L’abandon, l’abattoir et l’overbreeding

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Depuis la crise de 2007, le nombre de naissance d’équidés est en baisse, et pourtant le nombre de négligences et d’abandons est en hausse. Ces équidés que personne ne veut, portent le nom cruel de « non-désirés » (unwanted horses en anglais). On ne trouve pas seulement des cas de maltraitances et d’abondons auprès des particuliers, le nombre de saisies a aussi augmenté du côté des professionnels. La crise n’est pas l’unique coupable, le cheval est lui-même victime de son succès.

Les équidés en France
Avant de s’intéresser aux sujets autour de l’abandon et de l’abattage, intéressons nous à celui du cheptel français. Afin de comprendre ces chiffres, voici deux définitions importantes tirées de l’IFCE :

  • éleveur : est considéré comme éleveur tout propriétaire d’au moins une jument ayant été conduite à la saillie au cours de l’année. Les élevages sont présentés selon leur taille en nombre de juments saillies et la destination raciale des saillies des poulinières (race produit à naître),
  • poulinière : jument saillie une année donnée.

Chiffres IFCE 2014/2015 :

  • 1 100 000 équidés,
  • 80% des élevages ont une ou deux juments,
  • 44 152 naissances en 2015 (équidés immatriculés), en baisse : -33% entre 2010 et 2015,
  • âge du cheptel : 22% de 0 à 3 ans, 16% de 4 à 6 ans, 19% de 7 à 10 ans, 20% de 11 à 15 ans, 13% de 16 à 20 ans, 10% de 20 ans et plus,
  • répartition des races : 45% de chevaux de selle, 23% de poneys, 18% de chevaux de courses, 8% ânes, 6% traits,
  • 41% des équidés sont hors races (ONC et OC),
  • 91 649 transactions (entre 90 000 et 100 000 par an) : 27% pour des chevaux entre 0 à 3 ans, 26% entre 4 et 6 ans, 23% entre 7 et 10 ans, 15% entre 11 et 15 ans et 10% pour les plus de 16 ans.
  • 17 072 équidés abattus en 2014,
  • 50 000 chevaux de courses reconvertis.

Interprétation :
Plus de 8500 saillies n’ont pas été déclarées, ce chiffre comprend les saillies accidentelles, mais il montre qu’un nombre importances de naissances restent encore hors de contrôle malgré les obligations légales surtout en ce qui concernant l’état sanitaire des parents (vaccination, génétique…).
En France, 10% des éleveurs sont des professionnels, le reste est composé de petits élevages, de l’éleveur passionné à l’éleveur d’un jour. En 2015, 68% des éleveurs ont déclarés qu’une seule saillie au cours de l’année.
Les chiffres les plus incroyables concernent l’âge de la population : plus de la moitié du cheptel français (57%) a moins de 10 ans et seulement 10% des équidés ont plus de plus de 20 ans, ce qui soulève d’importantes interrogations concernant la longévité des équidés ! Enfin, 76% des transactions concernent des chevaux de moins de 11 ans ce qui signifie qu’au-delà d’un certain âge, il sera certainement plus difficile de trouver un acquéreur.

Une petite note intéressante sur certaines pratiques européennes :

La France fait partie des trois pays de l’Europe occidentale ayant les plus importants cheptels d’équidés en nombre. Elle se situe au même niveau que l’Allemagne et la Grande-Bretagne (env. 1 million d’équidés, EQUUS 2009). Cependant la France a la particularité de détenir des équidés pour des utilisations très diversifiées. En effet, le cheptel français se répartit au sein de trois filières bien développées : course, sport-loisir et viande. Au sein même de la filière course, trois sous-filières sont bien présentes (trot, plat, obstacles).
La Grande Bretagne utilise les chevaux essentiellement en sport loisir et en course mais n’organise pas de course de trot. L’Allemagne, utilisatrice surtout en sport-loisir, a un élevage de chevaux de course peu développé, n’organise pas de course d’obstacles et pratique très peu d’abattage. Seule l’Italie avait une diversification similaire à la France avec trois filières de course, du sport-loisir et de la viande bien développées. Cependant ces dernières années le filière course à beaucoup souffert en Italie.

SOURCE : IFCE

De plus en plus de chevaux victimes de négligence et de maltraitance.
De plus en plus de chevaux victimes de négligence et de maltraitance.

De la surpopulation à l’abattage
Actuellement, malgré une baisse des naissances, le marché équin est saturé (il produit plus de chevaux qu’il n’en absorbe), le nombre d’abandons est en hausse (les associations sont pleines à craquer), mais le nombre de chevaux abattus est en baisse.
La situation est préoccupante, car elle pose des problèmes éthiques vis-à-vis des chevaux non-désirés (de plus en plus nombreux donc) dont on ne peut assurer les bonnes conditions de vie. Et dans leur malheur, ces chevaux attirent les convoitises de l’industrie carnée. Cette dernière milite pour que davantage de ces chevaux rejoignent le circuit alimentaire et en profite pour encourager les propriétaires à choisir la voie de l’abattage plutôt que celle de l’équarrisseur en avançant notamment, l’argument du bien-être, de l’utilisation et celui de l’argent : l’abattoir serait une solution préférable à l’abandon, et pour les propriétaires, cette issue leur permettrait de remplacer plus facilement un compagnon vieillissant et leur éviterait en prime, les frais de l’équarrissage. Des arguments soutenus par certains professionnels de la recherche, de l’équitation, de l’élevage et de la santé qui préviennent notamment des répercussions économiques si l’on décidait de renoncer à l’abattage (une de leurs craintes). A ce propos, quels types de chevaux abattons-nous et grossièrement, quelle est la part des chevaux non-désirés ?

En France, 126 abattoirs habilités ont abattu 17 000 équidés en 2011. Ces abattoirs non spécifiques aux équins consacrent souvent une journée ou deux par semaine à l’abattage d’équidés.
Sur la population abattue, deux tiers sont des chevaux français (principalement des chevaux réformés d’autres filières) et un tiers sont des chevaux vivants importés pour abattage. Ils proviennent principalement de Pologne, le plus gros fournisseur de l’Europe occidentale, mais également d’Espagne (produits français engraissés en Espagne puis réimportés) et de Belgique.
La France importe également de la viande sous forme de carcasse désossée en provenance d’Amérique. L’Amérique du sud (Argentine, Brésil) alimente aussi le marché français sous forme de carcasses désossées acheminées par bateau.
L’abattage des équidés a été interdit aux Etats-Unis en 2008, puis ré-autorisé au cours de l’année 2013 suite à l’augmentation des abandons de chevaux et des exportations d’animaux vivants vers le Canada ou le Mexique impliquant des temps de transport particulièrement importants.

SOURCE : IFCE

Toutefois, on peut se demander si l’abattoir est vraiment le cœur du problème, car la responsabilisation des propriétaires est finalement un sujet peu abordé, tout comme l’espérance de vie qui, au vu des chiffres, semble limitée dans un pays pourtant développé sur le plan équestre. L’abattoir, c’est la solution de facilité. Il serait certainement plus judicieux de recentrer le débat sur ces questions et mener des actions de sensibilisation auprès des futurs acquéreurs, notamment autour de leur engagement (de l’achat à la fin de vie) en ne leur faisant pas oublier que celui-ci s’étend en théorie, sur plusieurs décennies.

L’overbreeding
Les propriétaires jouent un rôle important sur la population d’équidés, en particulier sur le nombre des naissances, puisque le marché est actuellement alimenté par nombre important de chevaux nés « à la maison » alors qu’il connait une saturation. L’objectif est donc de réduire ces naissances et cette sur-reproduction de chevaux (overbreeding en anglais). En Grande-Bretagne et aux USA, des campagnes de sensibilisation sont menées auprès des propriétaires pour les informer des risques à faire naître un poulain maison, mais surtout pour leur faire prendre conscience que chaque naissance a un impact la population équine. En effet, plus il y a de naissances plus le nombre de chevaux non-désirés augmente, et plus il leur est difficile de trouver un foyer aimant. Parmi ces campagnes, nous citerons celle menée par le World Horse Welfare intitulée « Do You Need to breed? qui a réalisé une vidéo très bien faite illustrant les enjeux liés à l’overbreeding :

10 raisons pour ne pas faire reproduire son cheval
10 raisons décryptées et inspirées du World Horse Welfare afin de démystifier les arguments les plus courants.

N°1 : « Pas besoin d’être un pro de l’élevage »
Le métier d’éleveur est un métier très technique et le risque d’erreur est important. Prenons simplement l’exemple de l’alimentation : de la mise à la reproduction au sevrage du poulain, il ne suffit pas d’agir à l’instinct, cela requière de solides connaissances.

N°2 « Faire reproduire son cheval pour se faire de l’argent »
Bien qu’il soit possible de faire de l’argent en faisant de l’élevage, cela est devenu plus difficile au cours des dernières années, il n’y a donc aucune garantie, et beaucoup d’éleveurs ne font aucun profit.

N°3 « De bons parents donnent forcément un bon poulain »
Cela augmente certainement les chances, mais il n’y a aucune garantie à ce que le poulain soit bon et naisse sans problèmes. Que faire si le poulain ne s’avère pas être le produit espéré ? Idem dans le cas où la jument est peu qualiteuse ou a des problèmes de santé, le choix un bon étalon ne suffit pas forcément pour que le poulain soit bon ou exempt de problèmes de santé.

N°4 « Ma jument ou mon entier a de bons papiers »
Les papiers ne garantissent pas la qualité de vie du cheval, parmi les non-désirés on trouve des chevaux plein papiers.

N°5 « Le poulinage réduit le risque de fourbure »
Bien que l’on croyait cela, il s’avère que c’est faux et même le contraire.

N°6 « Pour une jument, il est facile d’avoir un poulain »
Bien que ce soit naturel, cela ne signifie pas que c’est facile, il y a un risque à faire reproduire son cheval et des frais qu’il faudra assumer si ça tourne mal, sans parler des larmes…

N°7 « La reproduction est une bonne chose pour une jument non montée ou à la retraite »
Si une jument est à la retraite, est-ce parce qu’elle n’est plus en état physique ou parce qu’elle a gagné à être au repos ? Si sa mise à la retraite remet en cause ses capacités physiques, alors peut être ne peut-elle pas supporter le poulinage ? Et si son repos est mérité, ça lui est peut-être suffisant, car avoir un poulain n’est pas reposant. On admet plus souvent la mise au repos/retraite d’un hongre, mais plus difficilement celui d’une jument, pour quelle raison ?
D’autre part, dans le cas d’une jument arrêtée pour cause de blessure, il est important de déterminer sa capacité à pouvoir porter un poulain. La plupart des juments prennent 15% de poids corporel supplémentaire pendant la gestation. Ce poids peut-il aggraver la blessure ou prolonger son temps de récupération ? La nature de la blessure doit également être prise en compte, car si elle est de l’ordre génétique, il est probable que la reproduction soit déconseillée.

N°8 « Pouliner est une bonne solution pour les juments difficiles »
Pouliner une jument au fort tempérament, c’est prendre le risque de le faire hériter aussi au poulain puisque l’on sait aujourd’hui l’existence d’un lien entre la génétique et le tempérament.

N°9 « Je veux conserver un souvenir de ma jument ou de mon entier »
Faire naître un poulain signifie que le propriétaire aura deux chevaux à assumer, donc double dépense et double économie. C’est quelque chose que l’on oublie souvent parce que le poulain est durant les premiers mois dépendant de sa mère et qu’en conséquence, il ne coûte pratiquement rien… sauf que ce ne sont que les premiers et quand le poulain ne demande pas d’autres soins particuliers ! Si les finances sont déjà serrées pour un cheval, est-il judicieux d’en posséder un second ? Il y a non seulement la question de frais, mais aussi celui du temps, avec le risque que notre compagnon adoré passe finalement en second plan : un souvenir vaut-il plus que des moments présents ?

N°10 « De toute façon, il sera toujours possible de trouver une bonne maison à mon cheval si je ne peux l’assumer ou si je veux le vendre »
Encore une fois, la première cause d’abandon est le manque d’argent. Vendre son cheval ne certifie pas à l’ex-propriétaire des bons soins apportés à son ex-cheval, sans parler de la fin de vie. On peut tout prévoir et avoir les meilleures intentions, il est certainement possible de trouver LA bonne maison pour toute la vie du cheval, mais personne ne peut nous en donner la garantie.

Un poulain ? Et après ? Quel sera son avenir et celui de sa mère ?
Un poulain ? Et après ? Quel sera son avenir et celui de sa mère ?

Lutter pour faire baisser les maltraitances
Le refuge de Darwyn présidé par la photographe engagée Carina Mac Laughlan a réalisé une vidéo courte et bien réalisée (à voir !) afin de prendre conscience de la situation actuelle des chevaux en France. L’association lance plusieurs messages forts :

Pour que demain le Monde des Chevaux ne soit plus l’enfer :

  • luttons contre le monopole des équarisseurs qui pratiquent des prix abusifs,
  • agissons pour réduire les naissances,
  • laissons diminuer la population de chevaux pour que chaque cheval ait à nouveau une valeur,
  • apprenons à convertir un cheval en fin de carrière,
  • aidons les refuges à offrir à chaque cheval un foyer aimant.

Pour cela agissez en :

  • adoptant dans un refuge au lieu d’acheter,
  • renonçant à faire reproduire et à faire naître des chevaux sans avenir,
  • luttant avec nous pour faire réduire le nombre de naissances,
  • devenant membre ou bénévole d’une association.

« La maltraitance, cela concerne les autres »
La maltraitance ce n’est pas seulement frapper, affamer et abandonner, c’est aussi négliger en ne pouvant assumer les besoins quotidiens, souvent par manque de préparation et d’anticipation. Ce n’est pas quelque chose qui se passe toujours chez le voisin, cela arrive à n’importe qui.

La négligence nous concerne tous et nous avons tous un rôle à jouer dans cette situation dramatique, alors agissons à notre niveau, pour que cela change.

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7 réflexions sur “L’abandon, l’abattoir et l’overbreeding

  1. Très bon ! Parmi les raisons citées , il y en a qui ont motivé mon « arrêt d’élevage » … pourtant d’un élevage professionnel sérieux et passionné et certes avec un succès certain … pour le bien-être de chevaux élevés par des « amateurs » ignares et inconscients …! Merci d’agir dans ce sens ! Si je peux vous être utile … ?

    Aimé par 1 personne

  2. En tant que pro on en vient à limiter les naissances de bons chevaux sélectionnés et élevés correctement cela en devient aberrant puisque les gens continuent à faire naitre tout et n’importe quoi ce qui me donne aussi des craintes sur la qualité future des chevaux. Le pire pour moi reste l’abandon « la mort lente » et ce quelque soit l’animal

    Aimé par 1 personne

  3. bonjour,

    Comment faire pour sauver un cheval de la boucherie, doit-on aller à l’abbatoir, Si je dois faire des démarches auparavant? pouvez vous me guider
    merci, nathalie

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  4. Merci pour cette analyse. Notre association Des Crins et des Liens s’inscrit, à sa modeste échelle dans cette démarche. Chaque cheval (pour ne parler que des chevaux) est un individu à part entière, un être unique, avec ses origines, son histoire, ses besoins et ses attentes. Nous souhaitons que la relation humain- cheval, d’être à être, de cœur à cœur, d’esprit à esprit se développe entre les humains et les chevaux. Et l’amitié, la confiance, le respect ne s’achètent pas. Tout est à inventer… Nous sommes de plus en plus sur ce chemin, faisons entendre notre voix discordante et montrons nos actes engagés.

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