Déséquilibres alimentaires : les chevaux aussi sont concernés par les pratiques « fast-food »

Modifié le 02/02/2018

Cet article ne substitue pas aux conseils de votre vétérinaire ou d’un nutritionniste, contactez-les en cas de doute.

Un jour, alors qu’on se pensait à l’abri… nous avons du faire face à une colique, des ulcères, un bouchon œsophagien, à un syndrome de cushing, à un syndrome métabolique, une fourbure… Ces problèmes récurrents nous amènent à penser que le talon d’Achille du cheval serait son système digestif, mais le connait-on si bien que ça ? Et nos stratégies alimentaires sont-elles adaptées ?

Fast-food
Si nous devions faire un constat sur les pratiques alimentaires équines actuelles, nous dirions :

  • que les chevaux au travail ont des concentrés (floconnés, granulés, céréales),
  • que les concentrés sont donnés sous forme de repas (pas d’autre moyen de distribution à cause de notre propre mode de vie),
  • que les chevaux (dans la majorité) souffrent de problèmes digestifs, allant de la diarrhée, à l’ulcère gastrique en passant par la colique.

De ce constat, on peut tirer plusieurs problématiques principalement autour du mode d’alimentation et des apports nutritionnels.

Sur le mode d’alimentation : en plus du foin, nous avons l’habitude depuis quelques siècles (depuis que le cheval vit à l’écurie), de fournir des repas à nos chevaux, ce que nous faisons très bien avec notre chat, notre chien ou nous-mêmes. Mais le cheval a une particularité plutôt inédite par rapport à notre environnement familier, c’est un herbivore mono-gastrique qui a appris à se nourrir de façon quasi-continue, digérant 24h/24 et 7j/7. Si le système digestif équin est parfaitement conçu pour digérer sans discontinuer, il lui est très difficile de digérer, d’un seul coup, de grosses portions de nourriture. Ce serait comme pousser subitement l’amont d’une chaîne mécanique : les machines n’arriveraient plus à suivre la cadence et s’enrayeraient parce que les cadences initiales n’ont pas été respectées.
Dans les faits, peut-être savons nous déjà cela (ou de manière inconsciente), mais c’est quelque chose qui reste encore en suspens dans nos esprits. Peut-être parce que lorsque nous nourrissons notre cheval, celui-ci semble prendre plaisir à manger sa ration, comme le ferait notre chat ou notre chien, alors rien ne nous parait vraiment anormal. Il s’agirait donc ici probablement d’anthropomorphisme ?

Il faut également citer les problèmes de comportements (agressivité, tapes, morsures…) provoqués par la privation de nourriture envers les soigneurs et leurs congénères : pour les chevaux programmés à s’alimenter 60% de leur temps, ce ressenti est très anxiogène et conduit à une compétition alimentaire !

Sur le plan nutritionnel : nous sommes d’accord sur le fait que les chevaux sont des athlètes aux besoins énergétiques élevés. Pour ce faire et pour maximiser l’apport en énergie, nous fournissons à notre cheval des préparations riches, grasses et sucrées. Les besoins énergétiques sont couverts, le problème c’est que l’on nourrit notre compagnon un peu comme si… nous mêmes, nous nous rendions chaque jour au fast-food pour y commander notre menu préféré. Et pour le cheval, le hamburger et les frites, ce sont les céréales. Faciles à produire, peu chères et très caloriques, elles constituent la base de composition de la quasi-totalité des aliments équins. Et comme pour le fast-food, c’est le manque d’équilibre nutritionnel (répété) qui conduit à des excédents dangereux pour la santé (+ les problèmes d’assimilation rapides et du manque de mastication).

Loisir ou compétition, tous les chevaux ont le même fonctionnement digestif et requièrent les mêmes attentions.
Loisir ou compétition, tous les chevaux ont le même fonctionnement digestif et requièrent les mêmes attentions.

Digestibilité de l’amidon
« Pourtant le cheval est un herbivore, donc les céréales sont bonnes pour lui ! » En réalité, le cheval tolère les céréales parce que ce sont des graminées et qu’elles font parties de son régime alimentaire. En revanche, il ne sait pas les digérer en grandes quantités, à cause de leur taux élevé d’amidon. Pour transformer l’amidon (sucre complexe) en glucose (sucre simple), le cheval a recours à une enzyme pancréatique appelée amylase. Problème : son système digestif n’en produit qu’une petite quantité. Et impossible d’augmenter ce taux : quand le seuil de digestibilité est franchi, les excédents non digérés transitent directement vers le gros intestin et perturbent l’équilibre du microbiote digestif (conséquences : gazes, coliques, fourbures, troubles métaboliques, etc). Ces troubles n’apparaissent pas sur l’instant, raison pour laquelle les chevaux nourris avec d’importantes rations de céréales semblent bien se porter… jusqu’à la dose de trop.
Quelques informations concernant l’amidon. On retient que :

  • l’avoine a un amidon très digestible,
  • la cuisson augmente la digestibilité des céréales, notamment de l’orge et du maïs (deux céréales difficiles à digérer),
  • le blé est une céréale à éviter.

Les vétérinaires et nutritionnistes recommandent de ne pas dépasser 200g d’amidon / 100kg PV / repas, pourtant ce seuil semble encore trop important au vu de sa faible digestibilité :

La compilation des données disponibles dans la littérature met en évidence qu’il existe un seuil duquel la digestibilité antécoecale de l’amidon diminue. On constate en effet que quelle que soit la source d’amidon utilisée, dès que l’amidon ingéré dépasse 200g / 100kg PV / repas, la digestibilité antécoecale de l’amidon est en moyenne de 54,1%, ce qui a pour conséquence une quantité d’amidon déversée dans le gros intestin majoritairement comprise entre 100 et 150g / 100kg PV / repas. Par contre quand l’amidon est en deçà de cette limite, la digestibilité est de 65,2% et la quantité d’amidon atteignant le gros intestin est généralement comprise entre 0,5 et 40g / 100kg PV / repas.

Dernier point intéressant concernant le processus de digestion :

Si l’amidon semble être négligeable au niveau buccal, il semblerait qu’elle soit initiée dans l’estomac grâce aux micro-organismes qui y résident ; les substrats énergétiques disponibles pour l’animal seraient alors essentiellement du lactate et du proprionate. Elle se poursuit ensuite dans l’intestin grêle où la digestion serait majoritairement chimique grâce à l’amylase pancréatique ; il en résulterait une production majoritaire de glucose directement utilisable par les cellules de l’organisme.

SOURCE : Alice Jevardat De Fombelle-Guermonprez. Etude de l’effet de l’origine botanique de l’amidon sur sa digestibilité antécoecale chez le cheval : mise en place d’une méthode de référence in sacco. INAPG (AgroParisTech), 2003

Aujourd’hui, les recherches suggèrent que des régimes élevés en glucides augmentent le risque d’inflammation chronique (il y a d’autres facteurs, mais ce type de régime est souvent incriminé). L’ensemble de l’organisme peut être affecté (articulations, pieds, muscles, peau, appareil reproductif, système digestif, système nerveux, etc.), et à long terme cette inflammation chronique peut confronter le cheval à l’obésité, à la fourbure, à une insulinorésistance ou à un syndrome de cushing. Plus d’explications dans cet article :

Réévaluer le risque de l’amidon avec les données récentes
Alimenter son cheval avec de grosses quantités de céréales est une vieille pratique qui mérite aujourd’hui une réévaluation. On sait notamment que les jeunes et vieux chevaux sont particulièrement fragiles à ce mode d’alimentation (perturbations de la croissance pour les jeunes, SME, cushing, etc. pour les vieux). Les chercheurs se penchent également sur l’effet de l’amidon vis-à-vis du microbiote intestinal.

Les effets de l’amidon sur le comportement
Si on sait que l’excès d’amidon provoque des perturbations microbiennes, il semblerait que cela affecte aussi la réponse au stress des chevaux. Dans une récente étude, un groupe de 6 chevaux ont été nourris avec deux régimes alimentaires. Le premier régime 100% foin, le second 57% et 43% d’orge. Les chevaux ont ensuite subi deux tests, un de sociabilisation et un autre par stimulus (placement d’un nouvel objet). Les chercheurs ont noté que la durée des comportements de vigilance était plus élevée et corrélait avec le second régime. L’amidon peut donc affecter le comportement.
SOURCE : TheHorse

Faut-il bannir les céréales ?
Non, parce qu’en réalité on reporte la cause du problème : le manque de fourrage et l’utilisation abusive de concentrés. Pour la majorité des chevaux (même à l’entrainement ou ayant du mal à maintenir un poids optimal) une alimentation à base de fourrages et une supplémentation en vitamines et minéraux est une ration suffisante, équilibrée et saine.

Quel serait l’idéal ?
Avant-tout, il faut se poser plusieurs questions :

  • évaluer l’état corporel du cheval : dans quel tranche se situe-t-il ?
  • dispose-t-il de foin à volonté ?
  • a-t-il une alimentation qui couvre ses besoins en vitamines et minéraux ?
  • est-il un athlète ?

Selon les recommandations du Dr Getty, une alimentation équilibrée se compose de protéines de qualité, de vitamines, de minéraux et d’acides gras.
Pour les easykeepers : du foin à volonté, un pré varié où pousse des graminées et des légumineuses (sources de vitamines et d’oméga-3), de l’eau et un complément minéral vitaminé.
Pour les hardkeepers, la nutritionniste propose plusieurs solutions, comme augmenter les calories par la graisse (de préférence une source riche en oméga-3), miser sur les probiotiques (car un déficit microbien peut être à l’origine d’une mauvaise assimilation), et/ou réaliser un supplément avec des aliments tels que l’avoine, le son de riz et le tourteau de soja.
Pour les athlètes, une alimentation à base de céréales cuites est une bonne source d’énergie et facile à digérer (bien sûr sans réduction du fourrage). Les rations doivent fractionnées au maximum afin d’éviter les problèmes digestifs. Ces chevaux auront également besoin d’une supplémentation supérieure en vitamines et minéraux, leurs besoins dépendront de l’intensité des efforts fournis, de leur discipline et de leur sexe, à ce niveau, la consultation d’un nutritionniste est fortement conseillée.

Les céréales germées et les fourrages hydroponiques sont également des pistes de recherches. Ces procédés permettent une meilleure assimilation de l’amidon, mais sont-ils applicables à tous les chevaux et offrent-ils véritablement une alimentation sans risque ? La question est posée.

Le mode de distribution doit également être pris en compte pour tendre vers une distribution lente, car le slow feeding améliore l’assimilation du fourrage, en d’autres termes : plus de foin = consommation plus lente = réduction des rations. Ce pour respecter le rythme digestif du cheval, mais aussi pour faire des économies : les aliments sont mieux assimilés (gain économique) et les risques de troubles gastro-intestinaux en sont diminués (réduction des frais vétérinaires). Il y a donc plus de chances pour que le cheval jouisse dans un corps sain et ainsi d’une plus grande longévité.
L’installation d’un distributeur par exemple, est une solution économique et ludique qui a permet à la fois de réduire l’ennui et de proposer un complément tout au long de la journée, réduisant aussi le temps de travail pour le soigneur. Enfin, l’universalité de certaines préparations permet une distribution collective et adaptée à tous. Plus loin encore, il y a l’écurie active.

La meilleure des rations : le foin !
La meilleure des rations : le foin !

Où trouver des concentrés avec peu d’amidon ?
De plus en plus de marques proposent des aliments réduits ou pauvres en amidon (et en sucre), ces aliments vous en trouverez chez :

Vous trouverez également des aliments pauvres en amidon chez (entre 8 et 12%) :

Bibliographie :

  • Juliet Getty, Feed Your Horse Like a Horse: Optimize Your Horse’s Nutrition for a Lifetime of Vibrant Health, Dog Ear Publishing, 2009
  • Eric Ancelet, Hippothèses : Se nourrir… Etre nourri… Edition revue, corrigée et complétée
  • Eleanor Kellon, Horse Journal Guide to Equine Supplements and Nutraceuticals, 2008
  • Roger Wolter, Alimentation du cheval, France Agricole, 2014

Crédit photo

6 commentaires sur « Déséquilibres alimentaires : les chevaux aussi sont concernés par les pratiques « fast-food » »

  1. Article très intéressant, et surtout bien expliqué.
    Mes chevaux sont au foin à volonté et je leur donnais un cmv reverdy mais l’année dernière ma ponette à présenté une dermite importante. Sur le fait je n’ai pas fait le rapprochement mais ce sont les minéraux que j’ai donné depuis l’hiver dernier et non stop jusqu’à cet automne. Avant elle avait des algues de chez hilton herbs. Les cmv reverdy contiennent des céréales et je souhaiterais en trouver sans, avez vous des nom de produits? Je souhaite un cmv car leur ration est seulement foin à volonté, de qualité (suivant la coupe où le type de prairie) et j’ai un poulain en croissance.que me conseillez vous?

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  2. Je suis vétérinaire équin et votre article résume plusieurs points que je mets en relief sur le terrain avec les propriétaires de chevaux.

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