Ma rencontre avec Isa Danne

Trois ans après avoir amorcé un virage équestre à 180° pour suivre l’enseignement d’Isa Danne, il est peut-être temps de faire un petit bilan afin d’éclaircir un peu mon parcours de cavalière et de répondre à la question : « Qui se cache derrière Demivolteface ? ». Cet article est le premier du genre, mais peut-être pas le dernier. :)

Mon histoire de cavalière est finalement assez simple, et probablement similaire à beaucoup d’autres : j’ai passé plus de quinze ans sous les bannières de la Fédération Française d’Equitation, baignant dans une région équestre, j’ai connu et fréquenté plusieurs centres équestres. D’un début difficile à l’âge de 5 ans dans une structure où la cavalerie était inadaptée, voire dangereuse, j’ai continué ma route en suivant l’évolution des Galops, puis par l’extérieur (randonnées et demi-pension sur une jument d’extérieur), et enfin en intégrant un cours de « dressage élite ». A l’époque, j’ai beau être experte du tire-pousse, je commence à m’agacer de devoir rentrer en guerre contre les muserolles serrées, les enrênements, ou même la façon d’attacher mon cheval et de le soigner. Pour couronner le tout, je souffre beaucoup physiquement, du bas de la colonne aux hanches, et l’ostéopathie ne me soulage que partiellement. Rien de très glorieux donc.

Nous voilà en 2012 et, frustrée de stagner à un niveau où l’on considère une épaule en dedans comme un Graal et de ne pas trouver les sensations de légèreté promises (lesquelles ? je ne le sais même pas), je commence à élargir mon champ d’horizon en entamant des recherches sur internet. C’est alors que je tombe sur un blog nommé Estebantao. Il me plaît : je le dévore d’une traite. L’auteure prend des cours avec une dénommée Isa Danne, et j’aime ce que je vois : l’approche, le travail fait avec les chevaux. Une chose en amenant une autre et le hasard faisant bien les choses, je tombe sur une annonce d’Isa Danne, je saute le pas et envoie un mail. A ce moment, malgré l’excitation à l’idée de prendre un cours particulier, j’émets une certaine réserve quant à ce que je pense découvrir : je sais que si cela s’apparente à du cirque, je serai déçue. D’un autre côté, en tant que cavalière de club lambda, je me prépare aussi à essuyer un refus : ce mail peut n’aboutir sur rien. J’ai eu tort, Isa Danne me répond et nous nous donnons rendez-vous.

Je ne le sais pas encore, mais cette expérience va se révéler l’une des plus enrichissantes et bouleversantes de ma vie.
C’est l’hiver, et je suis presque perdue au milieu des champs lorsque je fais la rencontre d’Isa. La première chose que je remarque chez elle, c’est sa bienveillance et son charisme : c’est une personne rayonnante, ancrée, et respectueuse qui prend véritablement le temps d’écouter mon parcours. Une fois les présentations faites, nous allons chercher les chevaux : je suis pressée de rencontrer le fameux Nagano et j’en fait part à Isa sur le chemin, mais elle me répond tristement qu’il est malheureusement cloué au box suite à une fracture et qu’il ne sera peut-être plus montable (l’avenir en décidera autrement). Malgré cette triste nouvelle, je fais la connaissance de ses deux autres chevaux. Quand je regarde Isa les soigner, l’impression se confirme : elle les enveloppe d’amour, et cela se traduit notamment dans ses gestes doux et mesurés. Les chevaux rayonnent et dégagent une sensibilité à part, particulièrement remarquable lorsqu’on les manipule. Et ce qui me plaît surtout, c’est la liberté et la richesse de nos échanges : saddle fitting, nutrition, pieds nus, liberté de mouvements… nous sommes sur la même longueur d’ondes.

Arrive enfin le moment où je me mets en selle. Je monte un certain Kerwann, un cheval difficile, me signale Isa (et c’est en effet le cas), mais à cet instant pour moi, c’est le cheval plus facile et le plus merveilleux jamais rencontré ! Cette légèreté de réponse aux aides est un choc. Que dire du piaffer ou du reculer en huit effectués lors des séances suivantes ? Car vous vous doutez bien qu’après une telle expérience, il m’aurait été impossible de ne pas revenir…
Mais revenons aux toutes premières leçons : malgré quelques doutes persistants, reflets d’un moi intérieur qui tente encore de se raccrocher au passé, je bouillonne d’enthousiasme. J’en parle à Isa, qui me laisse le temps de digérer tout ça. Mais un gros problème me préoccupe : nous sommes au milieu de l’année, et je dois encore suivre des cours en club. Vais-je pouvoir tout gérer ?

La réponse est non, et c’est une période difficile à vivre. Je souhaite pourtant arrêter, mais ayant payé un forfait non-remboursable, je ne me vois pas partir comme cela. De bonne foi, je tente d’expliquer ma situation à mes enseignants, et je demande à ce qu’on me laisse dans un coin pendant que je fais quelques exercices au pas (à l’époque, nous avions une tripotée de trois ans, et je ne me voyais pas leurs demander autre chose). En réponse, je reçois de la colère et du mépris, mais de mon côté je ne ressens ni amertume, ni rancœur, et je veux éviter les conflits. Cela n’a bien-sûr pas fonctionné : le jour où mon enseignante m’a prise à part pour « discuter », ça a été une catastrophe : pour elle, j’étais ni plus ni moins manipulée par un gourou. Les mots ont été très durs, la discussion blessante, et depuis ce jour, ils ne m’ont plus revu.

Tant pis pour la mauvaise passe, les leçons avec Isa se suivent, et en plus des leçons montées, j’apprends aussi à adopter une nouvelle posture grâce au simulateur : le fameux Balancier Global. D’ailleurs, après trois ans de pratique, moi qui souffrait beaucoup, ne ressens désormais plus aucune douleur. Et je vois également le confort apporté aux chevaux : si leur cavalier sort du cadre, ils grimacent. Bref, je valide à 100% !

Nous sommes fin 2012 et des changements personnels m’amènent de nouveau sur une belle rencontre. Je fais la connaissance de la propriétaire d’un hongre frison de presque sept ans. Pour diverses raisons, le cheval est très peu monté, sa propriétaire me propose donc de le travailler. Je me sais encore débutante, mais le défi est intéressant. En effet, pour peindre un portrait de M. Frison (tel sera son nom de code), il faut imaginer un cheval un peu gauche, sans une once de cardio, grassouillet, et par-dessus ça, boiteux. Son cas aurait été d’ailleurs parfait pour illustrer l’étude sur le glissement de la selle (sous-jacent à une boiterie), car totalement bancal. M. Frison a déjà été manipulé par un ostéopathe de renom, mais les résultats étaient très loin d’être probants. Avant de commencer sérieusement le travail, nous décidons de tenter une nouvelle consultation avec un autre ostéopathe : miracle, le problème est vite trouvé et débloqué. Ce faisant, le problème n’est qu’à moitié réglé, car M. Frison boite depuis au moins l’âge de trois ans (âge estimé), et qu’il a eu donc tout son temps pour développer une stratégie de compensation forte : trop longtemps bloqué de la hanche gauche, il compensait en se tractant avec l’épaule droite. L’ostéopathie nous vient donc en aide, mais n’est pas salvatrice.

Les hanches ne fonctionnent pas ou mal, alors c'est le dos qui encaisse.
Les hanches ne fonctionnent pas ou mal, alors c’est le dos qui encaisse.
On voit ici que le geste est coincé. Ces deux photos ont été prises post-ostépathie.
Le geste est coincé et le dos creux. Ces deux photos ont été prises post-ostépathie.

Durant les premiers mois, je m’attelle surtout à lui donner des bases de cardio, histoire qu’il ne siffle pas au bout de deux tours de trot (et je n’exagère malheureusement pas). Ensuite, je commence le travail à pied afin de renforcer son corps et lui réapproprier sa hanche gauche, mais aussi pour le décontracter, car c’est un cheval qui manque de confiance en lui et qui a appris à serrer les dents face à la douleur.
Quelques mois plus tard, j’entame plus sérieusement le travail monté. J’adapte le travail en fonction de son asymétrie, par exemple en effectuant des transitions en douceur. Dans le cas contraire, il perd littéralement sa hanche ! Mais les exercices sont simples : des kilomètres de contre-épaule en dedans et d’épaule en dedans, des cercles, des huit, des transitions montantes et descendantes, des allongements au pas, ainsi que du reculer. En quelques mois, les changements sont là, le cheval s’éclate, gagne en souplesse et en force. Et surtout, il se décontracte !

Un avant/après. La photo de gauche en 2012, celle de droite en 2015. Ce n'est pas encore parfait, mais le galop a pris en force et est plus montant.
Un avant/après. La photo de gauche en 2012, celle de droite en 2015. Ce n’est pas encore parfait, mais le galop a pris en force et est plus montant.

Le travail en liberté est également très présent durant nos séances, je l’habitue ainsi à galoper et à tenir le galop. Je lui parle beaucoup et il suit mes indications à la voix. Je le vois même reprendre l’équilibre quand il le perd (la carrière suit une légère pente, ce qui ajoute une difficulté). Son attitude générale change, il ne baisse plus le nez, il se porte, et il est fier de nous montrer ses nouvelles capacités !
Quelques temps plus tard, en selle, c’est lui qui me souffle le galop. Durant les premières fois, il effectue des transitions galop-arrêt comme s’il avait fait cela toute sa vie, et ce, sans perdre sa hanche : pour moi ce ne sont pas de simples détails, c’est impressionnant !
Après deux ans de travail, et même s’il reste beaucoup à faire, M. Frison n’est plus le même. D’un cheval froid, raide et renfermé, il est devenu un cheval fin, exigeant et fort aussi bien physiquement que mentalement. Et lorsque l’ostéopathe est revenu pour un check-up, il n’a rien trouvé ! Ce résultat, nous le devons, M. Frison, sa propriétaire et moi-même, à Isa, à son enseignement bienveillant, et à la voie de l’équitation classique. Je sais désormais qu’une longue route m’attend, mais que sa trajectoire ne changera pas.

Merci encore Isa !

Fier !
Fier !
Et délié !
Et délié !
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9 réflexions sur “Ma rencontre avec Isa Danne

  1. Très intéressante ton expérience au près d’Isa danne !! La transformation est intéressante et remarquable !
    Tu continues de travailler ce cheval ou tu as changé de monture ? :)

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  2. Merci pour cet article, je lis souvent votre blog que j’apprécie et j’apprécie aussi beaucoup de pouvoir mieux imaginer la rédactrice (ou plutôt une des rédactrices) . j’attends la suite….

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  3. Peut-être qu’un jour nous pourrons faire un annuaire des enseignants « différents ». Ils sont peut-être plus nombreux que l’on ne pense. A commencer par ceux qui lisent ce blog.

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