Complément, automédication : trop c’est trop ?

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Les compléments, suppléments et traitements sont en vogue, mais derrière ce marché se cachent mauvais conseils et surconsommation.

Supplément, complément et traitement
Un point sur quelques définitions dans le but de mettre au clair nos propres stratégies :

  • un complément vise à combler une carence ou un déficit, suite à un ou plusieurs signes cliniques,
  • un supplément est un apport nutritionnel supplémentaire qui vise à améliorer les performances (en général d’ordre sportif),
  • un traitement est un ensemble de méthodes pour lutter contre une maladie et la soigner.

Pas de prescription sans diagnostic
Pour cibler ce qui est nécessaire et ce qui ne l’est pas, on doit pouvoir déterminer si le cheval présente des signes cliniques d’une quelconque carence ou d’une maladie et s’il nécessite de recevoir une complémentation, une supplémentation ou un traitement. En théorie cette expertise est réservée à un professionnel (compétent) qui se charge de réaliser le diagnostic (exemples : faire une prise de sang pour évaluer les carences réelles ou une coproscopie pour évaluer le niveau de parasitisme) et donner ses directives.
Or, dans la pratique, bon nombre de propriétaires endossent ce rôle et réalisent eux-mêmes leur propre diagnostic et leur propre prescription. Le risque, c’est de faire un mauvais choix, notamment par manque d’objectivité, en effet parce qu’il s’agit de son compagnon, l’émotionnel, les sentiments prennent le pas et peuvent altérer notre jugement personnel. Je donnerais quelques exemples un peu plus loin.

Il faut aussi parler du phénomène internet. S’il est enrichissant de pouvoir s’entraider au sein d’une communauté active, il ne faut pas oublier que la majorité des réponses sont elles-mêmes rédigées par des amateurs, avec là encore le risque d’être dans la prescription floue voire faussée. Le vrai danger, ce sont les conseils qui sortent des champs de compétences de leurs auteurs, surtout quand il s’agit de traitement ou de complément. Quelques exemples :

  • « mon cheval a déclaré une piroplasmose », réponse : « lui faire un drainage du foie »,
  • « mon cheval est gros » : « donne lui ce produit X, il est top »,
  • « mon cheval a une uvéite » : « mets lui du jus de citron dans l’œil »,
  • « avec quoi puis-je vermifuger mon cheval ce mois-ci ? » : « avec X, c’est très bien ».

Cultiver ses connaissances pour se constituer un solide et bon réseau de professionnels
Malheureusement administrer ou recommander des compléments/traitements/suppléments sans chercher la cause du problème (en somme, le « pourquoi ») est aussi une pratique banale que l’on rencontre même chez certains professionnels. Exemple : quand vous faites venir votre vétérinaire parce que votre cheval a un coup de mou, vous interroge-t-il sur sa ration ou les conditions de vie de votre cheval ? Non, en général il vous prescrira un produit X à donner en cure. Peu importe si cela cache une ration constamment déséquilibrée ou un hébergement loin de l’herbe verte.
Un propriétaire ne peut être expert dans tous les domaines, néanmoins il ne tient qu’à lui de bien s’entourer, et ce grâce à un minimum de culture et d’esprit critique. Ces professionnels pourront ainsi l’aiguiller au mieux dans ses stratégies d’une façon plus pragmatique et plus objective, mais surtout plus spécialisée, car même avec les meilleures volontés du monde, nous n’aurons jamais toutes les cartes en main.

Difficile de prendre du recul quand il s'agit de son cheval.
Difficile de prendre du recul quand il s’agit de son cheval.

Transposition et fausse-médecine douce
Abordons maintenant le phénomène de transposition qui affecte de plus en plus certaines pratiques, c’est-à-dire le fait de transposer certains éléments de notre vie humaine à celle du cheval conduisant à des pratiques qui mériteraient quelques justifications, comme par exemple le drainage des organes émonctoires et plus particulièrement celui du foie.
Explications : le foie est un organe émonctoire, son rôle (entre autres) est de dégrader les toxines. Il les adresse aux reins pour être, via le circuit urinaire éliminé, ou à l’intestin pour être éliminées dans les selles. Ces toxines proviennent pour partie du fonctionnement de notre organisme, tel que l’ammoniaque issue de notre colon par la décomposition du contenu digestif, la bilirubine (dégradation de notre hémoglobine). Par exemple, l’ingestion de l’alcool pour l’homme perturbe beaucoup le foie, alors ne transposons un problème qui ne concerne que nous. Les traitements médicamenteux type vermicide, antibiotique parviennent également au foie, qui en premier passage en éliminera une grande partie.
Dans le cas de nos chevaux, de mauvaises conditions de vie (anxiété, stress, mauvaise alimentation, mauvaise qualité de l’eau etc.) viennent gêner le fonctionnement du foie. Pour contrecarrer les lacunes, on entend des conseils venus de sources incertaines, « de drainer le foie une à deux fois par an ». Ne s’agit-il pas d’une mauvaise compréhension du rôle de ses organes ? Nettoyer le filtre ! Soit, mais en le décapant, en l’agressant avec d’autres substrats pseudo naturels ? Voire chimiques ?! Bref en lui donnant toujours plus de travail ? Prendre soin de ses organes, toutes les médecines conventionnelles ou dites non conventionnelles sont d’accord mais pas n’importe comment. Le problème est que ces recommandations ont été formulées à partir de l’étude de l’organisme humain et de son cadre de vie particulier qui est très (pour ne pas dire extrêmement) différent de celui du cheval. Il se peut donc qu’un cheval n’ait pas besoin d’un drainage annuel voire d’un seul drainage de sa vie surtout s’il bénéficie d’un bel équilibre de vie !
Si l’on décide de traiter de façon aléatoire, on encourt le risque de faire pire que mieux en affaiblissant l’organe de ses fonctions. Cette fragilisation peut ensuite entraîner d’autres problèmes de santé plus ou moins graves qui nécessiteront une prise en charge.

Il en est de même en ce qui concerne les thérapies en vogue telles la phytothérapie ou l’aromathérapie dont on sous-estime les dangers parce que ce sont des traitements issus d’extractions naturelles. En effet, on pense souvent parce que c’est une plante, elle ne peut faire de mal… à tord, les plantes ont des effets puissants, indésirables et peuvent aussi avoir des effets secondaires. Encore une fois, c’est une pente glissante que de conseiller des traitements à tout va sans avoir effectué un diagnostic clair et précis et penser qu’il n’y a aucun risque. Ce genre de pratique nuit à la pérennité et à la fiabilité de ces médecines qui ont des avantages certains, à condition d’être justement utilisées.

Plus de prévention et moins de surconsommation
Enfin, plutôt que de connaître sur le bout des doigts les effets de tel ou tel produit, il serait plus judicieux de se pencher sur la cause de leur utilisation : mauvaise alimentation ? mauvaise équitation ? mauvaises conditions de vie ? Si cela ne résout pas tout, une bonne prévention réduit considérablement les risques de problèmes de santé et les frais que cela engendre, car les poudres de perlimpinpin sont d’abord coûteuses, mais elles sont surtout des caches-misères de courte durée. Alors qu’attend-on pour vider un peu nos placards et nous recentrer sur les basiques ?

Merci à Marie Yolaine Gaget, diplômée en shiatsu, médecine traditionnelle chinoise et algothérapie pour son regard et sa participation.

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10 réflexions sur “Complément, automédication : trop c’est trop ?

    1. Excellent article l’alimentation et les conditions de vie c’est 99% des pbs (ou non ) rencontrés par les chevaux… Sèneçon…. foin hasardeux … Sorties aléatoires … Mais les vétérinaires qui s’expriment sont très rares …ils ne veulent pas se fâcher avec les propriétaires d’écuries qui leur apportent des clients donc ils sont rarement regardant sur tt ceci et ne conseillent pas les propriétaires des chevaux avec toute l’objectivité qui s’impose !

      Aimé par 1 personne

  1. Excellent article. Merci de recadrer les choses. Comme vous l’expliquez bien beaucoup de gens se croient autorisés à faire des diagnostics eux-mêmes, pire, à donner des conseils aux autres, voire à les culpabiliser..tout en diabolisant tout ensemble et sans discernement, les vétos, les labos, le grand complot industriel etc etc. Et tout ceci, sur fond de culture google et internet mal analysés et hâtivement digérés. Ca donne n’importe quoi. Et comme vous dites, une surconsommation de produits pseudo-naturels, vendus par des entités approximatives et tout aussi prédatrices que les sociétés traditionnelles, à des prix pharamineux !!

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  2. Pouvez vous aller plus loin et donner des exemples de nutrition équilibrée:
    * cheval en activité
    *cheval au repos
    *nourriture traditionnelle (orge avoine)
    * nourriture industrielle ( laquelle choisir)
    Pour moi j’utilise une nourriture traditionnelle avec un complément une fois par semaine de betteraves cuites, carottes, pommes et son le tout servi tiède.

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    1. Malheureusement, je ne peux pas vous donner directement des rations équilibrées, il y a cependant quelques articles sur le blog qui vous aiguillerons peut-être. Vous pouvez aussi contacter un nutritionniste (+ documentation personnelle).

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    1. Bonjour,
      Je donne du reverdy à mon cheval qui est qu’au foin et à l’herbe, sans avoir fait de prise de sang avant est ce mal utilisé les CMV ou c’est le cas où l’on donne des CMV + granulés dont vous parlez ?

      Merci d’avance,
      Bonne journée

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    2. En fait, c’est le côté apprenti sorcier et l’automédication qui sont risquées dans la gestion du cheval. Si on sait pourquoi un complément x est utile, que l’on sait l’utiliser et que l’on comprend son utilité, on a moins de risque de faire de bêtise. Vous parlez de nutrition, là encore, lorsqu’on hésite, on peut aussi demander de l’aide auprès d’un professionnel sans forcément passer par la case « prise de sang ». Dans l’ensemble, le plus important est de savoir ce que l’on fait, pourquoi on le fait et s’il existe autre chose, pourquoi avons-nous choisi cette option. Autrement dit, plus on comprend, moins on se trompe et plus on est efficace.

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