L’engagement

Trot naturel.
Trot naturel.

Ce que je vois de l’engagement
J’ai pu constater que pour le plus grand nombre, l’engagement ressemblait à cela :

  1. cheval sur les épaules, nuque plus basse que le garrot, angle tête-encolure ouvert ou fermé, rein ouvert et qui fait de grands pas. Peu, voire aucune référence à l’équilibre, la décontraction. On trouve par contre la notion de poussée horizontale ;
  2. pour d’autres, il y aura une recherche d’abaissement des hanches, avec une notion de verticalité et d’équilibre. Et normalement, de poussée. Il est parfois exact que l’impulsion est un peu oubliée par certains représentants de cette équitation classique.

L’engagement varie selon que l’encolure est basse : nuque enroulée ou ouverte, ou que l’encolure est soutenue, nuque plus haute que le garrot, ouverte ou fermée (cela peut être 2 cm comme 20 cm).

Etude de l’équilibre
Il existe des équilibres différents et, finalement, des fonctionnements biomécaniques différents. Selon les équilibres choisis, obtenus, les tensions musculaires ne se portent probablement pas aux mêmes endroits. Le cheval va développer certaines zones musculaires, ou pas, qui seront différentes en fonction de la technique utilisée. J’aime beaucoup la photo de Nuno Oliveira pour l’équilibre qu’il donne à son cheval ainsi que le respect de la locomotion du cheval.

Nuno Oliveira au trot allongé.
Nuno Oliveira au trot allongé.

Il faut, dans tous les cas, rester objectif et intègre, comparer ce qui est comparable (entre un cheval et un autre cheval). Il existe des chevaux avec des locomotions hors normes : on ne peut pas demander à un cheval, disons commun, de nous offrir le même visuel. Pourtant, la biomécanique restant la même, les articulations fonctionnent à l’identique. Et un travail juste restera juste, donc un cheval moyen bien monté peut offrir beaucoup de plaisir à son cavalier, parfois plus qu’un très bon mal monté qui sera dur, crispé, etc.

En course, la nuque est laissé ouverte. Le trotteur bai a une locomotion très intéressante, les hanches sont abaissés, l'engagement est maximal, le dos n'est pas creux (certainement à cause des rênes laissées fluides).
En course, la nuque est laissée ouverte. Le trotteur bai a une locomotion très intéressante, les hanches sont abaissées, l’engagement est maximal, le dos n’est pas creux (certainement à cause des rênes laissées fluides).

Il y a pour moi une question très importante, puisque dans la performance, quelle qu’elle soit : en courses de trot, en concours de dressage, ou en dressage classique pur à haut niveau, on présente des chevaux nuque plus haute que le garrot ; alors pourquoi inviter le plus grand nombre à mettre ses chevaux le nez par terre, ou en tout cas la nuque plus basse que le garrot ?

En conservant la nuque plus basse que le garrot, on ouvre le rein (pas de ploiement de la charnière lombo-sacrée)
En conservant la nuque plus basse que le garrot, on ouvre le rein (pas de ploiement de la charnière lombo-sacrée)

On voit bien sur ces différentes photos que la hauteur de l’encolure, l’ouverture de la nuque, le contact sur les rênes ou l’absence de contact, la décontraction, ont une influence sur l’organisation de l’engagement des postérieurs pour le cheval. Ce qui diffère, à la rigueur, et c’est d’importance, c’est l’ouverture de la nuque : fermée le plus souvent en dressage de compétition, et ouverte chez les trotteurs et en classique. Pour moi, le trot d’Anja Beran est parfait sur tous les plans : équilibre (nuque point le plus haut), rênes fluides (pas de contact constant), nuque ouverte (ligne du dessus gainée), résultat : un bel engagement sur une locomotion non altérée.

Anja Beran : un trot parfait.
Anja Beran : un trot parfait.

Fonctionnement de l’engagement et du dos
J’aimerais essayer de vous faire voir l’engagement et le fonctionnement du dos par mes yeux. Parlons du ligament supra-épineux, qui s’accroche au garrot et termine sur les dernières vertèbres et du ligament nuchal, qui commence aux premières cervicales et se termine au garrot.

Ce que cherchent, a priori, tous les cavaliers : tendre et soutenir le dos de leurs chevaux pour être mieux portés, et donc ne pas détériorer la santé de leur cheval.

On dit souvent que pour cela, il faut faire plus ou moins un travail en extension d’encolure. Oui, mais le cheval surcharge ses épaules et le rein reste ouvert, voire creux pour les chevaux les plus mal conformés ! Voici une alternative : il faut gymnastiquer le cheval sur des travaux de deux pistes et des transitions, avec une nuque plus haute que le garrot (pas forcément très haute mais en fonction du cheval, juste plus haute que le garrot de 1 cm à plus). L’objectif : assouplir et renforcer la musculature, notamment les abdominaux, les fesses, cuisses, lombaires. Mais également, comme il y a soutien de l’avant main, le grand dorsal, les trapèzes, le garrot etc. Petit à petit, le cheval va devenir plus fort et plus souple, son asymétrie se rééquilibre, il pourra aussi de mieux en mieux abaisser ses hanches et pousser droit : ce qui sous-entend automatiquement le ploiement du rein (la charnière lombo-sacrée). Ce ploiement va étirer le ligament supra-épineux vers l’arrière et si nous avons un cheval nuque soutenue et ouverte, le ligament nuchal sera étiré vers l’avant. Ainsi le garrot remonte, s’ouvrant comme un éventail. Si l’impulsion est juste, alors vous obtenez un cheval qui trotte avec une ligne du dessus soutenue et un très bon engagement.

Travail de l'équilibre vertical.
Travail de l’équilibre vertical.

Je rajouterais que le rapport qu’entretient le cheval avec la main de son cavalier est indispensable : le respect de la main (mains fixes) vous permet entre autres de travailler sur l’asymétrie de votre cheval. Il n’est évidemment pas question de dire que le cheval ne doit jamais rencontrer la main, bien au contraire, il doit savoir où elle est exactement, il doit savoir qu’il peut un bref instant prendre le contact pour ensuite se rééquilibrer (raison pour laquelle je ne suis pas favorable au demi-arrêt) ; en clair, il doit avoir confiance. Mais si votre cheval n’utilise pas ce bref contact pour se rééquilibrer, c’est qu’il y a un défaut d’apprentissage de la part du cavalier. Le vrai problème derrière ce fameux « contact constant » tant enseigné, c’est qu’il y a une totale négation de l’équilibre nécessaire au cheval pour porter correctement son cavalier. La légèreté ne doit pas s’obtenir en interdisant l’appui au cheval, mais elle doit arriver parce que les choix techniques pour la formation du cheval lui donnent les moyens de se grandir. Le choix de la finesse n’est pas celui de la paresse mais celui (quand c’est bien compris par le cavalier) de la rigueur et de l’exigence pour le bien être du cheval dans la performance.

En conclusion
Penser que pour améliorer l’engagement, il suffit de pousser sur du contact est une illusion ! C’est beaucoup plus complexe que cela. Il faut de l’équilibre, de la rectitude, de l’impulsion et de la décontraction. Mais pour obtenir tout cela droit, il faut au préalable avoir gymnastiqué son cheval dans les travaux de deux pistes ainsi que dans les transitions (n’oublions surtout pas que le reculer en fait partie), et que, dans leur exécution, les paramètres cités plus haut soient aussi respectés. Quelle que soit la qualité de votre cheval, si le travail respecte tous ces paramètres, alors la locomotion sera toujours valorisée positivement. Ne pas respecter ces bases de travail revient à exploiter un talent naturel et à le dévaloriser, le dégrader. Lorsque l’on voit autant de locomotions altérées en compétition c’est à se demander ce que font les juges ?!

Photos commentées
Voici quelques photos commentées, les commentaires restent ensuite quasiment les mêmes pour les suivantes.

Attitude du bout de devant intéressante, le cheval pourrait presque être bien si seulement il tenait cette attitude seul en montant le garrot et en portant sa tête. L’encolure et la tête du cheval sont portés par la cavalière ce qui est préjudiciable pour la musculature, entre autres. Ce contact, voire cette traction qu’opère le cavalier sur les rênes provoque l’affaissement du garrot et on constate que le rein se creuse. Raison pour laquelle le trot allongé n’est pas symétrique. Cet appui permet au cheval de jeter ses antérieurs ce qui est visuellement impressionnant pour le public, mais le souci, c’est que biomécaniquement, c’est obtenu avec un dos contracté, figé, ce qui à court, moyen et long terme n’engage pas le cheval sur une bonne voie sportive, autant pour sa santé que son mental. On peut ajouter qu’il est visible que la cavalière s’accroche avec ses mollets, ce qui évoque une équitation emprunte de force et de manque d’équilibre. Il est fort à parier qu’elle utilise ses éperons à chaque foulée, car l’un des problèmes majeurs du manque d’équilibre ou de l’équilibre porté (comme c’est le cas ici) c’est le manque de vibrant, d’impulsion véritable c’est-à-dire le cheval qui répond au souffle de la botte ! C’est un cercle vicieux : un cheval qui contracte son dos devient inconfortable, pour peu qu’en plus il possède une locomotion un peu voire très au-dessus de la moyenne, et alors le cavalier n’arrive plus à s’asseoir, il déforme sa position pour pouvoir encaisser les mouvements du cheval, et en général, il s’accroche à la tête et aux flancs de son cheval. On constate que la cavalière est en traction, le buste en arrière de la verticale, elle n’est pas d’aplomb sur ses étriers. Les épaules sont derrière ses hanches et derrière ses étrivières.

C’est dommage car l’attitude du bout de devant n’est pas mal, chanfrein légèrement en avant de la verticale, nuque plus haute que le garrot… Seulement, à cause de cette traction qui se veut du « contact », alors on a un cheval qui enfonce toute sa ligne du dessus ! Et donc on obtient une locomotion complètement altérée.

On voit pour ce cheval gris qu’il y a un fort appui en direction du sol, chanfrein en arrière de la verticale et un rein creux. Il y a de fortes chances que ce cheval présente un certain niveau de résistance, à la vue de son mauvais équilibre. On constate que la musculature de la base d’encolure devant le garrot est relativement absente et que la nuque est cassée à la troisième cervicale, ce qui est condamné par les vétérinaire. La position du pied antérieur droit à l’extension nous montre que le cheval est fort sollicité pour se projeter en avant, hélas, c’est contre une main qui porte au lieu de lui permettre de se grandir et d’allonger dans l’équilibre . C’est un allongement « porté » !

Pour ce poney bai, c’est à peu de choses près les même remarques que pour les photos précédentes. Le cavalier a les talons fort descendu, le genou ouvert et les mollets, automatiquement, en pression constante dans les flancs du poney. L’appui est encore dirigé vers le bas, la locomotion est un peu altérée et on constate encore ce rein creux et ouvert vers l’arrière … on est loin d’un véritable allongement.

Sur cette photo, on voit une cavalière en difficulté, elle tire tout simplement sur ses rênes, pour obtenir quoi ? On voit qu’elle met tout le poids de son buste en arrière pour être plus forte : cela est une preuve qu’elle est crispée et complètement accrochée à son cheval. On aurait envie de voir son cheval avec une encolure plus longue (de sa longueur naturelle) et non ratatinée ainsi.

Le site d’Isa Danne : isadanne.com

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13 réflexions sur “L’engagement

  1. Il faut penser aussi que chaque cheval à une conformation différente, certains engageront naturellement d’autres sembleront ne pas engager dû à un dos long ou une race conformée ainsi. Le mieux à mon avis est la recherche de la légèreté, avec des exercices comme le travail sur deux pistes les voltes toujours en avant sans chercher à rassembler trop tôt. Attendre le cheval. Le travail en terrain vallonné oblige l’engagement, développe la bonne musculature sa^ns avoir recours à abaisser l’encolure. Bannir les deux mots suivants de la bouche des instructeurs: tenir et pousser. Je l’ai trop entendu! La muserolle serrée est un frein à l’engagement, c’est mon avis.
    J’ai entendu un grand champion olympique, un exemple pour moi, Henri Chammartin, dire un jour que le principe du dressage actuel (années 1990) était devenu : »tirer et biller dedans, parfois avec sentiment » (en Suisse le verbe biller veut dire taper, caramboler).

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    1. Malgré des morphologies différentes, tous les chevaux ont le même fonctionnement (même squelette, muscles, etc.), qu’ils soient QH, lusitaniens ou traits, le travail de fond ne différera donc pas, il sera simplement adapté aux asymétries rencontrées, la seule différence notoire sera celle du brillant. Pour le reste, vous avez raison, il faut en effet bannir le tire-pousse et tous ses conséquences (muserolle serrée, etc.) qui nuisent aux chevaux !

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  2. Passionnant! Remarquablement bien écrit et clair, et très en lien avec mes recherches équestres actuelles. Je vous remercie chaleureusement pour le travail fournit, la transmission du savoir, et jour souhaite une bonne journée

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  3. article très intéressant, merci. c’est un vaste sujet, très bien abordé ici. La question que je me pose et auquel personne ne m’a répondu clairement, c’est: qu’est-ce que l’engagement des postérieurs? comment se mesure-t-il? comment peut on dire qu’un cheval engage et un autre non? Que faut-il regarder: les jarrets, la croupe ou les sabots?
    Bref j’aimerai trouver des photos qui m’expliqueraient, à moi pauvre ignorante que je suis, la différence entre un cheval qui engage et l’autre non…

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  4. Ah l’éternel débat sur la position de la nuque, faut-il travailler les chevaux en extension, nez au sol ect ect :)

    Mais comme toujours c’est bien écrit, très intéressant et le principe des photos commentées est tout simplement génial puisque l’ont peut voir exactement de quoi on parle, faire des comparaisons et se questionner sur un exemple précis ! A refaire pour le prochain !

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  5. Très intéressant et bien écrit. Cependant auriez vous une photo d’un cheval allongeant le trot mais dont le rein n’est pas creux?

    Cordialement

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  6. « Il y a pour moi une question très importante, puisque dans la performance, quelle qu’elle soit : en courses de trot, en concours de dressage, ou en dressage classique pur à haut niveau, on présente des chevaux nuque plus haute que le garrot ; alors pourquoi inviter le plus grand nombre à mettre ses chevaux le nez par terre, ou en tout cas la nuque plus basse que le garrot ? »

    Lorsque je montais en club et que j’ai commencé à regarder les concours de dressage de haut niveau sur Equidia, je me suis demandée aussi pourquoi les moniteurs en club nous bassinaient avec leur « laisse-le descendre le nez » ou alors « c’est bien mais la nuque plus basse » alors que justement en haut niveau on ne voit pas les chevaux le nez par terre sur un carré de dressage ! Le pire c’était quand j’avais passé mon dressage du Galop 5 et que le moniteur, pour me montrer comment arrondir la jument que je montais, m’a pris les rênes et a forcé la jument à baisser le nez. Je lisais déjà votre blog à ce moment-là, je savais donc que c’était inutile de faire ça (à part pour une question d’esthétisme puisqu’on allait dérouler une reprise de dressage…) mais je n’ai pas osé me confronter au moniteur. Enfin, ça m’a convaincu de ne plus retourner en club pour faire du dressage.

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