Comprendre l’équilibre du cheval

Nagano au trot.
Nagano au trot.

Tout d’abord, il faut bien comprendre qu’il n’y a pas qu’un équilibre. Un cheval peut être dans un équilibre sur les épaules, sur les hanches, horizontal… cependant il n’y a qu’un équilibre qui permettra aux chevaux de bien porter leur familier et d’être totalement disponibles sous la selle, c’est ce qu’on appelle le rassembler classique (équitation classique).

Tout objet mis en équilibre est facile à mouvoir. Ludwig Hünersdorf

Qu’est-ce le rassembler ?
Pour parvenir à un bon rassembler classique il me faut rappeler quels sont les points clés d’un bon rassembler :

  • articulation lombo-sacrée ployée,
  • articulations des postérieurs (grasset, jarrets, boulets) qui se plient et se déplient verticalement dans la souplesse et la lenteur (cadence),
  • épaules libres et décontractées,
  • impulsion importante, énergie, vibrant autant verticale qu’horizontale,
  • dos soutenu et gainé,
  • abdominaux gainés,
  • nuque plus haute que le garrot,
  • chanfrein légèrement en avant de la verticale,
  • encolure étendue harmonieusement (pas de cassure 3ème cervicale),
  • posés des antérieurs verticaux,
  • cheval qui mâche son mord (obligation : ne pas avoir une muserolle serrée),
  • rênes fluides,
  • muserolle lâche, voire pas de muserolle.

Voici une définition assez claire du rassembler :
Rassembler : état de parfait équilibre résultant d’une flexion très prononcée des hanches, qui entraîne allègement et relèvement de l’avant-main. Le cheval, rond, articulations fléchies, peut entamer n’importe quel mouvement, à tout instant, en toute direction.
J’y ajoute ces deux citations du général l’Hotte :

C’est dans la légèreté que repose l’équitation savante.
La véritable légèreté, c’est d’avoir le cheval léger aux jambes autant qu’à la main.

Suite aux nombreux stages effectués ces derniers mois les nouveaux élèves m’ont fait constater que souvent les cavaliers ont une notion très floue de la qualité de l’équilibre de leurs chevaux ainsi que de l’activité et l’emplacement des postérieurs.
C’est ce qui me pousse aujourd’hui à écrire ce petit article.
Je vais essayer d’éclaircir les choses afin de bien identifier l’équilibre horizontal (avant/arrière) et l’équilibre latéral. Imaginez dans les deux cas une balance ancienne : en fonction du poids placé sur les plateaux l’équilibre sera modifié.
Ces deux équilibres sont étroitement liés l’un servant l’autre et vice versa, ce qui fera le lien entre les deux c’est la souplesse et la force que le cavalier aura pris soin de développer chez son cheval.

L’équilibre horizontal
Le plus facilement identifiable, c’est l’équilibre qui se déplace des épaules aux hanches. Au fil de la progression du cheval, si le travail est bien mené, le cheval conservera de plus en plus son équilibre sur ses hanches.

Comment savoir si mon cheval est sur les épaules ?

  • as-tu l’impression que ton cheval à une bouche dure ?
  • comment se passe tes transitions descendantes, ton cheval tire sur ses rênes, se crispe ?
  • ton cheval ne veut pas reculer, ou il le fait mais nuque plus basse que le garrot en se crispant sur son mors ?
  • ton cheval charge les obstacles et tu n’arrives pas à le ralentir ?
  • ton cheval accélère dans ses allures, précipite et toi tu n’arrives pas à rester assis ?
  • ton cheval ne mâche pas son mors, tu penses devoir serrer la muserolle pour le contrôler ou lui mettre un mors plus sévère ou des enrênements.

Cette liste est non exhaustive.

Nagano au doux passage.
Nagano au doux passage.

Quel type d’exercice convient-il de lui proposer ?
Il est important de rappeler qu’un cheval au naturel (sans cavalier) place volontiers son poids sur ses épaules car c’est une attitude qui nécessite une consommation d’énergie faible. Seulement si l’on place un cavalier sur son dos et que celui si a des exigences sportives alors il sera souhaitable pour des raisons de santé et de disponibilité de gymnastiquer le cheval afin de lui donner la capacité de modifier son équilibre. Il faut que son métier de cheval de selle soit positif pour lui, que le cavalier travail à potentialiser sa nature et non une simple exploitation de ses qualités premières qui seront usées et donc dépréciées au fil des années.

  • Tous types de transitions descendantes, montantes le plus rapprochées possibles
  • Reculer (à faite seul ou associé aux transitions)

Ce sont les exercices les plus accessibles pour commencer, cela parait surement trop simple écrit comme cela et pourtant c’est la perfection de cette simplicité qui est la plus importante, le principal est de construire des bases solides !

L’art équestre commence par la perfection des choses simples. Nuno Oliveira

Il faut considérer dans l’exécution des ces différents exercices que le cheval ne doit pas tirer, résister, peser. Il doit à la moindre tension des rênes (je parle en gramme) donner immédiatement la bonne réponse. Quand il ne la donne pas c’est souvent soit qu’il n’a pas compris, soit que le cavalier tire au lieu de résister, soit que son état physique ne lui permet pas, ou tout en même temps.

Le talent de l’écuyer consiste à faire prendre au cheval des positions se rapprochant de celles qu’il prend spontanément quant il est indépendant, puis à paraître s’effacer lui-même, lui le maître. L’animal se croyant libre, s’échauffe au contact imperceptible des aides du cavalier et l’ardeur qu’il déploie dans le sens vers lequel il est guidé comme à son insu, donne aux mouvements toute leur splendeur. Etienne Beudant

Pour toutes ces raisons il faut être patient car le physique ne peut pas changer en une séance il faut des heures de travail patient et généreux dans l’écoute du corps et de l’état d’esprit de son cheval.

Anja Beran travaille au galop. On constate un cheval qui galope avec énergie, équilibre et amplitude, preuve de son maintien postural.
Anja Beran travaille au galop. On constate un cheval qui galope avec énergie, équilibre et amplitude, preuve de son maintien postural.

Quelle réponse attend t-on du cheval ?
C’est simple, le cheval doit ployer ses hanches et monter le garrot au simple contact de la main sans perte d’impulsion et d’énergie. Il doit se grandir au dessus de la barrière de la main et ainsi rompre cette brève et légère tension tout en conservant l’équilibre acquis. La légèreté vient de la qualité de cette réponse.

L’équilibre latéral
Qu’est ce que l’équilibre latéral, c’est l’équilibre entre le coté droit et le coté gauche de votre cheval. Il est toujours altéré par l’asymétrie qui appartient à chaque cheval.

Comment reconnaître l’asymétrie de mon cheval ?
Rien de plus simple vous allez essayer de déterminer de quel coté votre cheval plie le plus facilement son encolure. A partir de la, la majorité des cas fonctionnent ainsi :

  • si l’encolure se plie facilement vers la droite, mon cheval met donc naturellement son poids sur l’épaule gauche, rentre ses hanches à droite désengageant le postérieur droit ;
  • si l’encolure se plie facilement vers la gauche, mon cheval met donc naturellement son poids sur l’épaule droite, rentre ses hanches à gauche désengageant le postérieur gauche.

Il est très important de savoir quelle est l’asymétrie de votre cheval, ça ne change en rien les exercices mais ça change l’exigence que vous aurez entre la droite et la gauche (surtout dans les premiers apprentissages). Et surtout vous aurez les mêmes objectifs mais pas toujours exactement les mêmes gestes techniques (surtout au début, au plus fort de l’asymétrie). Il faut attendre que le travail ait assoupli le cheval.

Comment identifier l’asymétrie de mon cheval ?

  • quand je recule il met toujours ses hanches plus d’un coté
  • il ne veut pas ployer l’encolure d’un coté
  • c’est toujours le même postérieur qu’il n’arrive pas à engager
  • quand je veux suivre un tracé, une trajectoire il dévie toujours du même coté
  • il détend systématiquement la même rêne
  • il est plus inconfortable au galop à une main
  • quand je veux faire une épaule en dedans il y a une main ou il m’emmène toujours vers le milieu du manège
Tous les exercices sont réalisables à pied.
Tous les exercices sont réalisables à pied.

Quels types d’exercices pour cela
1ère étape (pour les jeunes chevaux ou les chevaux non éduqués) :

  • contre épaule en dedans,
  • épaule en dedans,
  • déplacement latéral sur la diagonale,
  • cercle, droit ou associé aux travaux de deux pistes ci-dessus,
  • huit de chiffre, droit ou associé aux travaux de deux pistes ci-dessus.

2ème étape (chevaux ayant passé la première étape) :

  • renvers et travers (tête et croupe au mur),
  • appuyer,
  • cercle, droit ou associé aux travaux de deux pistes ci dessus,
  • huit de chiffre, droit ou associé aux travaux de deux pistes ci-dessus,
  • reculer avec le pli du coté ou le postérieur s’échappe,
  • carré de La Guérinière.

Voila l’exercice le plus difficile : marcher droit ! Nuno Oliveira

C’est justement pour cette raison qu’il faut faire tous les exercices énoncés ci-dessus !

Conclusion
Je vous invite à suivre avec attention la compréhension qu’à votre cheval des différents exercices, car rien ne pourra ce faire correctement sans avoir obtenu son adhésion. Tous ces exercices se font en premier lieu dans l’esprit « demander peu et récompenser beaucoup ». Dans la phase d’apprentissage, quand le cheval vous donne quelques foulées justes, cessez l’exercice et faites une pause de quelques seconder avant de lui redemander la même chose ou un autre exercice.

Une fois cette étape passée, que votre cheval a bien assimilé les exercices, alors ils pourront être exécutés sur de plus long moment. Mais ne perdez pas de vue une progression logique, régulière et raisonnable. Quel que soit le cheval n oubliez pas les pauses profitables à la fois pour le cerveau et le corps.

Comprenez bien, qu’au fil du travail le cheval va s’assouplir grâce aux exercices de deux pistes qui amélioreront l’équilibre latéral permettant ainsi au cheval de mieux s’équilibrer horizontalement. Votre cheval à force de gymnastique va s’assouplir, il sera alors plus aisé de répondre aux demandes de son cavalier dans le respect d’une biomécanique qui fonctionne justement, sans crispation et en souplesse.
C’est l’unique chemin pour faire durer la carrière sportive de votre cheval quel qu’il soit !

L’équitation classique développe à la fois force et souplesse.
J’ai envie de conclure avec cette citation de Nuno Oliveira :

On a tendance, de nos jours, à oublier que l’équitation est un art. Or, l’art n’existe pas sans amour. Mais celui qui n’a pas la discipline nécessaire et qui ne possède pas la technique ne peut prétendre à l’art. L’art, c’est la sublimation de la technique par l’amour. L’amour, afin qu’après la mort du cheval, vous ayez gardé en votre cœur le souvenir de cette entente, de ces sensations qui ont quand même élevé votre esprit au-dessus des misères d’une vie humaine.

On associe souvent le rassembler à un cheval un peu ratatiné ou un cheval aux allures raccourcies, mais un bon rassembler permet de prendre de l'amplitude tout en conservant un cheval tonique et équilibré dans des allures plus amples.
On associe souvent le rassembler à un cheval un peu ratatiné ou un cheval aux allures raccourcies, mais un bon rassembler permet de prendre de l’amplitude tout en conservant un cheval tonique et équilibré dans des allures plus amples.

Le site d’Isa Danne : isadanne.com

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