Entretien avec Ophélie Brissaud, éleveuse de chevaux lusitaniens et de poneys de sport

Près de Vienne au sud de Lyon, au détour d’une route sinueuse, comme niché au cœur des collines, se trouve le domaine de la Combe de Mur. Fondé en 2010 par Ophélie Brissaud, l’élevage d’Ofée se consacre à la noble race lusitanienne et des plus belles lignées de poneys de sport. En parallèle, l’élevage dédie une partie importante de son activité dans l’éducation et le travail de ces chevaux et poneys suivant les préceptes de l’Equitation Classique.
Découverte de cet élevage hors du commun avec Ophélie Brissaud, responsable du domaine.

Bonjour Ophélie, merci pour cet entretien. Tout d’abord, pourquoi avoir choisi ce domaine à la configuration assez particulière ?

En premier lieu, je n’ai pas choisi ce domaine, mais c’est le domaine qui m’a choisi. A la base, je devais m’installer à un autre endroit, mais les circonstances de la vie ont fait que c’est ici à Oytier Saint Oblas que j’ai installé mes chevaux et créé un lieu qui respecte au mieux leur bien-être.

Quel est l’objectif de votre élevage ?

L’objectif de l’élevage est de faire naître des chevaux et poneys pour le sport et principalement le dressage. Je suis complètement addicte aux lignées de travail (pur-sang lusitanien, welsh cob..) en effet, ces chevaux sont intelligents et faciles à dresser, ils ont longtemps été sélectionnés pour leur capacité au travail avec l’homme et le bétail. Ce sont des guerriers avec de la force et une grande générosité. Ces lignées de travail constituent ma base de travail. Il s’agit donc pour les pur-sangs lusitaniens de rester dans le standard de la race et d’aller de plus en plus sur des chevaux taillés pour le sport. C’est pour cette raison que le choix des juments et des étalons reproducteurs sont très importants, car je recherche avant tout à produire des chevaux pour le dressage de haut niveau. Mon obsession c’est la locomotion !
En ce qui concerne les poneys, l’objectif est le même ! Le principale c’est d’avoir des poneys qui bougent au top ! On recherche de la force, 3 très bonnes allures avec de la souplesse et de l’amplitude. Je travaille surtout avec des poneys allemand DRP en croisement avec du Welsh cob ou en PFS. Le Welsh apporte de l’os, du chic, du sang, de la souplesse et de la robustesse. Avec les poneys on a beaucoup plus de latitude de croisement, car on ne reste pas coincé dans une race, mais l’obsession reste la même : la locomotion !

Les poulains lusitaniens issus de l’élevage :

Les poneys de sport issus de l’élevage :

Comment choisissez-vous vos reproducteurs (poulinières et juments) ? Choisissez-vous des lignées particulières ? Que recherchez-vous dans vos croisements ?

A cette question, comment je choisi mes reproducteurs, la réponse est simple : avant tout sur la locomotion et les performances.
Pour les lignées je reste sur des croisements avec des vielles lignées de travail en croisement avec des lignées très sport performeurs. De cette façon j’espère avoir des chevaux et poneys de qualités avec « des bonnes têtes » comme on dit (des chevaux intelligents et généreux).

Les poulinières de l’élevage :

Comment vivent vos chevaux au quotidien et comment sont-il nourris ? Quels sont les points importants auxquels vous vous attachez ?

Tous nos chevaux vivent principalement dehors, nous sommes équipés avec des boxs/parcs, qui allient le confort et les avantages du box (pieds au sec, abri de la chaleur, du froid, de la pluie et du vent) sans les inconvénients, car les chevaux font eux-mêmes leur petit vie, ils sortent et entre quand ils veulent, car il n’y a pas de porte entre le parc et le box. Pour nous c’est beaucoup de travail, car les crottins sont ramassés tous les jours dans ces grands espaces où vivent les chevaux et il faut beaucoup marcher entre chaque cheval, que se soit pour monter ou simplement faire des soins. Mais ce système de vie évite considérablement le stress et permet aux chevaux de bouger à leur convenance, car ils ont besoin de faire de nombreux pas dans la journée pour rester en santé. Aussi, ils ont tous du foin et du sel de qualité à volonté et un complément de ration de chez Reverdy en fonction de leurs besoins. Dans les boxs, nous avons installé des abreuvoirs automatiques et chauffants de façon à ce qu’ils aient toujours de l’eau fraîche et propre en été, et tempérée et propre en hiver. Nos installations ont bien remplies leurs objectifs : zéro colique, ni aucun problème lié au stress depuis 6 ans que je suis installée.
Les points importants pour moi sont principalement la santé physique et mentale de mes chevaux. En effet, je ne conçois pas la passion du cheval autrement.

Vous avez choisi l’équitation classique pour éduquer et travailler vos chevaux et poneys, pouvez-vous nous en dire plus sur ce choix ?

Pour votre question concernant l’équitation classique, la réponse est tout simplement la même que la question précédente !
En ce qui concerne le dressage de mes chevaux, c’est la chose à laquelle on attache le plus d’importance après s’être occupé de leur bien-être et de leur santé en générale.
Chez nous, peu importe le type, la race ou le caractère, on recherche à avoir des chevaux heureux de vivre dans un premier temps , coopératifs et légers.
En effet, un cheval pèse en moyenne 450 à 500 Kg, il est donc nécessaire de rappeler que si un cheval ne souhaite pas collaborer, l’utilisation de la force, même avec tous les artifices modernes dont on nous fait l’article tous les jours, le résultat ne pourra en aucun cas être positif. Il est certain que le cheval est un animal extrêmement gentil et capable d’accepter beaucoup de chose la part de l’homme, mais vous ne profiterez jamais de toute sa noblesse, sa force et sa brillance en utilisant la contrainte.
Le dressage, commence dès le plus jeune âge, chaque intervention de l’homme auprès du jeune poulain à une incidence sur son dressage en général. Il faut dès le début beaucoup observer, être juste, toujours à sa place, pas trop invasif et surtout ne jamais oublier que le cheval est une proie dans son environnement naturel. A partir du moment ou vous avez compris cela, tout devient très simple et logique que ce soit dans la manipulation de poulains, de juments ou d’entiers même compliqués ! Certains vous parlerons « d’éthologie » ou d’autres termes très scientifiques utilisés à des fins marketing, mais il faut rappeler que les éleveurs, les palefreniers, les grooms, bref « les hommes et femmes de chevaux », tous avons ce petit brin d’observation en plus, qui nous permet de vivre sereinement avec nos chevaux.

Lorsque je parle de dressage du cheval, il est clair que, selon moi, mais cela reste, selon moi, que ceci commence à l’abord du cheval, ensuite à pied, puis viendra le dressage du cheval monté.
Il est impensable pour ma part, d’envisager un travail de dressage monté lorsque les bases à pied ne sont pas acquises. On peu observer, malheureusement, bon nombre de cavaliers, incapables de maîtriser leur chevaux à pied, ils se font bousculer, mordre, attaquer, ou même taper par leur chevaux. Il est urgent dans cette situation de revenir aux toutes premières bases de l’éducation ou bien de chercher le problème environnemental qui rend le cheval agressif ou trop familier. Il s’agit cependant dans 90 % des cas simplement d’un problème d’éducation et de non explication de la part du cavalier des limites de territoire de chacun.
Ensuite viendra le travail monté du cheval, sur ce plan, le principe est exactement le même qu’à pied. C’est pour cette raison qu’il est préférable de commencer par le début… ! Chez nous, l’objectif ne change pas, nous recherchons un cheval :

  1. vivant et heureux de vivre c’est à dire avec de l’énergie et du vibrant,
  2. coopératif, c’est-à-dire avec une envie folle de faire plaisir et de bien faire dans la mesure de ces capacités bien sûr,
  3. léger : alors là , c’est un vaste sujet et je laisserais Isa Danne qui intervient régulièrement chez nous et qui est La professionnelle référente pour le travail monté des chevaux de l’élevage mettre les mots adéquats, son expérience et sa technique pour expliquer en détail ce MOT : légèreté.

Mais je reste persuadée que lorsque vous avez réuni déjà les 2 premiers points, ce qui inclus que vous vous efforcez de respecter l’intégrité physique et mentale de votre cheval, il vous suffit (enfin, suffire n’est pas vraiment le mot, car c’est énormément de travail pour accéder à l’excellence, un rêve, bien souvent accessible que par une petit minorité de personnes) d’appliquer la technique (bien encadré) et la légèreté sera obligatoirement au rendez-vous.
Enfin, pour finir, notre objectif, est de faire la différence !
Je suis convaincue que l’amour des chevaux et du travail bien fait, que tous les soins apportés à chaque étape de la vie de nos chevaux alliés à la technique de tous les professionnels ultra-compétents qui nous entourent, vétérinaire, maréchal-ferrant, cavaliers, et coach, font partie intégrante de la réussite de notre élevage.
PS: Excusez les maladresses de langage, pour le savoir-faire je pense que je me débrouille, mais pour le faire-savoir, c’est encore un autre sujet à approfondir, car ce n’est pas une passion je l’avoue.
VIVONS CACHES… VIVONS HEUREUX !

Les poneys de sport au travail :

Merci Ophélie pour cet échange très intéressant !

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2 réflexions sur “Entretien avec Ophélie Brissaud, éleveuse de chevaux lusitaniens et de poneys de sport

  1. Très beau domaine, bel élevage sans doute. Ce qui me gêne, c’est que pour la recherche de poulains issus de votre élevage, votre priorité semble être la locomotion. Cependant, à aucun moment, vous ne parlez de la recherche d’un bon mental….
    Comment est le mental, le tempérament de vos étalons ? C’est il me semble bien là une priorité !

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    1. Bonjour,
      merci pour l’intérêt que vous portez à notre élevage. Comme indiqué dans l’article, nous élevons principalement des chevaux avec des lignées de travail, le pur-sang lusitanien est sélectionné depuis des décennies pour ses aptitudes au tri du bétail, le poney Welsh cob est lui aussi utilisé par les paysans gallois pour aller surveiller les troupeaux de moutons qui pâtures en liberté et pour parcourir la campagne de ferme en ferme que ce soit sous la selle ou attelé. Nos poulinières ont toutes été sélectionnées sur cette base de ces vielles lignées de travail et bien sur aussi selon leur morphologie et locomotion. Je souhaitais vraiment qu’elles réunissent toutes ces qualités.
      Dans vos question, vous me parlez essentiellement du choix des étalons mais il me semble très important de rappeler que le caractère est essentiellement transmis par la mère. Aussi il est clair que la génétique n’est pas une science exacte. Comme chez l’homme au sein d’une même fratrie, les enfants ont tous leur caractère propre et différent selon chaque individu.
      Enfin, pour répondre à votre question, oui nous faisons aussi très attention au tempérament des reproducteurs mâle. Ils brillent tous de part leurs performances, mais surtout de part leur caractère exceptionnel ! Comme par exemple ici Campeador monté par une enfant de 9 ans lors d’une fête régionale de pur sang lusitanien en pleine saison de reproduction, il a été exemplaire et sage comme une image malgré les poulains, pouliches et juments suitées qui concouraient sur le site.

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