Entre Histoire et mythologies, l’univers envoûtant de Foxa

 Lusitanien" Grès noir chamotté. Cuisson à 960°. 2014
Lusitanien » Grès noir chamotté. Cuisson à 960°. 2014

The Art Of Foxa

Artiste plasticienne française, ses œuvres sont à couper le souffle, emplies de majesté et de poésie, elles semblent nous attirer vers d’autres lieux. Entretien avec l’artiste.

Demivolteface : Bonjour Foxa, vous êtes cavalière et artiste multi-technicienne, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre parcours ?

Sara Viguié « FOXA » : Je suis née à Paris mais j’ai passé beaucoup de temps avec ma famille dans le Tarn, au Maroc et en Normandie. Paris, c’était pour la scolarité et les études.

Plusieurs membres de ma famille ont travaillé avec des chevaux, que ce soit en maréchalerie, à la Garde Républicaine ou plus exotique, auprès des chevaux de Fantasia au Maroc. J’étais sur mon premier poney à cinq ans.

En art, on pourrait dire que je suis autodidacte mais j’ai aussi su puiser la technique auprès de maîtres lorsque j’en ai ressenti le besoin. Je n’ai pas arrêté de dessiner, de créer à l’âge où j’imagine que certains enfants abandonnent les crayons. Je ne suis pas persuadée qu’il existe un talent mais qu’il s’agirait plutôt d’un désir de création accompagné de travail.
La seule formation artistique sérieuse que j’ai reçue sont les cours de « Techniques artistiques » obligatoires durant mon cursus en conservation-restauration du Patrimoine à Paris. Durant mes cinq années d’études, il y a eu trois ans de modelage et de dessin technique qui m’ont permis d’affiner ce qui était déjà présent. La conservation-restauration appliquée en archéologie, qui est mon métier de base m’apporte beaucoup en termes de connaissance des matériaux et de leurs usages que je me fais une joie de détourner à des fins artistiques lorsque j’achève ma journée de restauration ou que je rentre d’un chantier archéologique.

Ainsi, j’ai toujours « exercé » les arts plastiques, mais de manière très privée. C’est au contact d’un groupe d’amies artistes que le désir de s’atteler plus professionnellement à la tâche est né, sous l’impulsion et l’émulation de notre groupe ArtCavalo, vers 2007. Premières expositions, premières mises en contact avec du public, premières ventes. C’est vraiment quelque chose de confronter sa production au regard extérieur, de savoir juger le prix de son travail, d’accepter la critique pour enrichir, continuer et stimuler la créativité.

Mes œuvres ont été exposées plusieurs fois en région parisienne, notamment à Bagatelle au Polo de Paris lors d’une très belle exposition « Évasions équestres », mais aussi à Deauville à la Galerie Tarquinia, à Clermont-Ferrand et à la galerie Rive Mauve à Meung-sur-Loire, galerie spécialisée dans l’art équestre. J’ai vécu une belle expérience d’art au Théâtre du Cheval Bavard où je saisissais sur le vif les chevaux à l’aquarelle, installée dans une alcôve de la scène pendant les spectacles de la saison 2014. J’ai également exposé plusieurs années auprès de l’association ArAnima dès sa création dans de très belles galeries : la galerie Hip dans le 1er à Paris et la galerie Beauregard dans le 10ème. Cette année j’ai exposé au Haras national de Saint-Lô pendant six mois avec l’Écurie des Arts.

Vos œuvres sont remarquables par leur style particulier des proportions qui semblent mêler d’amour finesse et rondeur. D’où viennent vos sources d’inspiration ?

Je n’ai pas « un style » arrêté car mes œuvres évoluent au fil du temps, de ma vie, de mes découvertes personnelles, des matériaux qui me tombent sous la main, des émotions que j’ai ressenties après telle ou telle expérience de vie. Par contre je peux définir les choses qui m’inspirent et qui me donnent envie d’avancer et de créer. Il y a d’abord Théodore Géricault, peintre après duquel j’ai beaucoup travaillé durant mon enfance et dont la force romantique m’a toujours touchée, fascinée. Chez lui aussi, les chevaux sont un moyen d’expression des tourments de l’âme.
Ensuite, je suis particulièrement sensible aux courants d’arts asiatiques, au dépouillement et à l’épuration des lignes. J’aime regarder toutes les formes qu’a pu revêtir le cheval depuis l’aube de l’humanité pour m’en inspirer comme pour cette sculpture nommée « Bucéphale » inspirée de l’iconographie grecque et étrusque et photographiée par Raphaëlle Wavrant au Polo de Paris.

Bucéphale - Sculpture en plâtre synthétique et fil de fer, patine et or micasé. 2007. (Indisponible)
Bucéphale – Sculpture en plâtre synthétique et fil de fer, patine et or micasé. 2007. (Indisponible)

Le Cheval est l’élément principal de ma recherche artistique. Il est catalyseur d’émotion quel que soit le médium utilisé : la terre, le métal, le papier, l’encre et la peinture. La spontanéité du geste est le fil conducteur du trait figurant l’animal. C’est pour cela que j’ai développé une technique personnelle empruntée aux maîtres de la calligraphie asiatique : l’art du Sumi-e.

Shan - Encre de chine. Format A3. 2008. (Indisponible)
Shan – Encre de chine. Format A3. 2008. (Indisponible)

Il s’agit d’un travail sur le trait juste, immédiat, sans dessin préparatoire ni modèle, où l’on s’appuie sur une connaissance quasiment intuitive de la forme équine et sur la relaxation et la respiration. C’est cette technique que j’ai utilisé pour « Shan » qui date de 2007 et c’est cette spontanéité que j’ai utilisé pour les lignes de « Synesthesis » avant de l’habiller d’aquarelle et d’or.

Synesthesis - Encre de chine, aquarelle et dorure micasée. Format raisin. 2015. (Disponible)
Synesthesis – Encre de chine, aquarelle et dorure micasée. Format raisin. 2015. (Disponible)

Avec mes chevaux d’encre et de papier, de fer ou de terre, j’aime voyager à travers différentes thématiques chères à mon cœur : la genèse du monde, la nature, les différentes mythologies et enfin les différentes cultures équestres, avec un intérêt particulier pour les chevaux asiatiques des dynasties Wei et Tang et pour les chevaux baroques, lusitaniens et andalous.

Etude de tête lusitanienne n°1 - Encre de chine et stylo technique. Format A4. 2015. (Indisponible)
Etude de tête lusitanienne n°1 – Encre de chine et stylo technique. Format A4. 2015. (Indisponible)

Finesse et rondeur, c’est ce que j’apprécie de trouver lorsque je regarde un cheval se mouvoir, lorsque je regarde un danseur ou une danseuse sur scène. Je me nourris de ces observations pour ensuite tenter de les restituer sur le papier ou en volume. J’aime parfois travailler dans l’extrême détail, à la manière des miniaturistes persans comme pour « Sélénée et Hélios ». Et parfois, je travaille la brusquerie, un pinceau sombre, une brosse, des aplats de couleurs brutes, un format de toile beaucoup plus large, des angles et des contrastes plus francs, comme sur la toile nommée « l’Enlèvement de Clia ou la séduction de Zeus » où l’accent est mis sur l’expressionnisme du corps qu’il soit humain ou équin .

Selenée et Helios - Stylo technique, dorure liquide Sennelier, crayons Polychromos Faber Castel sur papier aquarelle. Format A3. 2015. (Disponible)
Selenée et Helios – Stylo technique, dorure liquide Sennelier, crayons Polychromos Faber Castel sur papier aquarelle. Format A3. 2015. (Disponible)
L’enlèvement de Clia ou la séduction de Zeus - Acrylique sur toile. Format (116 x 90). 2015. (Indisponible)
L’enlèvement de Clia ou la séduction de Zeus – Acrylique sur toile. Format (116 x 90). 2015. (Indisponible)

Je n’ai jamais su vivre sans créer. C’est sûrement l’amour de la vie que j’exprime, celui des forces de la nature dont le cheval fait éminemment partie.

C’est un désir, un besoin de sublimation de cet animal qui me pousse à créer autour et sur lui. En réalité, je me fais énormément plaisir en créant, ce n’est jamais une souffrance. C’est toujours une naissance agréable que celle d’une œuvre, jamais une contrainte. Je travaille dans la légèreté même si je suis très sérieuse et soucieuse du détail et des finitions !
Je pense sincèrement que la très belle phrase du Maître Nuno Oliveira concernant l’équitation à savoir : « Il y a deux choses en équitation : la technique et l’âme » s’applique parfaitement à la création artistique. La technique pure est belle mais sans cœur, sans âme elle n’est qu’une coquille vide.

Finalement mélanger l’art et le cheval, c’est une évidence ? Comment cela se ressent-il dans la relation avec votre cheval, et dans votre travail avec lui, que cherchez-vous ? A ce propos, pourquoi un lusitanien ?

La création artistique et le cheval sont deux versants d’une quête qui peuvent sembler distincts mais qui s’entremêlent. C’est en effet une évidence car j’y puise énormément d’inspiration et cela a toujours été le cas aussi loin que je m’en souvienne. Le sentiment artistique était déjà présent dans ma façon de vivre ma relation aux chevaux, dans ma manière de les regarder. Comme la plupart des jeunes cavaliers, j’ai commencé en club, j’ai beaucoup rêvé et fantasmé une relation entière et symbiotique. Et cela me manquait cruellement. J’avais la sensation que les chevaux de mon club étaient comme anesthésiés. Et j’ai vu ceux en qui j’avais trouvé une flamme, les jeunes souvent, s’éteindre peu à peu. Je suis consciente que ce n’est pas le cas de tous les centres équestres. Mais à une certaine échelle, j’ai vu le profit prendre le pas sur le bien-être. Je me suis détournée de ce monde car je ne m’y sentait pas à ma place et ce n’était pas ce que je cherchais. Je ne voulais pas faire « du » cheval ni être une passagère clandestine le temps d’une reprise. Je ne voulais pas gagner des flots ou des coupes en étant « loin » de mon cheval. Je me suis tournée vers ce que me faisait sentir plus proche de mes aspirations équestres ; les équitations traditionnelles, le cinéma, le spectacle équestre, l’équitation d’inspiration médiévale, la randonnée et les lectures portant sur la chose équestre tant d’un point de vue historique que technique et d’horizon variés. C’est ainsi que j’ai rencontré le cheval baroque, et ça a été un coup de foudre ! Je me suis rendue compte que c’était leurs formes, leurs ports altier, leur force mêlée à une extrême finesse que je tentais de rendre inlassablement sur mes feuilles. Leurs lignes étaient celles que je recherchais. Et c’est aussi ainsi que j’ai choisi Martel. Quand je l’ai vu, même de loin, bouger dans son écrin forestier du Périgord noir, j’ai su immédiatement que ce poulain de 8 mois était celui qui allait être mon premier cheval.

Martel Bolivar de Merlande, 8 mois, et Sara, le jour de la rencontre à l’élevage. 2011. Photographie Eymeric Viguié.
Martel Bolivar de Merlande, 8 mois, et Sara, le jour de la rencontre à l’élevage. 2011. Photographie Eymeric Viguié.

Il incarne ce rêve de communion mais également un retour à la réalité tangible de la relation : les moments de doute, les craintes, les peurs à dépasser et les combats à mener pour ce que l’on pense être juste. C’est également un travail très poussé que j’engage avec lui sur la problématique de la gestion émotionnelle et physique du corps. Enfin, c’est aussi apprendre à accepter et assumer de se tromper, avec le cheval comme avec les humains. Avec mon cheval, je suis, comme en art, autodidacte, je puise dans ce qui me semble bon, j’emprunte à toutes les écoles mais j’essaye de ne jamais tomber dans le radicalisme de telle ou telle technique. Je suis pour la liberté, autant à cheval qu’en art ou dans la vie et l’on trouve dans le monde équestre, comme partout d’ailleurs, beaucoup de tentatives de prises de contrôle abusives, que ce soit des chevaux ou des humains. Alors, même si je refuse toute doctrine appliquée sans en comprendre les fondements, je suis toujours à l’écoute de ceux qui sont maîtres dans leur art et toujours prête à puiser dans leur savoir si cela me semble adapté, à mon cheval et à notre couple. C’est comme en dessin ou en peinture, la spontanéité et l’émotion c’est bien, mais sans un minimum de technique, c’est de la poudre aux yeux et on peut également en faire souffrir sa monture. Et vice versa, la technique seule sans sentiment, sans relation et sans amour est d’une tristesse sans nom. Pour l’instant, Martel grandit, nous avons beaucoup travaillé à pied, en liberté et je commence petit à petit à le monter mais je ne fais pour l’instant que de l’extérieur avec parcimonie et en accord avec sa croissance. La confiance qu’il me donne, l’acceptation d’être monté dans le calme mais sans perdre sa gaité sont pour moi autant de réussites qui valent toutes les médailles du monde, sauf que je gagne un cheval heureux, qui vient à ma rencontre, je gagne de la confiance, la sienne et la mienne ! J’ai remarqué une constante entre nous deux : parfois, s’il est inquiet de quelque chose, il sait que je suis là, que je gère, que je le protège et qu’il peux me faire confiance (flaques d’eau, tracteurs, sacs volants et autre monstres pour chevaux). D’autres fois, c’est moi qui suis en perte de confiance, peur de ne pas y arriver, que « ça » se passe mal (premières fois dessus, premières sorties). Et là, c’est lui qui me rattrape, qui me montre qu’il est confiant et de ce fait, il me renvoie la confiance que j’avais perdue. Je ne mens jamais avec lui. Quand je sais que tout va bien, je lui montre, quand j’ai peur, je ne le cache pas, sans pour autant devenir hystérique. J’apprends à maîtriser mais sans cacher. Je crois que le cheval à surtout besoin de congruence et que son humain soit en accord entre ses gestes et ses émotions profondes. Je ne considérais pas ma vie équestre sans cette expérience de « faire » son cheval du poulain au cheval adulte. Pour moi la compétition dans quelque discipline que ce soit n’aura de sens que dans la relation avec mon cheval.

Martel Bolivar de Merlande, 4 ans et Sara. Le travail en liberté. Photographie Yolaine Voltz.
Martel Bolivar de Merlande, 4 ans et Sara. Le travail en liberté. Photographie Yolaine Voltz.

De prochains projets ?

Oui ! Créer mon site internet, continuer à avancer, à travailler diverses techniques, à explorer diverses thématiques.
Je compte également continuer l’initiation que j’ai commencée dans le travail du cuir et de la briderie car si j’ai déjà dessiné des modèles de brides, je suis frustrée de ne pas pouvoir les réaliser moi-même.

- Bride " Caoimhín "- Dessinée par Sara Viguié FOXA, réalisée par Alice Loiget . Une bride unique, entre tradition ibérique, hussarde, médiévale et celtique, à l'emblème Triskel de son propriétaire et faite sur mesures. Modèle protégé. 2015.
– Bride  » Caoimhín « – Dessinée par Sara Viguié FOXA, réalisée par Alice Loiget . Une bride unique, entre tradition ibérique, hussarde, médiévale et celtique, à l’emblème Triskel de son propriétaire et faite sur mesures. Modèle protégé. 2015.

J’ai des illustrations d’ouvrages en cours et je viens de finir des planches anatomiques pour l’illustration du standard de la race du Staffordshire Bull Terrier commandées par le Club de race. J’aime me diversifier ! Je pense également faire plus d’expositions et me confronter un peu plus au public en chair et en os.
J’explore également le monde de l’imaginaire et du fantastique par le biais d’illustrations de légendes, de contes folkloriques et des diverses mythologies.
Pour ma part, le fait de produire un travail qui plaît à quelques personnes est déjà une fierté et je suis heureuse d’être toujours en recherche et de proposer un art en constante évolution. J’aime mettre à la disposition des gens qui comme moi, sont irrésistiblement attirés par la plastique du cheval, des œuvres s’inspirant de cette magnifique mécanique organique équine. J’essaye de capter le plaisir esthétique ressenti lorsque l’on regarde un beau cheval afin de le transposer sur une toile ou en volume et de lui donner ainsi un petit moment d’éternité.

Merci Sara pour ce superbe échange !

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