Muserolle serrée et noseband, les ennemis publics n°1

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En pratique, une muserolle est à la fois un objet de décoration et un outil éducatif en réduisant l’ouverture la bouche de certains jeunes chevaux qui débutent leur apprentissage en mors. L’utilisation que l’on en fait majoritairement de nos jours, est une dérive, car elle est utilisée pour museler la mâchoire du cheval au détriment de son confort.

La muserolle : une utilisation détournée
Constat : dans l’équitation de contact, le cavalier cherche un cheval en appui sur le mors, dans un équilibre avant (rein ouvert, nuque basse). La tension des rênes peut alors se mesurer en centaines de grammes comme en kilo. Il n’est pas naturel pour le cheval de conserver un élément étranger dans la bouche, encore moins lorsque celui-ci exerce différentes pressions, dans sa bouche (commissures, barres, langues), sa nuque, mais aussi dans son corps. Le premier réflexe d’un cheval lorsqu’il ressent cette forte tension est d’ouvrir la bouche pour s’y soustraire et souvent en tirant sur les rênes. Or, ce réflexe est préjudiciable à l’équitation recherchée puisque le cavalier veut que son cheval soit en appui sur le mors. Face à ce problème, ce cavalier fera le choix d’utiliser une muserolle, et il le fera systématiquement pour tous ses chevaux, quelque soit leur âge et leur niveau, car il est incapable de faire autrement.
Pire, cela devient même un argument de sécurité : « il faut serrer la muserolle pour garder le contrôle de son cheval, car il ne pourra pas fuir le mors ». Ce qui est totalement absurde puisque cela résulte d’une mauvaise éducation des chevaux.

Dérive : la muserolle comme outil d’asservissement
Il faut comprendre que l’équitation de contact se sert de la muserolle comme un outil de contrainte, car il lui est impossible de fonctionner sans son usage. Preuve en est des nombreux modèles présents sur le marché (croisée, double, pull-back…) et qui promettent de serrer toujours plus les mâchoires.

Contrainte : État de gêne de quelqu’un à qui on impose ou qui s’impose une attitude contraire à son naturel, à son penchant. (Source : Larousse)

Une étude irlandaise a même montré que 93% des chevaux de compétitions (échantillon de 750 chevaux / 3 pays) étaient montés avec une muserolle serrée. Pour 44% d’entre eux, la jauge de l’ISES ne pouvait même pas être insérée.

Un réglage non sans conséquence
D’un point de vue mécanique, une bouche immobilisée et contractée (versus une bouche mobile) a des conséquences directes sur la santé physique et mentale. Tout comme les humains qui ont mal au dos parce qu’ils serrent les dents toute la journée, la muserolle serrée peut engendrer des crispations, des contractures, des douleurs, des blocages récurrents, etc. De quoi appeler véto et ostéo tous les quatre matins…

Le noseband
Utilisé à tord et à travers, c’est un outil qui n’a pourtant rien d’anodin. Car cette fine lanière de cuir agit directement sur les parties cartilagineuses et sensibles du cheval en visant uniquement à compléter le rôle de la muserolle (en somme, serrer plus). Problème : il perturbe le fonctionnement respiratoire du cheval. En effet, s’il est serré sur un cheval au repos – comme c’est souvent et malheureusement le cas – il obstruera les voies respiratoires qui ont besoin de se dilater lorsque l’organisme est soumis à des efforts physiques.
Cet accessoire est de plus en plus utilisé sans raison apparente, simplement parce qu’il est vendu avec le filet !

La muserolle pull-back (« crank noseband ») est une source de stress
Une étude australienne révèle que les chevaux équipés d’une muserolle pull-back ont un niveau de stress accru. Pour cette étude, les chercheurs ont sélectionné 12 chevaux, aucun ne connaissait la bride, ni la muserolle pull-back. Une fois équipés, leur comportement a ensuite été observé en deux temps : une phase durant laquelle la muserolle était débouclée, et une seconde avec différents types de réglages (un espace de deux doigts, puis un seul, puis aucun espace). Les chercheurs ont suivi la variabilité cardiaque, la fréquence cardiaque et les variations de la température de l’œil (indication du stress chez les animaux, mesures réalisées par thermographie). Durant les phases où les réglages étaient les plus serrés, le rythme cardiaque des chevaux a augmenté, la variabilité du rythme cardiaque a diminué et la température de l’œil a grimpé. Durant la phase de récupération où la bride a été retirée, la fréquence des bâillements, des léchages et des déglutitions a augmenté. Tandis que la muserolle serrée a réduit la fréquence de ces comportements (NLDR : c’est pourquoi on voit des chevaux couverts de bave, dans l’incapacité de déglutir).
Avec un cavalier et une tension sur la bride, l’impact sur les chevaux serait encore plus marqué. Par ailleurs, les chercheurs mettent en garde sur l’utilisation de la muserolle pull-back qui serait non seulement source de stress, mais peut également altérer la circulation sanguine et causer des dégâts sur les nerfs et les os.

Enfin, les scientifiques ont reconnu que les chevaux répondaient non seulement à la muserolle, mais aussi aux deux embouchures, ce qui expliquerait pourquoi cette combinaison a réduit la déglutition par deux. Les prochaines recherches pourront donc évaluer l’impact de la muserolle pull back et d’une embouchure simple.
SOURCE : The Effect of Noseband Tightening on Horses’ Behavior, Eye Temperature, and Cardiac Responses

Libre expression
Lorsque nous fermons ainsi les mâchoires de nos chevaux, nous lui disons « tais-toi », nous lui imposons le silence (ou du moins, nous lui offrons la possibilité de grincer des dents), mais en aucun cas nous le laissons s’exprimer. Nous sommes tellement habitués à côtoyer, monter et voir des chevaux soumis par la contrainte des outils et de la force que nous ne savons plus reconnaître et apprécier des chevaux libres d’extérioriser leurs émotions. Nous ne savons plus déceler les réponses positives et négatives, entre un cheval qui se défend vraiment contre la main et un cheval qui « tombe » à un instant T à cause d’un déséquilibre.

Passer 2 doigts, ça suffit ?
Concernant le réglage, des chercheurs australiens et irlandais ont mesuré la pression qu’exerce une muserolle réglée selon les recommandations de l’ISES (l’équivalent du passage de deux doigts), et les résultats montrent que ce réglage continue d’exercer des pressions : si l’on a besoin d’utiliser une muserolle (uniquement française), la seule solution pour préserver son cheval est de la régler lâche.
SUITE DE L’ARTICLE

Même réglée selon les recommandes ISES, la muserolle continue d'exercer des pressions sur les tissus du cheval.
Même réglée selon les recommandes ISES, la muserolle continue d’exercer des pressions sur les tissus du cheval.

« Oui, mais monter sans muserolle n’est pas possible à haut niveau »
Si la muserolle est utilisée comme un outil de contrainte, c’est qu’il y a un problème et cela prouve qu’il y a un manque de crédibilité technique vis-à-vis de cette équitation. A haut niveau, il est tout à fait possible de se passer de muserolle :

  • en course et en endurance : bon nombre de chevaux de ces chevaux sont montés sans muserolle (pour ne pas entre autres, obstruer leur respiration),
  • en dressage : Isa Danne (sans éperons et sans muserolle),
  • en CSO et à haut niveau : Andy Candin, Constant Van Paesschen, Elisa Mellec…. Luca Maria Moneta (sans éperons, sans cravache, en mors simple, sans martingale et sans muserolle serrée).

Dans une interview, Andy Candin, cavalier roumain disait même :

J’ai monté Crusado sans muserolle, pour la première fois et pour tester. Il n’y a eu aucun problème, je l’ai même senti mieux comme ça.

Ce jour là, le couple venait de remporter un CSI4*. Crusado est lui aussi monté très simplement : en mors simple, sans muserolle et sans martingale. De quoi méditer sur la question !

Dans les courses, de nombreux chevaux courent sans muserolle. Remarquez aussi la simplicité de l'embouchure. Dans cette discipline, on recherche l'appui, ou tout du moins le contact, ce qui est différent de l'équitation classique, mais bizarrement ils n'ont pas de soucis à le faire sans muserolle. A méditer ? Ils ne sont pas gêner malgré tout par l'idée qu'à certains moments leurs chevaux pourraient ouvrir la bouche et peut être que pour des raisons liées a l'effort cardio intense, ils ne veulent pas risquer d'entraver la respiration de leurs chevaux.
Dans les courses, de nombreux chevaux courent sans muserolle. Remarquez aussi la simplicité de l’embouchure. Dans cette discipline, on recherche l’appui, ou tout du moins le contact, ce qui est différent de l’équitation classique, mais bizarrement ils n’ont pas de soucis à le faire sans muserolle. A méditer ? Ils ne sont pas gêner malgré tout par l’idée qu’à certains moments leurs chevaux pourraient ouvrir la bouche et peut être que pour des raisons liées a l’effort cardio intense, ils ne veulent pas risquer d’entraver la respiration de leurs chevaux.

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