Faut-il bannir les céréales de l’alimentation du cheval ?

Faut-il bannir les céréales dans l’alimentation du cheval ? Pourquoi ? Est-ce possible ?

Cet article ne substitue pas aux conseils de votre vétérinaire ou d’un·e nutritionniste, contactez-les en cas de doute.

Si nous devions faire un constat sur beaucoup de pratiques alimentaires équines actuelles, nous dirions :

  • que l’on distribue presque systématiquement des céréales aux chevaux au travail,
  • qu’elles sont distribuées en quantités en une seule fois,
  • que beaucoup de chevaux souffrent de problèmes digestifs : diarrhée, ulcère gastrique, colique.

De ce constat, on peut tirer plusieurs problématiques principalement autour du mode d’alimentation et des apports nutritionnels.

Le cheval a une particularité plutôt inédite par rapport à notre environnement familier qui compte le chien et le chat : c’est un herbivore mono-gastrique dépourvu de vésicule biliaire. Il n’a pas besoin de vésicule parce qu’il mange tout au long de la journée, il ne fait pas de repas.

L’estomac du cheval est même assez petit, c’est pourquoi il faut éviter les grosses rations qui lui sont difficiles à digérer.

S’il faut éviter les gros repas, il faut aussi fournir au cheval un apport en fibres conséquent, car celui-ci mange environ 16 heures par jour.
Malheureusement, dans les écuries, ces apports en fibres sont souvent insuffisants. Cette carence a des effets négatifs sur la santé, mais également sur le psychique : privé de nourriture, un cheval peut développer des comportements négatifs.

Loisir ou compétition, tous les chevaux ont le même fonctionnement digestif et requièrent les mêmes attentions.
Loisir ou compétition, tous les chevaux ont le même fonctionnement digestif et requièrent les mêmes attentions.

Digestibilité de l’amidon

Que faut-il penser des céréales ? Sont-elles bonnes ou nocives pour le cheval ?

Dans la réalité, un cheval qui ne reçoit pas de céréales en mange quand même, parce que son fourrage en contient naturellement : ce sont les graminées.

Le problème n’est pas la céréale en elle-même, mais le fait qu’on donne beaucoup en une seule fois.

Premier problème : parce qu’elles contiennent beaucoup de sucres, elles provoquent des pics de glycémie.

Ces régimes élevés en sucres augmentent le risque d’inflammation chronique. L’ensemble de l’organisme peut être affecté (articulations, pieds, muscles, peau, appareil reproductif, système digestif, système nerveux, etc.), et à long terme cette inflammation chronique peut confronter le cheval à l’obésité, au syndrome métabolique équin ou au syndrome de cushing.

Deuxième problème : le cheval ne sait pas digérer des quantités trop élevés d’amidon.
En effet, pour transformer l’amidon en glucose, le cheval a besoin d’une enzyme pancréatite : l’amylase. Le soucis c’est qu’il n’en produit qu’une petite quantité à la fois (souvenez-vous son système digestif est construit pour manger de longues heures et non des repas).

Quand le seuil de digestibilité est franchi, les excédents non digérés transitent directement vers le gros intestin et perturbent l’équilibre du microbiote intestinal ce qui provoque des gazes et augment le risque de colique.

Quelle est la dose maximale ? Les recommandations tablaient autour de 200 g d’amidon / 100k g PV / repas, mais les études récentes suggèrent plutôt de ne pas dépasser 100 g d’amidon/100 kv PV par repas.

Réévaluer le risque de l’amidon avec les données récentes

Alimenter son cheval avec de grosses quantités de céréales est une vieille pratique qui mérite aujourd’hui une réévaluation. On sait notamment que les jeunes et vieux chevaux sont particulièrement fragiles à ce mode d’alimentation (perturbations de la croissance pour les jeunes, SME, cushing, etc. pour les vieux). Les chercheurs se penchent également sur l’effet de l’amidon vis-à-vis du microbiote intestinal.

Les effets de l’amidon sur le comportement

Si on sait que l’excès d’amidon provoque des perturbations microbiennes, il semblerait que cela affecte aussi la réponse au stress des chevaux.

Dans une récente étude, un groupe de 6 chevaux ont été nourris avec deux régimes alimentaires. Le premier régime 100% foin, le second 57% et 43% d’orge.
Les chevaux ont ensuite subi deux tests, un de sociabilisation et un autre par stimulus (placement d’un nouvel objet). Les chercheurs ont noté que la durée des comportements de vigilance était plus élevée et corrélait avec le second régime. L’amidon peut donc affecter le comportement.
SOURCE : TheHorse

Une autre étude a également montré que les chevaux ayant un régime bas en amidon se comportaient mieux.
SOURCE : TheHorse

Conclusion

Le manque de fourrages ne peut pas être compensé par un apport massif de concentrés riches en céréales.

La majorité des chevaux (même à l’entrainement ou ayant du mal à maintenir un poids optimal) peuvent simplement être nourris avec de l’herbe ou du foin ainsi qu’un CMV approprié.

Le mode de distribution doit également être pris en compte afin de favoriser une alimentation lente et continue (slow feeding). Ces systèmes peuvent être conçus pour le fourrage, comme les filets à foin, mais aussi pour les rations, comme le Pipolino.

La meilleure des rations : le foin !
La meilleure des rations : le foin !