L’Equitation Classique est-elle compatible avec la compétition ?

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L’Equitation peut-elle s’entendre avec la compétition sportive ? C’est à cette question que nous tenterons de répondre, du moins d’induire une réflexion constructive.

Mise au point : le sport et les compétitions

  • Sport : activité physique visant à améliorer sa condition physique. Ensemble des exercices physiques se présentant sous forme de jeux individuels ou collectifs, donnant généralement lieu à la compétition, et pratiqués en observant certaines règles précises. (Source : Larousse)
  • L’activité physique regroupe à la fois l’exercice physique de la vie quotidienne (à la maison, lors du jardinage, des courses, commissions et autres ravitaillements, lors du travail, de la marche, de l’usage des escaliers, des déplacements et des modes de transport), l’activité physique de loisirs, et la pratique sportive. Selon l’OMS, le sport est un « sous-ensemble de l’activité physique, spécialisé et organisé ». (Source : Wikipedia)
  • Le terme de compétition désigne en général la rivalité entre des personnes, des organismes ou des organisations pour une ressource (espace, nourriture, richesse, pouvoir…). (Source : Wikipedia)
  • La compétition sportive est la confrontation de concurrents ou d’équipes pratiquant une activité sportive dans le cadre de règles fixées, ou dans certaines disciplines de figures ou expressions libres (en patinage artistique, en escalade…). (Source : Wikipedia)

Les perversions de la compétition sportive
Les êtres vivants entrent en compétition quand il s’agit de nourriture, d’habitat, de partenaire etc. ; l’humain est donc la seule espèce qui pratique des compétitions sportives. Dans la grande majorité des sports, les athlètes emploient leur propre corps : dans l’équitation, le cavalier se sert du sien, mais surtout de celui de son cheval.
Problème : les valeurs sportives sont trop souvent bafouées à cause de l’appât du gain : non-respect d’autrui (arbitre, concurrent…), pratique frauduleuse, entraînement abusif… Le gain et la médaille entraînent leur lot de perversions, et nous ne le savons malheureusement que trop bien.
Dans le cas de l’équitation, le danger est encore plus grand : parce que le cheval est un animal, et que l’Homme est Homme. Pour le cheval, c’est de sa considération dont il sera question : outil au service du cavalier ou partenaire ? On vous répondra toujours « partenaire ». En réalité, la frontière est mince comme une feuille de papier, et si l’on est attaché à l’éthique, pas besoin de préciser qu’elle se situe souvent du mauvais côté. Et oui, nous le savons tous, l’équitation n’est pas épargnée par les perversions :

  • emploi d’outil contraignants et douloureux : enrênement, crème hypersensibilisante, guêtres cloutées, remontées ou plombées, poids aux membres, taser, éperons électriques…,
  • emploi de techniques d’entraînement elles aussi contraignantes et douloureuses : rollkür, ldr, tire-pousse, barrage…,
  • et bien sûr, dopage.

Peut-on véritablement respecter l’intégrité physique et morale de son cheval ?
Même les cavaliers attentionnés ont déjà été confrontés à pousser volontairement leur cheval à franchir un obstacle alors qu’il est en difficulté, à continuer une reprise de dressage alors qu’il y a une perte d’équilibre, à engager leur jeune monture sur des épreuves trop contraignantes, à utiliser des outils ou appliquer des pratiques contre leur gré parce que « la pression est trop forte ».
En ce qui concerne le respect de l’intégrité de son cheval, impossible d’être infaillible. Il n’y a donc pas de compétiteurs parfaits, mais il y a ceux qui font leur possible, des cavaliers rares qui ne cumulent pas nécessairement les plus grands palmarès.
Or l’éthique peut-elle tolérer l’imperfection quand celle-ci induit une quelconque forme de souffrance ?

Parallèle avec les arts martiaux
Associer la compétition avec des arts anciens est aussi toute la problématique que rencontre certains arts martiaux. Sport et Budō peuvent-ils s’entendre ? Quelques éléments de réponses dans ces deux articles :

Si on lit donc entre toutes ces lignes, on se rend compte que l’Equitation Classique est finalement très semblable aux budō (équilibre, harmonie, efficience, longévité). Mais la question de la compétition, les arts martiaux ont été plus francs, certaines écoles y renoncent totalement (comme l’aïkido), tandis que d’autres font le choix personnel de ne pas y participer, et cela ne constitue aucunement un obstacle à leur pratique. L’Equitation quant à elle, a préféré opter pour la complaisance, mutant d’Equitation Classique à équitation. Résultat : elle peine aujourd’hui à renouer avec ses fondamentaux.

Dans notre monde occidental, les compétitions sont un passage obligé ouvrant les portes de la reconnaissance publique. Or, les grands écuyers ou les grands maîtres n’ont pas eu besoin de faire reconnaître un quelconque palmarès pour faire valoir leur talent. Auriez-vous suggéré à Nuno Oliveira ou à Maître Ueshiba (maître fondateur de l’aïkido) de faire reconnaître leur enseignement par le biais d’une carrière de haut niveau ? Le premier aurait certainement ri, pour le deuxième, vous n’auriez même pas osé.

Petit aparté : les icônes, le public, une histoire de responsabilité
Je souhaiterais faire également un petit aparté concernant le public, les fans et les icônes.

Problème n°1 : on se soucie peu du travail en amont, c’est-à-dire l’entraînement du cheval. Pourtant, même si les coulisses ne sont pas toujours accessibles, il est important d’en prendre connaissance, surtout lorsqu’on se qualifie « fan de ». L’équitation est un sport particulier qui emploie un animal, parfois intelligemment, parfois à son détriment. Il est donc bon de savoir dans quelle case se situe le cavalier que l’on applaudit…

Problème n°2 : à partir du moment où l’on prend connaissance de méthodes d’entraînement ou de la prestation compétitive, quels sont les critères d’encouragement et les fautes rédhibitoires ?
Exclure un cavalier qui utilise un enrênement, et applaudir celui qui utilise un noseband ? Exclure un rollkuriste, et applaudir un ldriste ?
Ces questions ne sont pas farfelues, elles soulèvent une problématique bien actuelle : la politique du « moins catastrophique ». Exemple : soutenir le cavalier qui n’abusera pas trop du mors de bride, mais continuera de présenter une locomotion défectueuse. C’est « moins catastrophique » mais c’est loin d’être parfait. Sauf que les chevaux, eux, ne peuvent se contenter de souffrir moins, ils ne veulent plus souffrir du tout.

Ceci résume en partie la responsabilité que devrait avoir chaque spectateur un tant soit peu averti par les pratiques actuelles, c’est-à-dire et en premier lieu : les cavaliers. Particulièrement lorsque les règlements peinent à être appliqués pleinement.

Les compétitions sportives sont des événements festifs, alimentées par la joie et l’adrénaline. Mais ils comportent beaucoup d’enjeux vis-à-vis du respect du cheval. Les limites sont trop souvent franchies, parfois même applaudies.

Bibliographie :

  • Michel Caillat, Sport : l’imposture absolue, Le Cavalier Bleu, 2014
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7 réflexions sur “L’Equitation Classique est-elle compatible avec la compétition ?

  1. Wow ! Je ne partage pas votre point de vue mais je trouve l’article extrêmement bien fait notamment avec le lien fait avec le Budo et une réflexion philosophique ouverte et poussée sur les limites entre sport et compétition.

    Dans tous vos articles, vous passez le bien être du cheval en premier. C’est normal et louable ! Mais quand est-il de SON ressenti vis à vis de la compétition ?

    J’ai monté des chevaux très différents, avec des conditions différentes, des passés différents sur des hauteurs différentes étant cavalière de CSO en amateur. Et depuis 2 ans je m’efforce à faire extrêmement attention a l’humeur et au ressenti de ma monture. J’ai depuis croisé des chevaux qui détestaient ça (stress, peur, hennissement strident et grande nervosité) et des chevaux qui …adorent ça. Surtout une jument en particulier, je ne peux pas vraiment expliquer. A aucun moment (paddock/parcours) je n’ai l’impression de contraindre mon cheval. Et si la met en difficulté, elle ne saute pas, autant pour sa protection que pour la mienne. Je la remercie pour ça !
    J’aime beaucoup votre blog. Pour autant, je ne pense pas que le cavalier doit se sur-culpabiliser. Je concède que beaucoup trop de cavalier balancent leur chevaux dans les barres pour ce que je connais de ma discipline, le saut. Mais les deux membre du couple cavalier/cheval sont des êtres vivants avec leurs qualités, leurs erreurs et leurs envies chacun. Et la compétition n’est pas forcement en désaccord avec ces envies :)

    PS: Vous parlez de l’utilisation de taser. Dans quelle horrible mesure peut on faire usage d’un tel objet ?

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    1. Je ne suis pas contre les compétitions, je suis contre toute forme d’abus. Cela ouvre une question sur la manière de concevoir des compétitions saines, peut-être l’objet d’un article ?

      Concernant le taser, vu en rodéo, dressage, etc.

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  2. Ou « l’Art peut-il jugé avec une grille de notation comme on peut voir en dressage ? » . La compétition et la notation sont de vaste sujet qui soulèvent de très nombreuses questions !

    J’attendrais donc avec impatience un nouvel article s’il suit la même ligne éditorial que celui là !

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  3. Merci beaucoup pour cet article auquel j’adhère totalement.
    J’aimerais vous poser une question : que voulez-vous désigner par le terme « Idriste » ? (« Exclure un rollkuriste, et applaudir un ldriste ? »).
    Cordialement

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    1. Ah ok désolé, dans cette police, j’ai confondu les caractères L (en minuscule) avec un i (en majuscule) et du coup je ne comprenais ce qu’était un « idriste » :-)

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