Entre cruauté, pollution, trafic d’animaux, le cuir a-t-il encore ses lettres de noblesse ?

Tannage.
Tannage.

Entre cuir et équitation, c’est une longue histoire d’amour, mais sur quel fond ?

Le cuir
Les cuirs s’obtiennent à partir de peaux de bovins, d’équidés (cordovan), d’ovins, de caprins, de cervidés, de porcins, mais aussi de pécaris, d’autruches, de kangourous, de reptiles (crocodiles, lézards, serpents…) ou de poissons cartilagineux (galuchat).

Le marché et l’industrie du cuir : un réseau gigantesque
Pour une paire de chaussures, il faudra parcourir le globe : produire la matière première aux USA, tanner le cuir au Bangladesh, assembler le tout en Chine, et enfin la vendre en Europe.
Question chiffres (cuirs et peaux bruts) :

  • les États-Unis sont les premier exportateurs de cuir ;
  • la Chine est le premier importateur ;
  • la France est le troisième exportateur mondial (soit 6,1% des exportations mondiales) ;
  • la France est le 11ème importateur mondial (soit 2,0% des importations mondiales).

L’ensemble de ces échanges ne facilitent pas la traçabilité : le cuir est une industrie opaque.

Une industrie polluante et peu respectueuse de l’Homme
Le tannage est aussi un important point noir puisque le cuir subit généralement un processus chimique à base de chrome. Dans le cas des cuirs moyens et bas de gamme (Inde, Pakistan), les tanneries reversent les eaux usées dans la nature, intoxiquant les populations et l’environnement pour des décennies.

Le problème du chrome III c’est sa réaction avec d’autres substances, il se transforme en chrome IV dangereusement allergène pour les consommateurs, et cancérigène pour les ouvriers. Il est donc déconseillé d’appliquer directement ce type de cuir sur la peau, cheval ou cavalier.
L’industrie du luxe n’est pas exempte de ce procédé, même les cuirs « haut de gamme » restent toxiques.

Les tanneries du Bengladesh sont classées parmi les 10 sites les plus pollués au monde :

Au Maroc, on prône le changement :

Un souhait pour plus de transparence
Les acteurs du cuir le savent, ils doivent s’engager dans la voie de la transparence. Les métiers du cuir sont souvent liés à des métiers ancestraux et artisanaux. Ils entretiennent un patrimoine vivant qui se doit d’être préservé, et donc pérennisé par l’utilisation de matières nobles, la garantie de conditions de travail saines, et du respect de l’environnement.

Si l’exploitation des peaux bovines est floue, celle des peaux d’animaux exotiques est un trou noir. En 2014 est paru le premier rapport sur l’exploitation de peau de python, une première qui note les premières améliorations de la filière :

Pour Swatch, la traçabilité des cuirs exotiques est incontournable :

Rappelez-vous, Swatch Group a été la première et jusqu’à ce jour l’une des seules entreprise du luxe à réglementer strictement l’utilisation de cuirs exotiques. Nous avons décidé de n’utiliser que des peaux d’alligators Mississippiensis venant des Etats-Unis et nous disposons ainsi d’une information complète et d’une traçabilité entière sur les peaux acquises dans des élevages exotiques.

SOURCE : swatchgroup.com

Mais tout est loin d’être si rose, car la cruauté envers les animaux reste bien réelle
Le cuir de veau peut provenir de veaux non-nés, arrachés au ventre de leur mère. Utilisé pour sa souplesse, sa finesse et son esthétique, ce cuir est fragile et exposé aux rayures et aux plissements (proscrire les selles doublées en veau). Sans parler du reste (images choquantes) :

Les cuirs d’animaux exotiques proviennent d’élevages douteux, mais aussi de chasse illégale favorisant la disparition d’espèces animales rares. Or, la mode est au galuchat, à la peau de serpent… des cuirs qui ne sont pas issus de la récupération, ces animaux sont bien souvent tués pour leur peau, et pour la peau uniquement. Et cela conduit à ça (images choquantes) :

Cuir végétal, cuir vegan, synthétique ?
Le cuir végétal est en quelque sorte un faux ami puisqu’il s’agit non pas d’un cuir obtenu d’une plante ou d’un arbre, mais d’un cuir animal tanné avec des tanins végétaux.
Quelques selliers ont fait le choix du cuir végétal :

Le cuir artificiel/synthétique/vegan ou encore faux cuir, conçu à base de plastiques ou de fibres végétales.

Le synthétique est principalement composé de dérivés du pétrole et de produits chimiques, il n’est donc pas une solution 100% durable. La question de la recyclabilité du matériel équestre est très peu soulevée. Heureusement le marché de l’occasion, du troc et le don sont des alternatives fortes qui réduisent les recours à l’incinération et aux rejets toxiques.
En comparaison avec les cuirs bas de gamme, le synthétique reste tout de même le meilleur choix. Les filières pétrochimiques sont davantage contrôlées et les produits peuvent être de très bonne qualité. Citons les marques : Podium, Thorowgood, Wintec, Zilco…

Choisir entre cuir et synthétique, c'est aussi prendre en compte l'impact environnemental.
Choisir entre cuir et synthétique, c’est aussi prendre en compte l’impact environnemental.

Conclusion
L’exploitation moderne du cuir pose de nombreux problèmes éthiques, sociaux et environnementaux. Pourtant, la peau d’un animal est une matière noble et durable issue de la récupération, en plus de la viande, des os et des abats. Ainsi s’il est possible d’exploiter entièrement une carcasse animale, on s’abstient de tuer pour une simple peau, question d’éthique.
Nous avons le choix : soit se détourner des produits issus d’animaux, soit privilégier et soutenir des filières transparentes, écologiques et locales (car oui, le cuir produit, tanné et travaillé en France, ça existe). Pour cela, posez-vous ces questions :

  • d’où le cuir provient-il ?
  • a-t-il subi un tannage végétal ?
  • où le produit a-t-il été fabriqué ?

Enfin détournez vous des sirènes de la mode qui prônent le superflu, le cheval ne se satisfait que du confort de son matériel, pas du reste.

Pour aller plus loin :

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11 réflexions sur “Entre cruauté, pollution, trafic d’animaux, le cuir a-t-il encore ses lettres de noblesse ?

  1. Il faut choisir un cuir d’animal élevé en Europe, avec tannage végétal, et une fabrication artisanale européenne.
    Si il faut remplacer le cuir par des matières synthétiques toutes issues de dérivés de pétrochimie… autant marcher sur la tête.

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  2. Bravo et pas simple de traiter d’un tel sujet : on peut effectivement être attentif à « la cause animale » et pas seulement équine, sans se rendre compte qu’on achète régulièrement des objets en cuir et en particulier pour l’équitation…. alors effectivement c’est bien d’acheter du cuir d’un animal » tué » d’abord pour l’alimentation (et dans de bonnes conditions….) et dont on utilise les sous produits , et aussi un tannage végétal fait en France mais c’est bien difficile de le savoir…

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    1. Non, en effet, mais s’il s’agit d’un produit haut de gamme, il est possible d’interroger le vendeur/fabricant sur le produit. Car certains artisans travaillent 100% français, mais ne le précisent pas forcément.

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  3. Article qui tombe à pic car je me pose la question depuis quelques temps. Je me refuse à mettre du synthétique à mon cheval car je fais le comparatif avec ma propre peau: Plastique ou laine?
    Par contre je me demandais effectivement si certain selliers seraient plus fiables que d’autres? Vers lesquels se diriger?
    A vrai dire je prends très grand soin de mes harnachements mais voila 8 ans que j’utilise ma selle et je la changerais surement dans les années à venir . Et je veux faire le bon choix…

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    1. Plastique ou laine ? Vous parlez de tapis ? La laine est une matière excellente à tout niveau.

      Comme je le disais dans mon précédent commentaire, tous les selliers ne précisent pas spontanément la provenance du cuir et son tannage, donc je ne peux pas pertinemment vous renseigner, car je pourrais en omettre certains. Le problème n°1 d’une selle est qu’elle doit être adaptée à votre cheval et à vous. Voyez ce point en premier, et questionnez en même temps les selliers que vous rencontrerez. Si vous avez le choix entre plusieurs modèles, vous pourrez ensuite trancher vers le plus écoresponsable.
      Désolée de ne pouvoir faire plus, bon courage dans vos recherches et merci de votre commentaire.

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  4. Article fort intéressant, on oublie trop souvent que la plupart de notre matériel équestre est issu du cuir d’animaux et c’est pourquoi il faut être vigilant.
    Avec l’effet de mode du Troc en ligne et des échanges de matériels sur divers forum et groupe facebook, le recyclage de matériels est en hausse, c’est une alternative à l’achat de matériels peu coûteux certes (le matériel en cuir bas de gamme), mais qui a une espérance de vie faible.

    Et puis avec un demi-trait on peut pas se permettre d’acheter du matériel qui ne tient pas la route, autant se faire confectionner son matos par des artisants français :p

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  5. c’est vrai, mais… la majorité des cuirs en equitation sont tannés végétal! le tannage chrome fait un cuir imperméable mais fin et extensible: sac à main, ou a la rigueur guetres…

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