Équilibre ou appui, il faut choisir !

Si on schématise, nous reconnaissons l’existence de deux principales équitations pour l’éducation du cheval de sport : une équitation qui pour fonctionner, autorise (recherche) l’appui : c’est l’équilibre porté, une autre, qui donne les moyens au cheval de se tenir seul sans appui constant (pourrions-nous parler d’équilibre autonome ?).

Qu’obtient-on de l’une et l’autre ?
J’aimerais poser un constat simple et neutre sur ce que nous voyons de l’une et l’autre équitation.

Equitation de l’appui ou « équilibre porté » :

  1. technique équestre : le cavalier soutient son cheval avec ses mains (bras) et ses jambes (mollets, talons), c’est son principal levier d’action,
  2. aides : il ne se soucie pas particulièrement de la discrétion de ses aides,
  3. objectif : le cavalier travaille de sorte à ce que son cheval soit « opérationnel » assez rapidement afin qu’il puisse transitionner, s’arrêter, tourner, reculer, sauter et être maniable aux deux mains quelque soit son équilibre,
  4. équilibre : dans ce travail, les meilleurs chevaux sont au mieux, amenés dans un équilibre horizontal (poids équitablement répartit entre l’avant et l’arrière-main),
  5. compétences : en CSO et en dressage, les chevaux arrivent à haut niveau malgré tout, mais avec souvent des ennuis de santé et a grand renfort d’infiltration, entre autres. Pour le dressage c’est encore plus visible, car les athlètes de haut niveau présentent des reprises où l’altération des allures et la mauvaise exécution des airs de haute école prouvent que les cavaliers sont en échec malgré les médailles,
  6. matériel : on voit de nombreuses muserolles (parfois extrêmement serrées), éperons, cravache, enrênements…,
  7. santé : recours à des techniques préjudiciables à la santé physique et mentale du cheval (chevaux fermés, LDR, rollkür, muserolle, enrênements, barrage, guêtres cloutées, crème hypersensibilisante, etc.),
  8. retraite : les chevaux sportifs sont mis à la retraite vers 17/18 ans (du moins avant la vingtaine). Tous les chevaux n’ont pas la garantie de vieillir harmonieusement, et pour certains les soins vétérinaires finissent par devenir assez conséquents.

Equitation Classique (équilibre autonome) :

  1. technique équestre : le cavalier entraîne le cheval dans une gymnastique précise (deux pistes, transitions et reculer) afin de l’amener progressivement dans un équilibre de rassembler,
  2. aides : les aides se veulent discrètes et très légères, pré-requis indispensable au rassembler,
  3. objectif : corriger l’asymétrie du cheval est le principal objectif de travail (symétrie ou rectitude),
  4. équilibre : recherche du rassembler,
  5. compétences : dans cet équilibre, les chevaux dressés sont aussi bien capables de piaffer en arrière que de sauter,
  6. matériel : les chevaux sont entraînés en filet et/ou en bride, éperons (utilisation très discrète, pas de grattouilles des flancs ou de coups avec) et un stick,
  7. santé : la gymnastique classique s’est avérée efficace dans la rééducation de chevaux accidentés au diagnostic vétérinaire défavorable,
  8. retraite : on voit régulièrement ces chevaux travailler au-delà de 20 ans comme on peut le voir dans la vidéo ci-dessous enregistrée lors d’une conférence présentée par Anja Beran.

Observations en CSO
L’équilibre porté est souvent considéré comme étant moins préjudiciable en CSO, voyons ça de plus près. Dans cette matière, Marcus Ehning se démarque, déjà parce que c’est un cavalier mondialement reconnu, mais aussi parce que le cavalier présente des chevaux à la musculature harmonieuse, mais surtout au saut symétrique. Il arbore également une très bonne position et techniquement, c’est un cavalier qui prend toujours le soin de bien dessiner ses tracés. En termes de résultats, tout ceci n’est pas si mal, mais il serait aussi intéressant de regarder ce qui est exigé des chevaux et dans quelles conditions.

On voit ici que le saut présente une belle symétrie des antérieurs et postérieurs.
On voit ici que le saut présente une belle symétrie des antérieurs et postérieurs.
Malgré un bon équilibre sur les sauts, on note que le reste du temps les chevaux présentent un équilibre assez plongeant.
Malgré un bon équilibre sur les sauts, on note que le reste du temps les chevaux présentent un équilibre assez plongeant.

L'action des mains et des jambes dans la reprise d'équilibre est forte.
L’action des mains et des jambes dans la reprise d’équilibre est forte.
Le cavalier a souvent l'habitude de monter ses mains pour ralentir et remettre en ordre ses chevaux avant un saut comme on le voit sur cette photo. On observe que le cheval porte haut et droit son encolure et qu'il y a un fort soutien des mains, dans cette attitude, le garrot est affaissé et les abdominaux se relâchés.
Le cavalier a souvent l’habitude de monter ses mains pour ralentir et remettre en ordre ses chevaux avant un saut comme on le voit sur cette photo. On observe que le cheval porte haut et droit son encolure et qu’il y a un fort soutien des mains, dans cette attitude, le garrot est affaissé et les abdominaux sont relâchés.

Remarque : il est curieux que l’on travaille les chevaux enfermés bas et rond alors que définitivement le besoin réel est une encolure plus haute et l’angle tête-encolure ouvert ? Les cavaliers d’obstacles ressentent ce besoin devant les barres, car autrement ils savent qu’ils risquent de faire chuter les barres, mais alors pourquoi ? L’équilibre qui est demandé aux chevaux devant l’obstacle est en réalité le bon, seulement comme les chevaux ne sont pas travaillés ainsi le reste du temps, ils n’apprennent pas à le faire, à le donner dans de bonnes conditions et au lieu de s’asseoir en montant le garrot ils s’assoient en l’effondrant… dommage !

La propulsion et la force déployées par le cheval ne sont pas mauvaises, mais l'action des mains est encore une fois, très forte.
La propulsion et la force déployées par le cheval ne sont pas mauvaises, mais l’action des mains est encore une fois, très forte.

Sur le plan du matériel, les chevaux sont montés avec des éperons, des muserolles serrées (car sans muserolle les chevaux auraient la bouche grande ouverte à cause de la pression du mors qui est vraiment très forte), et en martingale.

Intéressons nous aussi à sa technique d’échauffement. Dans cette vidéo, on voit plusieurs choses :

  • le cheval est maintenu au petit galop (rares transitions),
  • le cavalier ferme l’angle tête-encolure (plutôt bas et rond), effectue des flexions sur nuque fermée, des changements de pieds et trace de petits cercles,
  • il y a une action constante des mains et des jambes (mollets en contact permanent),
  • après 9/10 minutes de galop, le cavalier réalise un déplacement latéral avec beaucoup de pli sur une nuque fermée,
  • on voit aussi que lorsque le cavalier détend ses rênes, le cheval plonge en avant.

Globalement, on constate que dans la majorité du temps, le cheval est travaillé dans une attitude fermée, nuque souvent plus basse que le garrot, que le rein est maintenu ouvert, et que le cheval est orienté sur ses épaules.

Points de comparaison
L’objectif des deux équitations est commun : avoir des chevaux réactifs, souples, forts et performants. Il y a cependant une différence majeure dans ces deux équitations. Dans une équitation portée, le travail se concentre sur la rapidité et la puissance des chevaux et non la maniabilité, la souplesse, l’équilibre… la symétrie (rectitude) de l’Équitation Classique. Suivant l’objectif choisi, les résultats sont très différents puisqu’un cheval rapide et puissant ne fonctionne pas nécessairement de manière symétrique et équilibré. D’un point de vue scientifique et vétérinaire, cela soulève d’autres questions, notamment à l’égard des connaissances biomécaniques et des recherches récentes parce que l’asymétrie non résolue et donc entretenue régulièrement par le cavalier est une porte ouverte aux problèmes de santé (tendinite, boiterie, arthrose, etc.). D’un point de vue sportif se posent également des questions d’éthique et de viabilité de la méthode : pourquoi certains cavaliers choisissent-ils des techniques et des outils contraignants autant pour le corps que le mental du cheval ?
Au final, le principal point de divergence se situe dans le rôle que s’accorde le cavalier, c’est-à-dire s’il décide d’agir pour porter son cheval ou s’il décide de l’amener à se porter de lui-même. Cette différence est vraiment importante, car elle soulève une question cruciale : quels rapports souhaitons-nous entretenir avec nos chevaux ? Quel technicien, éducateur, artiste voulons-nous être ? Et que souhaitons-nous leur offrir ?

Remarque
Le but premier de l’article n’est pas de casser du sucre sur le dos des cavaliers, mon message se veut plus large et donc surtout pas nominatif, j’aurais pu choisir tant d’autres cavaliers dans diverses disciplines. Ce que j’aimerais mettre en lumière, c’est surtout un constat que je trouve bien triste et inquiétant, aujourd’hui le plus grand nombre des cavaliers a été éduqué dans cette idée que le cheval doit prendre un appui, notamment à cause de la croyance répandue, qu’ainsi le dos peut se soutenir, fonctionner. Évidemment cette croyance n’est pas l’apanage des gens du concours, elle touche tous les milieux : professionnel ou amateur, compétition ou loisir.
Le véritable souci c’est que cette fameuse belle équitation classique est très peu répandue, même chez ceux qui s’en réclament il y a encore à redire… Il y a très peu de professionnels qui savent faire, qui peuvent la montrer et l’enseigner. La plus grande difficulté est de faire comprendre dans nos articles des notions, des concepts qui prennent tout leur sens dans la pratique, dans le réel, dans le ressenti. Le mot Art associé à l’équitation classique n’est pas un leurre, c’est sûrement pour cette raison qu’on la voit peu. Hélas bien peu de cavaliers ont cette dimension artistique (entendons bien, je ne parle pas de spectacles équestres divers). Il est possible d’accéder comme un artisan à ce savoir-faire, de faire évoluer son ressenti, sa finesse, son tact… Mais il faut se donner du mal pour cela, et à notre époque où tout doit être consommable rapidement, peu de cavaliers sont prêts à marcher sur ce chemin, prêts à s’investir corps et âme.

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