Travail du jeune cheval pour lui donner des bases solides

Photo : Ufano en épaule en avant sur le cercle, après plusieurs mois d’un travail de base avec le pli prononcé et la rêne d’ouverture commence à donner le postérieur sur la rêne extérieure en aides diagonales: jambe intérieure et rêne extérieure. Il fera ce travail de plus en plus droit au fil de son évolution. Il est aujourd’hui d’une extrême finesse aux jambes !

Le postula duquel je pars est qu’un cheval n’est pas fait pour porter un humain !
A partir de là, il découle un travail d’éducation, qui lui permettra d’avoir la force de porter un cavalier en retrouvant toute son agilité, son aisance !

Le jeune cheval (débourré)
Le jeune cheval (ou le cheval non éduqué) est sur les épaules principalement. Lorsque l’on va ajouter un poids sur son dos, cela n’arrangera pas les choses. Ce n’est pas parce qu’un cheval vous porte (ils sont forts), qu’il le fait avec son dos, qu’il le fait dans l’équilibre adéquat !
La base du travail d’un jeune cheval déterminera toute sa vie de cheval de selle, c’est pourquoi il faut y apporter un soin tout particulier.

Voici comment je les prépare (tout ce travail peut être exécuté à deux personnes si besoin).

En longe et licol
En tout premier lieu, je fais un travail en longe et licol pour installer les premiers codes, vocaux et de contacts, qui permettront, une fois en selle, d’être le plus précis possible et ne pas générer des incompréhensions qui peuvent parfois mener jusqu’à la rétivité !

Je vais l’inviter à me suivre au pas, si besoin est, j’utilise le stick (attention, généralement à ce stade ils y sont très sensible), puis à donner des arrêts (même procédé que dans le travail en filet sur la piste). Ensuite je lui apprendrais à reculer en m’aidant de ma main sur le poitrail.
Ne faites pas l’erreur d’opposer vos mains à vos demandes de mouvement en avant.

En longe sur le cercle
La première demande est le mouvement en avant au pas sur le cercle. Il faut leur laisser l’opportunité de vraiment exprimer leur énergie en avant, ne pas les retenir (donc cela sous-entend un endroit adapté : rond de longe ou petit manège). Si le cheval explose au galop ce n’est pas un problème tant qu’il est sur le cercle. Faites-lui retrouver le calme patiemment.

Ensuite, des transitions simples : pas-arrêt, puis trot-pas-arrêt, etc. il faut passer d’une phase à l’autre uniquement si le cheval a compris la phase antérieure.

Je m’attelle aussi rapidement aux premières mobilisations des postérieurs, je fais une rêne d’ouverture avec la longe (le cheval sur un petit cercle au pas autour de vous) et je mets suffisamment de pli à l’intérieur pour que cela provoque le « croisement » (croisement et engagement, voir en fin d’article) du postérieur intérieur vers l’extérieur. Il faut apporter le plus grand soin à ces exercices, qu’ils soient obtenus sans stress, soyez exigeants à la hauteur de la maturité de votre cheval.

En filet
Sur la piste, l’arrêt est une priorité. Le demander sur un très léger contact (surtout pas de traction, posez vos mains sur le cheval si nécessaire, il ne faut pas que la main recule ou tire).
J’ai une précision toute particulière à ce sujet : il faut dès le début ne pas tirer, cela veut dire que lorsque les premiers arrêts sont demandés, il faut anticiper l’incompréhension du poulain en vous plaçant près d’un mur. Vous allez prendre votre petit, léger contact, sans exiger l’arrêt immédiat. Soit l’arrêt est obtenu rapidement et c’est parfait (votre cheval est à l’écoute), soit ce n’est pas le cas (rien de grave) mais le mur n’étant pas loin l’arrêt sera quand même obtenu quoi qu’il se passe, face au mur (vous pourrez donc récompenser). Petit à petit, le cheval comprendra que votre main réclame l’arrêt et vous le donnera de plus en plus vite, cela sans avoir dû tirer, fourvoyant la bouche et la compréhension que le cheval a de votre main.

Si ce travail a été bien mené, vous pourrez très facilement obtenir un ou deux pas de reculer à la suite de votre arrêt juste en conservant le contact au lieu de lâcher les rênes sur l’arrêt pour le récompenser.

Ensuite, je commence la mobilisation des postérieurs en contre-épaule en dedans sur la piste ; je me place entre le cheval et le mur, mets un pli vers le mur, cela provoque le croisement du postérieur extérieur vers l’intérieur. Attention à vous, en terme de placement de votre corps, aussi, suivez bien votre cheval. Je vois très souvent des cavaliers qui laissent le cheval les traîner, car ils se tiennent aux rênes (et oui, même à pied, on peut se tenir aux rênes, ce qui est absolument préjudiciable).
Demandez-le au pas, tranquillement, avec toujours des pauses dès l’obtention d’une bonne réponse. N’allez pas trop vite dans la durée de l’exercice, répétez-le mais à petites doses.
Vous pourrez aussi travailler sur un petit cercle l’exercice vu en longe, pli intérieur, croisement du postérieur intérieur vers l’extérieur.

Je me dois de préciser maintenant une chose très importante pour les exercices de gymnastique : à ce stade, il est évident que lorsque le poulain croise ses postérieurs, il va le faire en reportant du poids sur l’épaule opposée ; ce n’est pas un problème, ces exercices avec du pli, beaucoup de pli même parfois, vont avoir pour vocation plusieurs choses : l’étirement (indispensable), le croisement d’un postérieur (permet petit à petit de valoriser la jambe fine), le poids qui va aller sur l’épaule opposée. Le but de ce chemin se révélera à vous quand, une fois cette phase stabilisée et assimilée par votre cheval, vous entamerez la phase supérieure. Ce pli vous offrira sur un plateau la rêne régulatrice et la jambe intérieure qui sont les clés du rassembler !

A cheval
Il ne vous reste plus qu’à reprendre ces exercices dans un ordre logique. Encore une fois, si cela a été bien mené, les réponses doivent être faciles à obtenir, si ce n’était pas le cas retournez au début pour renforcer ce qui n’a pas été compris. Et veillez à ne pas être le responsable de cette incompréhension !

Je commencerai sur la piste par les exercices de transitions, reculer compris. Faites d’abord des pas-arrêts, puis des trot-pas-arrêts, des trot-arrêts (si le cheval a compris, il vous les donnera très facilement sans s’accrocher à la main) à vous de sentir ce dont il est capable, ne le forcez pas en brûlant les étapes. Ayez toujours dans l’idée qu’il faut avancer prudemment pour ne pas créer d’incompréhension ! Il vaut mieux faire dix séances pour renforcer un acquis que de vouloir tout faire et faire une bêtise.

Ensuite, vous pouvez commencer les contre-épaules en dedans sur la piste (demandez-les de la même manière qu’à pied, c’est-à-dire avec la rêne d’ouverture, le pli et une très légère jambe intérieure).
Puis sur le cercle, demandez le croisement du postérieur intérieur (avec le pli) vers l’extérieur.

Pour les départs au galop, que je demande rarement sur les premières séances, je les obtiens à partir de la contre-épaule en dedans : elle vous donnera des départs sur le bon pied, elle canalisera le galop aussi, et renforcera le départ venant de derrière au lieu d’avoir un cheval qui se jette sur les épaules ; il sera temps plus tard de redresser votre cheval. Ne galopez pas trop longtemps, faites plutôt des départs puis transitions. Ajoutez des foulées quand vous avez le sentiment que les départs sont corrects, et que les chevaux restent avec vous, sans vouloir courir à fond vers l’avant (et donc sur les épaules). Si vous avez le cas d’un cheval qui n’avance pas ou transitionne tout seul alors là, oui, demandez-lui de faire un tour complet de manège par exemple.

Une note pour l’utilisation du pli
Il est très important de le faire à ce stade en rêne d’ouverture. Ne compensez pas le manque de réponse à votre jambe intérieure avec la rêne intérieure en la croisant vers l’extérieur car cela compromettra votre future rêne régulatrice, l’utilisation de votre jambe intérieure et ainsi le rassembler.

Attention, j’ai pris le parti de ne pas utiliser le stick dans les travaux de gymnastique. C’est uniquement pour demander le mouvement en avant c’est-à-dire quand on demande du mouvement avec une légère pression des deux mollets.
Ce choix a été mûri après de nombreuses expériences. Il faut aussi que vous gardiez en tête que cette manière de faire vous obligera à maîtriser vos jambes. Puisque le pli vous donnera le postérieur de votre choix, alors mettez votre jambe au plus fin, comme si vous étiez sur un cheval dressé. Il ne répondra pas à votre jambe au début, ce qui est normal, mais à force de répéter l’exercice, la jambe « légère » aura eu le temps de prendre toute sa valeur et votre cheval sera si fin que le bonheur sera tout proche !
Je m’explique sur ce choix : un cheval qui n’est pas dans le bon équilibre, ce qui est forcément le cas du poulain (en extension à tous les chevaux non éduqués… en réalité le plus grand nombre !), ne pourra pas ou mal mobiliser latéralement ses postérieurs, ses hanches, son corps. C’est pourquoi il est irraisonnable qu’un cavalier exige, à coup de stick voire d’éperons, une réponse que le cheval ne peut biomécaniquement pas donner dans la légèreté puisque son équilibre ne le lui permet pas !

Le site d’Isa Danne : isadanne.com

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13 réflexions sur “Travail du jeune cheval pour lui donner des bases solides

  1. Bonjour, j’ai lu votre article et je l’ai trouvé extrêmement intéressant mais j’aurais une petite question : je vais dans les semaines qui viennent commencer le travail avec la jument d’une amie et je pensais procédé comme vous l’avez décrit mais je rencontre un problème. La jument en question a été débourré il y a bientôt 4 ans, elle va avoir 8 ans, mais le travail en selle est très difficile depuis environ 1 ans. Elle refuse complètement le travail : fuis le contact des jambes comme des mains, je me demandais donc si votre méthode serait applicable sur ce genre de cheval ? Je pensais de toute manières reprendre les bases à pieds puisqu’à cheval ça devient carrément dangereux… Merci de votre réponse :)

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    1. Bien sûr, mais n’hésitez pas à demander de l’aide auprès de plusieurs professionnels parce qu’il peut y avoir des explications sous-jacentes à ce comportement.
      Bon courage.

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  2. Bonjour
    Pour demander la contre épaule en DD monté vous préconisez de la faire « avec la rêne d’ouverture, le pli et une très légère jambe intérieure ». Vous pouvez développer l’action de la jambe ? il s’agit bien de la jambe intérieure par rapport à la main à laquelle on se trouve ?
    Merci :)

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  3. Bonjour,
    Je voudrais apprendre à mon poney de 5 ans que je viens d’acquérir le travail sur deux pistes. Je souhaiterais suivre vos conseils et j’aurais besoin de petites précisions:
    – concernant le pli à la longe, utilisez vous un enrênement particulier pour lui demander ce pli? Mon poney tourne bien au trot et au galop aux deux mains mais au pas il a tendance à vouloir se tourner et venir vers moi du coup si j’essaye de mettre du pli, cela ne risque-t-il pas d’accentuer ce problème?
    – concernant la contre épaule en dedans à pied? Je ne comprends pas bien comment vous faites pour faire le pli et pour lui demander d’avancer, pourriez vous me donner quelques explications?
    Je vous remercie pour vos réponses :)

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    1. C’est la rêne d’ouverture qui provoque le pli et donc la mobilisation du postérieur. Voici un article qui devrait vous aider : https://demivolteface.com/2015/07/09/comprendre-lequilibre-du-cheval
      Votre cheval semble confondre le pli et le rappel, clarifiez cela à pied sur un petit cercle. Attention à votre posture et la façon dont vous vous placez, si le cheval ne vous suit pas à pied, c’est peut-être parce que vous vous placez devant lui. Utilisez le stick pour la mise en avant.

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  4. Merci beaucoup pour votre réponse, je vais persévérer avec vos conseils.
    Et merci pour votre site que je découvre petit à petit, qui est une mine d’informations et de réflexions, et qui me conforte dans ma position vis à vis des chevaux! :)

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  5. Merci pour cet article très intéressant et instructif, étant en ce moment en « redébourrage » d’un cheval de course, très sur les épaules justement.
    Je me pose une question concernant le départ au galop à partir de la contre-épaule en dedans, je ne vois pas comment, dans cette attitude, le cheval est encouragé à partir à juste. Pouvez-vous m ‘éclairer ?

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    1. Le premier pied qui part dans la foulée de galop est le postérieur extérieur dont l’engagement est favorisé justement dans la contre épaule en dedans.
      Donc il facilite le départ sur le bon pied puisqu’une fois le postérieur en action la foulée suit son déroulement logique.
      De plus, le jeune cheval non rassemblé peut en profiter au début pour mettre du poids sur l’épaule intérieur se qui facilite le passage du postérieur extérieur.

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  6. J ai un cheval de 4 ans qui lève la tête refuse d aller en avant surtout à main droite ou elle met
    Les hanches en dedans pouvez vous me conseiller
    Elle a tout vue veto dentiste osteo

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