Les ulcères gastriques équins : causes, diagnostic, traitements et prévention

Nom anglais : Equine Gastric Ulcer Syndrome (EGUS)
Nom français : Ulcères Gastriques Equins (UGEs)

Article mis à jour le 19 septembre 2021

Les Ulcères Gastriques Équins

Le cheval ne possède pas de vésicule biliaire, l’acide descend en continu vers son estomac. Le cheval produit 1,5 litre d’acide toutes les heures, soit environ 36 litres en 24 heures.

L’acide gastrique permet de dissoudre les aliments afin de les assimiler.
Problème : si l’estomac est vide, l’acide commence alors à attaquer les parois de l’estomac, c’est le premier stade de l’ulcère.

L’estomac est construit en deux parties :

  1. la muqueuse squameuse : située dans la partie haute, c’est la plus sensible aux éclaboussures acides. 60 à 80% des ulcères gastriques sont situées dans cette partie,
  2. la muqueuse glandulaire : située dans la partie basse de l’estomac qui est moins sensible, mais pas invisible à l’acide.

50 à 90% des chevaux sont touchés par des ulcères gastriques et certaines populations sont plus touchées que d’autres : jusqu’à 93% des chevaux d’endurance de haut niveau, jusqu’à 60% des chevaux de spectacle, 72% des chevaux de CSO, de dressage, de complet, de polo.

Le sevrage est une période critique, on estime que 25 à 50% des poulains développent des ulcérations pendant cette période de leur vie.

Les causes

Les causes d’ulcères gastriques peuvent être multifactorielles :

  • le stress : transport, sevrage, débourrage, compétition…
  • un manque de fibres qui ne remplit pas et ne protège pas l’estomac,
  • l’exercice intense et/ou pratiqué l’estomac vide,
  • le tic à l’air ou à l’appui (plus d’études doivent être réalisées à ce sujet),
  • l’administration d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS).

Signes cliniques

Les signes possibles :

  • signes physiques : pelage terne, perte de poids, difficulté à prendre du poids, salivation excessive, crottins mous, colique,
  • signes comportementaux : manque d’appétit, boit moins, ennui, mauvaise humeur, irritabilité, agressivité, changement d’attitude, couché pendant de longues périodes, grincements de dents, joue avec sa langue, mange vite, stresse facilement, mastication sans manger, rotation de l’encolure, fouaillements de queue,
  • signes au travail : réagit au sanglage, diminution de la performance, réticence au travail, mauvaise condition physique.

Ces symptômes peuvent être plus ou moins prononcés. Certains chevaux ont des symptômes clairs et d’autres ont des symptômes beaucoup plus subtiles et difficiles à repérer.

Exemple de chevaux ulcéreux ne montrant presque aucun signe d’ulcères gastriques
Il y a des chevaux qui n’ont visuellement aucun signe extérieur d’ulcères gastriques. Ils sont bien musclés, leur poil est brillant… mais ils sont atteints, parfois à des grade sévères. Plusieurs exemples dans la vidéo ci-dessous :

Le diagnostic

La gastroscopie (ou endoscopie gastrique) permet un diagnostic fiable en cas d’ulcères gastriques.
Cet examen consiste à infiltrer une caméra par voie nasale, ce qui permet d’établir précisément le degré d’ulcération.
Le seul point négatif est qu’il se réalise sur un cheval à jeun (de 12 heures minimum).

Certains professionnels comme de Dr DePaolo ont développé des techniques de palpations intéressantes :

Le diagnostic permettra d’ajuster la posologie du traitement qui est en moyenne de 28 jours.

Le traitement

L’oméprazole (Equizol, Equinor, Gastrogard, Pepticure, UlcerGold…) est la seule molécule validée dans le traitement des ulcères gastriques.

L’oméprazole est un antiacide qui va permettre à la muqueuse de se générer et guérir.
C’est un traitement curatif couteux, mais c’est le seul qui a prouvé son efficacité jusqu’à aujourd’hui.

Les seuls inconvénients récemment relevés par de récentes études, on montré que l’utilisation prolongée de l’oméprazole pourrait limiter l’absorption du calcium.

4 à 10% des ulcères se guérissent sans traitement.

Les suppléments

Les recherches étudient des traitements alternatifs à l’oméprazole et évaluent l’efficacité de certains compléments.

Une étude a par exemple était menée sur l’aloé véra utilisée parfois comme traitement contre les ulcères : 75% des chevaux traités avec l’oméprazole étaient guéris contre 17% avec l’aloé véra.
L’aloé véra a donc montré une certaine limite sur le plan curatif et pourrait donc être plus efficace sur le plan préventif.

Le Relyne GI composé de polysaccharides et d’acide hyaluronique pourrait à l’avenir être envisagé en traitement. Une étude indépendante a montré que 90% des chevaux de l’étude avaient guéris ou montraient d’importantes améliorations, mais plus de recherches doivent être menées afin d’évaluer sa réelle efficacité.

D’autres études ont également étudié l’effet de certains ingrédients ou suppléments et des observations positives ont été observées avec :

  • la pectine, la lécithine, les fructo-oligosaccharides.
  • l’huile végétale (non hydrogénée ou raffinée),
  • l’aloé vera et autres plantes mucilagineuses (guimauve, papaye, orme rouge, réglisse),
  • le lithothamne,
  • l’argousier,
  • les anti-oxydants : vitamine E, sélénium et vitamine C.

De nombreux compléments gastriques existent sur le marché, or comme de nombreux commentaires vétérinaires que j’ai pu lire, il est difficile d’évaluer leur efficacité. Ce sont également des traitements coûteux. Certains ont surtout rappeler que le meilleur complément reste encore et toujours… du foin.

Prévention

La meilleure stratégie pour prévenir les ulcères est d’offrir des conditions de vie idéale à son cheval.

La première est de distribuer du fourrage en quantité importante, au mieux en quantité illimitée.
L’accès au fourrage permet de garder l’estomac plein (l’acide attaque alors la nourriture plutôt que la muqueuse).

L’estomac se vide en 4 à 6 heures : il est donc important que le cheval dispose de suffisamment de fourrage, en particulier durant la nuit !
Pour augmenter le temps de mastication, on peut envisager la distribution du foin en filet. Attention de ne pas choisir des mailles de moins de 4 cm qui peuvent être trop restrictives (elles conviennent cependant aux petites bouches des poneys de type A et B).

Le fourrage est à distribuer avant la séance d’exercice pour ne pas que le cheval « court » l’estomac vide.

La luzerne est un fourrage intéressant en prévention d’ulcères gastriques, car le calcium qu’elle contient permet de diminuer l’acidité gastrique. Attention cependant à ce que le rapport phosphocalcique de la ration reste équilibré.

L’accès à l’eau est également essentiel, car boire est aussi un moyen pour ne pas que l’estomac se remplisse d’acide.
Il est important que le cheval puisse boire à volonté une eau propre et tempérée.

Les situations de stress telles que les compétitions, le transport, le sevrage doivent être correctement préparées afin de limiter l’apparition d’ulcères gastriques.

Le confinement au box doit être réduit au maximum. La vie en groupe et au grand air doit être privilégiée.

La prise d’anti-inflammatoires non-stéroïdiens doit être limitée.

Et les chevaux sauvages ?

Les chevaux domestiques ne sont pas les seuls concernés par les ulcères gastriques, dans une étude portant sur 51 chevaux domestiques et 27 chevaux sauvages, les chercheurs ont déterminé que :

  • 22,2% des chevaux sauvages et 60,8% des chevaux domestiques avaient des lésions squameuses,
  • 29,6% des chevaux sauvages et 70,6% des chevaux domestiques avaient des lésions glandulaires.

Les chevaux sauvages semblent donc plus sujets aux ulcères situés dans la région glandulaires par rapport aux chevaux domestiques, et les chercheurs ne connaissent pas encore les causes  de cette surprenante différence.
SOURCE : TheHorse