Un pas en avant

Ce matin, j’écoutais une chanson ; l’artiste y parlait de son chemin de vie, de la manière dont il a réussi à se guérir de ses blessures.

Ça m’a fait penser que j’ai fait le même chemin, et qu’aujourd’hui, j’essaie d’en faire profiter tous mes élèves, afin qu’ils parviennent à laisser tomber leurs barrières, qui sont autant de limites vers leur progression.

Mon travail d’entraîneur et d’enseignante est de donner à mes élèves des clés pour pouvoir comprendre le mécanisme du travail sur soi. On parle de résilience.

Les premiers pas
Après des années de galère affective, un surpoids évident, l’impression de ne pas être actrice dans ma vie, l’impression de tourner en rond, de ne pas avoir d’autre choix que l’effacement, et d’accepter que la vie est une garce quoique je fasse, il a fallu un bouleversement dans ma vie pour que je comprenne enfin. J’étais seule et unique responsable de ce que je vivais, pas de ce qui m’avait blessé enfant, mais bien du fait de continuer à le vivre, de continuer à l’accepter, et à le subir.
Lorsque j’ai eu compris ça, il m’a fallu trouver la manière de procéder pour changer les réflexes comportementaux que j’avais construit pour me protéger. J’ai donc pris l’habitude de me forcer à affronter mes peurs, quelles qu’elles soient, de me forcer, même si mes habitudes revenaient au galop, à avancer toujours au lieu de tourner les talons.
Au début, on tâtonne, on fait des petits pas, mais reprendre le contrôle au lieu de subir donne aussi beaucoup de plaisir, ça aide pour les pas suivants.
J’ai vite compris que chaque chose de ma journée pouvait être pensée comme une expérience positive qui m’obligeait à me poser une question particulière, à faire un pas. Mon travail était d’identifier cette question et d’essayer d’y répondre.
Exemple : j’ai constaté que, régulièrement, je m’effaçais devant un certain type de personnalité (dominant, qui vous met la pression en vous culpabilisant, avec un comportement plutôt violent verbalement). Je me suis rendue compte que j’adoptais toujours le même comportement face à ce type de personne. J’ai alors décidé de me donner comme directive qu’à la prochaine occasion, j’adopterai un autre comportement. J’ai donc préparé en conscience un comportement qui me paraissait plus adapté : j’ai fait le choix (quels que soient les enjeux professionnels et autres) de répondre à son agression en disant « NON », et si ça ne le désamorçait pas, de partir sans autre formule et de le laisser à sa colère, comme un sale gosse qui va se rouler par terre ! Evidemment, le jour « J » mon cœur battait la chamade, j’avais mal au ventre, peur… mais il en allait de ma vie ; j’ai alors fait mon « exercice » (j’appelle cela comme ça). La réaction du bonhomme a été de hurler, de me menacer, mais je suis restée stoïque, j’ai suivi mon plan, même si à l’intérieur j’étais compressée, brûlante, tremblante, j’ai continué à marcher sans me retourner et je suis partie. Dans ma voiture, j’ai crié, un long cri de joie, de libération. Le lendemain, la bête était calmée ; je crois aujourd’hui qu’il a même un peu peur de moi. De mon côté, la sensation a été une révélation, mon cœur a explosé de joie, de fierté. J’avais donc la capacité de ne pas subir, de reprendre la main, le contrôle sur ce que je voulais faire, accepter ou pas.
Suite à ce premier exercice remporté haut la main, j’ai facilement pu faire le chemin, j’ai continué cette démarche constructive. Je me suis ouverte, j’ai appris à donner, à aimer, j’ai appris à lâcher prise. La colère s’est estompée jusqu’à disparaître, laissant place à de la bienveillance, de l’amour. Aujourd’hui, grâce à ce chemin, j’ai pu donner beaucoup d’amour aux gens qui m’entourent depuis plusieurs années, j’ai pu aider (sans jamais attendre en retour). Le résultat, c’est que je suis entourée pour la première fois de ma vie de personnes qui sont prêtes à m’aimer comme je les aime, qui savent être là quand je suis faible, mais qui prennent mes moments de force pour grandir à mes côtés en toute confiance. Elles sont capables, en cas de coup dur, de se mobiliser pour moi, comme moi je le ferais pour elles.

Pour en revenir à l’enseignement de l’équitation, il est essentiel aujourd’hui de vous faire partager cela, car j’ai le sentiment que vous devez l’entendre pour pouvoir à votre tour vous dire que tout est possible. L’Equitation Classique demande une âme en paix pour pouvoir grandir, s’épanouir avec vos chevaux. Il est de votre devoir, si vous aimez véritablement, profondément les chevaux de faire ce travail sur vous : on a tous du chemin à faire. N’ayez pas peur de vous remettre en question, de chercher « les questions » partout autour de vous et d’y répondre avec la plus grande intégrité. J’ai trouvé une paix intérieure qui me permet aujourd’hui d’écouter véritablement mes chevaux, de ne pas faire de projections mal venues, de ne pas leur faire porter le poids de mes blessures. Les conflits qui naissaient entre moi et eux à une époque n’étaient que de mon fait, mais j’étais trop coincée dans mon mal-être pour m’en rendre compte. Ce qui est magique dans tout cela, c’est que mes chevaux m’ont suivi, ont adhéré à mon nouveau chemin sans hésitation, sans faille, sans rancune, et avec confiance.
On dit trop vite que les chevaux sont comme ci ou comme ça, on leur prête de la violence, de mauvaises intentions, de la mauvaise volonté au travail le plus souvent, mais dans ces moments, dites-vous juste une chose : « Ce qui ce passe n’est que le reflet de mon intérieur ». Le pire, c’est lorsqu’on se voile la face, qu’on accepte des méthodes violentes parce qu’un entraîneur malveillant (volontairement ou involontairement) vous mène sur le chemin de la perversion, de la douleur, en vous disant que c’est normal. Il banalise cette violence, c’est inacceptable.
La contrainte et la violence ne peuvent engendrer la beauté, il faut que tous les cavaliers réapprennent à regarder leurs chevaux, réapprennent à lire dans ce qu’ils voient, ressentent plus intimement les chevaux pour faire évoluer leurs critères. Ne me dites pas « oui mais, toi tu es forte » ou « tu sais monter à cheval, c’est facile » : non, j’ai dû faire ce chemin seule, j’ai dû passer par-dessus mes doutes, mes peurs, j’ai pleuré, j’ai eu mal à en crever parfois, mais j’ai accepté tout ça, je ne voulais plus vivre dans le mensonge.

C’est de tout cela que ma force a décuplé, que je suis devenue meilleure à cheval, car j’ai enfin pu faire taire les bruits en moi qui me voilaient les yeux et le cœur. Il n’est pas possible de révéler l’âme d’un cheval si l’on n’a pas fait le ménage en nous, si on se ment à nous-mêmes.

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Je suis heureuse de pouvoir dire aujourd’hui que je suis une résiliente, que ce chemin m’a permis d’aimer mieux les chevaux, m’a donné accès aux cœurs des chevaux. Je continue à faire mon chemin, on répond aux questions toute sa vie, mais le plus dur a été fait.
C’est un motif de fierté qui m’a redonné de l’amour pour moi, ce dont je manquais totalement. Ce qui m’épuisait avant me remplit aujourd’hui, dans le passé je donnais, mais comme inconsciemment j’attendais qu’on m’aime en retour, alors ça me vidait, comme on vide un poisson mort ! Aujourd’hui je donne, plus encore, mais je me remplis… Je ne suis plus dans un épuisement physique et mental, bien au contraire ! L’énergie que j’ai gagnée me permet de faire plus, d’être souriante toujours, d’être positive la plupart du temps ! Rien avoir avec de la niaiserie béate, mais avec un état intérieur qui a fondamentalement changé. Pour aimer les autres il faut pouvoir accepter ses erreurs et se les pardonner, pour ne plus les répéter. Il faut se regarder avec bienveillance !

Cela vous mènera à devoir vous poser la question de qui vous voulez être ! Sachez que ce chemin bien entamé m’a révélé que je n’étais pas la personne que je devais être, alors je me suis demandée qui je voulais être. Il vous faudra être créatif, car en vérité vous pouvez être ce que vous voulez, l’important est de le choisir et non de se le faire dicter par les autres. Vos réponses sont souvent dans votre enfance, l’histoire de votre famille, vos traumatismes. Entendez-les, faites-leur une place pour soigner les blessures qui vous appartiennent et pour rendre à vos parents (et autres) celles qui ne vous appartiennent pas !

J’ai envie de vous dire de n’écouter que votre cœur en mettant à son service votre cerveau.

Pour vous, faites le chemin, vous le méritez, la vie n’attend que votre premier pas.

La résilience est dynamique, il a été identifié huit processus qui la construisent :

  • la défense-protection ;
  • l’équilibre face aux tensions ;
  • l’engagement-défi ;
  • la relance ;
  • l’évaluation ;
  • la signification-évaluation ;
  • la positivité de soi ;
  • la création.

Le site d’Isa Danne : isadanne.com

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3 thoughts on “Un pas en avant

  1. Je me suis beaucoup intéressée à votre article, merci pour ces confidences et ce partage, et je suis aussi une amoureuse des chevaux …

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