La santé physique de nos chevaux nous préoccupe-t-elle vraiment ?

Ou autrement dit : l’équitation tue-t-elle nos chevaux ?

Concernant la gestion pure du cheval, il est clair que nous avons de plus en plus de bonnes pratiques. Les chevaux sont mieux suivis (dentiste, ostéo, shiatsu, parage…), mieux équipés (selle, embouchure et autres) et vivent dans de meilleures conditions (habitat, alimentation, vie sociale). Mais en ce qui concerne l’entraînement physique pur, nos connaissances et notre savoir-faire sont clairement moins aboutis. De nombreuses études pointent les problèmes liés à la pratique montée : la carrière des chevaux est souvent écourtée, surtout s’ils visent le haut niveau (pour rappel, la longévité sportive des chevaux est de 4 ans en dressage, 3 ans en courses, 3 ans et demi en saut d’obstacles et 6 ans en complet) et les problèmes musculosquelettiques sont aussi nombreux (douleurs, boiterie, mal de dos, etc.) touchant aussi bien les chevaux de compétition que de loisirs. Il y a aussi les stéréotypies et les expressions faciales que les scientifiques sont en train d’étudier afin d’établir une échelle de la douleur. Mais pourquoi fait-on quasi-systématiquement un rapprochement entre douleur et équitation ? N’y-aurait-il pas quelque chose qui cloche ?

Le fait est qu’aujourd’hui, l’équitation la plus répandue est une équitation d’appui, c’est-à-dire une équitation où l’on demande au cheval un contact constant, en filet avec embouchure ou en licol/side-pull. L’équitation d’appui fonctionne avec la force, des mains et des jambes principalement. C’est cet écueil qui trace une frontière nette et précise avec l’Équitation Classique.
En réalité, les scientifiques sont en train de mettre en évidence les limites de cette équitation d’appui, notamment en relevant les nombreux indicateurs de mal-être et de douleur chez le cheval. Les cavaliers qui pratiquent cette équitation ne savent eux-mêmes pas comment interpréter ces signaux, ils sont même habitués à manager ces problèmes :

  • on appelle l’ostéo tous les 3 mois « parce qu’il fait le con »,
  • on débute les injections « parce qu’il vieillit »,
  • on constate des accès d’agressivité « parce qu’il a du carafond »,

Ils sont devenus des spécialistes dans le traitement de pathologies, mais ils sont incapables d’en déterminer les causes. Pourquoi n’y parviennent-ils pas ? Voici ici mon point de vue personnel, ce serait un peu présomptueux d’avoir une réponse absolue à cette question, mais je pense qu’il y a deux grandes raisons à cette incapacité.

La plupart des boiteries ne sont pas détectées par les cavaliers.
La plupart des boiteries ne sont pas détectées par les cavaliers.

Première cause supposée : nous sommes de mauvais entraîneurs parce que nous ne sommes pas nous-mêmes de bons sportifs
A la différence des autres sports, l’équitation est une activité physique pour le cavalier (et c’est un sport pour le cheval). Cela veut dire que nous ne connaissons pas la même intensité de travail. Je m’explique : si lorsqu’on compare notre pratique à celle de sports non équestres – prenons par exemple la boxe, les arts martiaux, la natation – nous n’avons pas la même notion de l’effort et du dépassement de soi ; nous ne connaissons pas ou peu la douleur de l’étirement, la brûlure de la tension, la contraction ou la résistance musculaire. Ce qui, dans notre quotidien a des répercussions sur notre pratique :

  • en termes de performances d’abord : on exige quelque chose du cheval que nous sommes incapables d’exiger de nous-mêmes.
    Comme par exemple la proprioception ou la symétrie : la majorité des cavaliers (professionnels compris) n’ont pas conscience de leur main dominante, de leurs crispations ou des mécanismes de compensations qui les font pencher de côté.
  • en termes de cohérence ensuite : on ne sait pas établir des programmes d’entraînement. Confronté à un animal de 400kg à qui l’on demande de tourner, de s’arrêter, de courir ou de sauter, nous sommes techniquement dépourvus. On choisit donc souvent de s’en sortir par la force des bras, des jambes ou du buste… Ce qui résume un peu près notre rôle à celui d’un tuteur pour tomates. Or, pourrait-on imaginer un pratiquant d’art martiaux ou un boxeur appuyé sur une béquille ou tenu par des ficelles ? Je ne crois pas, ce serait contreproductif.

Ce qui nous amène à notre deuxième cause supposée : le manque d’empathie et l’orgueil
L’empathie, c’est notre ouverture émotionnelle, mais nous y sommes en réalité peu attentif. Le fait qu’aujourd’hui l’école la plus pratiquée et répandue est celle de l’équitation d’appui en est l’exemple concret. Notamment parce que l’on est persuadé qu’elle confortable et bénéfique pour le cheval alors que toutes les études aussi bien sur le plan physique et comportemental, convergent vers le fait qu’il y a un véritable malaise et mal-être dans cette façon de faire.
Nous choisissons aussi de mauvaises solutions parce que nous préférons rester en surface ou déléguer (par le biais d’un professionnel ou d’un matériel), mais nous ne nous impliquons presque jamais en profondeur.

On délègue nos problèmes notamment par le biais de matériels coercitifs.
On délègue nos problèmes notamment par le biais de matériels coercitifs.

On se préserve aussi de la réalité… par orgueil.
Ainsi, le cheval est inconsciemment ou consciemment utilisé comme piédestal, il permet de briller, de se faire admirer, de prendre le dessus sur les autres (ou sur un proche), de prouver notre valeur.
C’est quelque chose que l’on peut observer partout, dans n’importe quelle discipline (pratiques au sol incluses) et à tout niveau. Le problème est que cet orgueil démesuré évince notre sensibilité et in fine, notre empathie.

Alors quelle alternative ?
Il est temps de nous préoccuper véritablement de nos chevaux, d’entrer dans leur corps et de ressentir vraiment ce qu’il s’y passe, d’arrêter de les porter sans pour autant choisir de les laisser évoluer dans le vide. N’ayons pas peur d’ouvrir notre cœur, n’ayons pas peur non plus de sauter dans l’inconnu, même si implique de repartir à zéro.

Il n'appartient qu'à nous de renverser la situation.
Il n’appartient qu’à nous de renverser la situation.

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8 commentaires sur « La santé physique de nos chevaux nous préoccupe-t-elle vraiment ? »

  1. Joli article qui montre une certaine évolution empathique envers nos chevaux domestiques et les axes de progression encore à développer, notamment par une remise en question de notre équitation et une passage vers une équitation plus éthique 🙂

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  2. Selon de études récentes sur des chevaux de centre équestre 80% avaient des dorsalgies.
    Les causes.
    Condition de vie.
    Type d’équitation pratiqué.

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  3. Je viens de découvrir ce blog il y a quinze minutes à peine et je dévore vos articles ! Les visions sur la pratique de l’équitation, l’animal en lui-même etc sont vraiment instructives 🙂

    En tant que jeune cavalière de club je me pose pas mal de questions quant à la santé des chevaux dans les clubs, dans leurs box, ou même en cours, avec nous sur leur dos…
    Avez-vous déjà rédigé un article e à propos des selles et filets (mors) et de leur impact sur le physique des chevaux ? Forcément ça ne doit pas être agréable mais est-ce à ce point « mauvais » pour eux ? Merci 🙂

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    1. Merci ! 🙂

      Concernant les selles : https://demivolteface.com/2012/01/24/saddle-fitting
      Les problèmes de dos : https://demivolteface.com/2014/04/02/problemes-dos-cheval
      J’ai parlé un peu d’embouchure ici : https://demivolteface.com/2015/10/14/ajustement-du-mors
      et de mains là : https://demivolteface.com/2014/08/15/tension-des-renes

      Il n’y a pas que le matériel à prendre en compte, même s’il est ultra adapté, il ne résoudra pas les problèmes d’équitation.

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  4. Bonjour, je viens de découvrir cet article et le blog. Comme suggéré dans l’article mais peut-être pas assez mis en avant, je trouve que dans le monde équestre l’attention est quasi systématiquement porté sur le cheval, en bon (soins, méthode de travail plus éthiques,…) comme en moins bon (le harnachement pour pallier à des manques de ‘travail’, l’osteo ou le dentiste des qu’il y a problème de ‘mise en main’,…). Par contre, très peu d’attention est accordé au cavalier. Comment est-il physiquement, mentalement, emotionellement ? Trop peu de remise en question, d’échauffement, de travail sur soi pour une meilleure conscience de ses tensions, émotions, mouvements…. Comme dit dans l’article, comment peut-on demander aux cheval d’être en pleine forme physique, mentale et émotionnelle si en tant que cavalier on ne fait pas le même travail. Qui prend le temps avant de monter, de ‘dérouiller’ ou d’assouplir ses articulations pourtant fondamentale à cheval (bassin, charnière sacro lombaire, ceinture scapulaire, genoux, cheville)? Qui prend le temps de se recentrer sur soi et le couple formé avec le cheval avant de commencer une leçon ? Il existe pourtant des courants comme l’équitation centrée par exemple, qui va chercher dans les techniques comme Alexander, feldenkrais et le tai Chi des principes de base et des exercices de prise de conscience qui améliorent grandement les relations cavalier-cheval. Dommage que ce ne soit pas plus connu et répandu… J’ose espérer que c’est vers cette prise de conscience que nous allons de plus en plus.

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  5. Magnifique article je découvre enfin votre blog après notre rencontre savonesque!! Et je prends beaucoup de plaisir à lire vos articles. Belle découverte, il n’y a pas de hasard, bien à vous.

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