sur le cheval progressivement. L’enseignant a aussi plus de cordes a son arc puisqu’il a en mains un panel d’outils ludiques. Le cavalier va progressivement monter à l’envers, sur les genoux, sans les mains, les yeux fermés, un ensemble d’exercice faisant appel au jeu de l’enfance. D’un point de vue cognitif, cette méthode permet au cavalier de faire appel uniquement au sensoriel. L’esprit est bien fait il associera facilement la sensation à la théorie mécanique et l’assimilera d’autant plus rapidement.
    Bref, je pense qu’elle vaut le coup d’être cité :)

    Pour répondre aux commentaires à propos de l’équitation élitiste : nous serons toujours dans cette ambivalence. Et c’est vrai que l’équitation coute cher et EST élitiste, si certaines structures cherche des solutions en restant dans le respect du cheval : elles ne sont pas magiciennes et un cheval coutera toujours cher.. c’est un fait. Ca mange, ça galope, ça bois, ça s’entretient…

    Et chaque économies la dessus est autant de carences dans la qualité de vie du cheval et du poney.

    C’est triste mais c’est comme ça, certaines municipalités tentent d’apporter leur pierre en créant des centre équestre municipaux avec des tarifs préférentiels et des aides pour les familles les plus démunies.

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    1. Pour la voltige, j’émets une réserve, parce que je suis plus convaincue par le simulateur et son double avantage, sur le cavalier et le cheval. Le cavalier apprend sans danger et sur un système stable, et bénéficie des corrections en direct par son enseignant. Pour le cheval, c’est un plus : il n’a pas à subir les erreurs du cavalier débutant. Le dos d’un cheval est très fragile, et autant ne pas exploiter celui du cheval d’école. Ensuite, si le cheval est longé avec un enrênement, je suis tout simplement contre parce que c’est encore une fois une contrainte pour le cheval. Tout dépend donc de l’enseignant.
      Par contre, des exercices visant à développer la proprioception, la cognition, etc., je suis pour !

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    2. Merci pour votre réponse rapide !

      Tout à fait d’accord, comme pour tout, il faut voir au cas par cas. Entre toutes ces idées et méthodes, chacun devrait pouvoir trouver la solution qui lui convient. Je vous accorde le problème du dos en fonction de cavalier novice, celà dit, avec un bon enseignant, le cavalier décontracté au pas sur les différents exercices, se contracte peu voir pas dans l’évolution des allures. Tout est encore histoire de compétence de l’enseignant.

      On en revient au même : peu importe la méthode si les enseignants étaient correctement formé la problème ne se poserait pas : Les chevaux serait travaillé régulièrement dans le bon sens, leur dos serait protégé, les exercices et les cavaliers serait bien encadrés, ils auraient pas « besoin » d’enrêner…

      Pures interrogations en ce qui concerne le simulateur, la machine arrive-elle à créer l’ensemble des sensations? Je ne connais pas du tout et le mouvement du dos du cheval est extrêmement complexe, parvient-elle a le reproduire? A priori, je poserai la question du capital « affectif et sensoriel » qui n’existe pas dans la relation homme-machine. Il n’y a donc pas de caractère empathique dans l’échange… On sait aujourd’hui au travers d’un bon nombre d ‘étude que notre cerveau ne fonctionne pas du tout de la même façon face à un interface graphique que face à un Etre vivant, la question que je me pose : comment l’ensemble esprit-corps réagit-il lors de la transition à cheval?
      Je n’ai vraiment jamais travailler avec : )

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    3. Hé oui…

      Le simulateur ne fonctionne pas exactement comme un cheval, mais on peut simuler le fonctionnement aux trois allures et l’utilisation des aides. C’est un outil de travail postural de quelques séances, ensuite on passe au cheval d’école en chair et en os. Le balancier global en particulier, donne une vraie stabilité (et donc confiance) au cavalier (débutant ou non), mais aussi au cheval (on ne rend pas toujours compte des conséquences de nos infimes déséquilibres sur le propre équilibre du cheval, même un cheval d’école a besoin d’un cavalier stable et fixe d’où l’avantage du simulateur).

      J’ai ajouté cet intéressant échange dans l’article.

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    1. C’est un encadrement spécifique. Personnellement, j’ai appris jeune, mais plutôt que d’aller en manège, nous faisions des balades en forêt à cru. C’était pour moi, très instructif !

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