Décrypter un CMV (complément minéral vitaminé)

Le fourrage (herbe ou foin) n’apportant pas au cheval l’ensemble de ses besoins quotidiens en vitamines et minéraux, il est important de compléter les carences avec un complément minéral vitaminé (CMV, aussi appelé AMV, « A » pour aliment). La couverture en vitamines et minéraux permettra au cheval de conserver une bonne santé (poids, peau, corne, locomotion, immunité).

Attention, il s’agit ici de donner des grandes lignes de compréhension afin de comprendre la composition d’un CMV, pas de faire un calcul de ration, il est préférable de consulter un· nutritionniste pour cela (et je le vous le recommande, c’est hyper important).
Cet article ne substitue donc pas aux conseils de votre vétérinaire/nutritionniste.

Concernant les fonctions des vitamines et minéraux, je vous renvoie à cet article détaillé : Vitamines et minéraux : de quoi le cheval a-t-il besoin ?

Récolter des informations nutritionnelles sur les fourrages de sa région
Les nutritionnistes connaissent les valeurs moyennes par région, mais il est toujours intéressant de se renseigner soi-même sur la valeur nutritionnelle des fourrages de sa région, notamment sur la richesse en sélénium et magnésium.
Souvent, ces documents concernent l’élevage bovin, car ce sont eux qui font le plus d’analyses.

La composition
La première chose que doit afficher un CMV, c’est sa composition. Cela parait évident, mais certains CMV n’affichent pas ou trop peu d’informations et cela pose un gros problème quand le but est de faire un calcul.
Les CMV à base de plantes et d’algues sont aussi problématiques, car leur valeur nutritionnelle est variable, on ne sait donc pas avec exactitude ce que l’on donne au cheval.

Le rapport phosphocalcique
Ensuite, on rentre un peu plus dans l’analyse du produit et cela commence par le rapport Ca/Ph. Celui-ci dépendra de l’activité du cheval, de son âge et de son alimentation (100% fourrages ? apport en céréales ?). Il doit être compris entre :

  • 1,5 et 1,8 pour les chevaux en croissance ou au travail,
  • 2 pour les chevaux athlètes et les chevaux âgés.

Certains CMV auront un impact sur le rapport Ca/Ph, comme les compléments spéciaux « élevage » qui sont souvent riches en calcium et qui vont contrebalancer une ration de céréales riche en phosphore.
Certains vont au contraire apporter du phosphore et puis, d’autres n’auront aucun impact significatif.

Le magnésium
On lit souvent que les fourrages sont bien pourvus en magnésium, mais cela semble être de moins le cas avec les années, car les carences sont de plus en plus fréquemment observées chez le cheval. C’est donc une évaluation à faire au par cas.
Il semble aussi qu’une supplémentation en magnésium serait bénéfique aux d’insulinorésistants.

Besoins journaliers en magnésium pour un cheval de 500 kg : 7,5 g à 15 g
Il existe différentes sources de magnésium dont les degrés de concentration et d’absorption diffèrent :

Le (chlorure de) sodium
Le sodium, c’est du sel. Tous les CMV ne contiennent pas de sodium, c’est la raison pour laquelle, il est nécessaire de toujours laisser une pierre à sel à disposition voire d’en ajouter dans la ration.

Besoins journaliers en sodium : 20 à 40 g (les besoins peuvent augmenter en cas de fortes chaleurs)

Les vitamines
Les vitamines A, D et E sont les plus importantes dans la composition d’un CMV, l’ajout de vitamines B et C est un plus. L’apport de vitamine K est plutôt à éviter, car les besoins sont rares et le risque de surdose toxique n’est pas impossible.

Les besoins en vitamines A : entre 5000 et 1000 UI/100 kg PV, soit pour un cheval de 500 kg : 25 000 à 50 000 UI/jour.
Les besoins en vitamine D : entre 1000 et 2000 IU/100 kg PV, soit pour un cheval de 500 kg : +10 000 UI/jour. La vitamine D est toxique à haute dose.
Les besoins en vitamine E : 10mg/100kg PV, 20 mg/100 kg de PV en période de croissance et 300 mg/100 kg PV pour les chevaux en travail intense.

Les besoins en vitamine E peuvent fluctuer suivants les saisons ou le type de fourrage choisi : plus élevés si le cheval est au foin (hiver) et plus faibles s’il est à l’herbe (été).

Petit guide pour déchiffre les compositions :

  • vitamine B1 ou thiamine
  • vitamine B2 ou riboflavine
  • vitamine B3 ou PP ou niacine
  • vitamine B5 ou acide pantothénique
  • vitamine B6 ou pyridoxine
  • vitamine B8 ou biotine (certains fabricants donnent des taux en cmg pour donner l’impression d’une source élevée en B8)
  • vitamine B9 ou acide folique
  • vitamine B12 ou cyanocobalamine
  • vitamine C ou acide L-ascorbique

Le cuivre et le zinc
Ce sont certainement les deux oligo-éléments les plus importants d’un CMV.

Besoins journaliers en cuivre pour un cheval de 500 kg : 200 mg
Besoins journaliers en zinc pour un cheval de 500 kg : 600 mg

Il y a deux écoles concernant le ration idéal Cu/Zn :

  • selon Martin-Rosset, il se situe entre 0,15 et 0,25
  • selon Wolter, il se situe entre 0,33 et 0,4

A partir de ces données, on peut estimer la qualité d’un CMV, c’est-à-dire s’il est bien pourvu en cuivre et zinc et s’il est bien équilibré.

Les pommelures, des crins foncés et une belle qualité de corne peuvent être des signes d’une bonne couverture en cuivre et zinc.

Le sélénium
Le sélénium est un élément important qui fonctionne de paire avec la vitamine E.

Suivant l’intensité du travail, les besoins quotidiens sont évalués en 1,7 mg et 2,3 mg pour un cheval de 500 kg.

L’iode
L’iode est également un oligo-élément important, mais qui peut s’avérer néfaste à haute dose, cela vaut particulièrement pour les régions proches de la mer (attention donc avec les compléments contenant des algues).

Besoins journaliers en iode pour un cheval de 500 kg : 1,7 mg

Le manganèse
Une complémentation en manganèse est souvent citée comme inutile chez le cheval, car les carences sont rarement observées, mais elle peut être utile pour les chevaux en croissance, chez les reproducteurs ou les chevaux vivants sur un sol calcaire. A savoir aussi que certain·e·s auteur·e·s déconseillent les compléments qui en contiennent, car ils·elles jugent cela néfaste pour le cheval.
Dans tous les cas, les effets du manganèse sur le cheval restent assez mal connus, d’où les divergences d’opinion à son sujet.

Besoins journaliers en manganèse pour un cheval de 500 kg : 400 mg

Le fer
Le fer est un oligo-élément présent en excès dans l’alimentation du cheval, c’est pourquoi il est inutile et même néfaste d’ajouter du fer dans la ration du cheval, quelque soit son âge ou son niveau d’activité. En effet, l’excès de fer gêne l’assimilation du cuivre et du zinc et est un facteur d’insulinorésistance.

Besoins journaliers en fer pour un cheval de 500 kg : 400-500 mg
Quantité moyenne de fer par kilo dans l’herbe/foin : 100-400 mg

Le cobalt
Le cheval ne connait pas de carence en cobalt, donc la supplémentation n’est pas nécessaire et cet oligo-élément est toxique à haute dose.

Les acides aminés
La lysine et la DL-méthionine sont deux acides aminés qui sont souvent déficients dans l’alimentation.
On peut trouver certains CMV qui en ajoutent dans leur composition. Dans le cas contraire, il y a toujours la possibilité de les ajouter via un second complément.

La forme
Enfin au niveau de la forme, les blocs et les sceaux à lécher sont à éviter, car les chevaux ne savent pas se réguler. Il est préférable de choisir des petits granulés ou une poudre et d’organiser une distribution quotidienne.

Calculs et lectures utiles
Bien alimenter son cheval, c’est la base de tout. Il est important de se faire aider, mais je pense qu’il est aussi important de comprendre un peu les tenants et les aboutissants en matière d’alimentation équine par le biais de lectures, de stages, etc… Cela permet surtout ensuite d’avoir une grille d’évaluation et de lecture du cheval un peu plus avancée et certainement plus objective que les ont-dits des écuries.

Les auteurs que je recommande :

  • Juliet Getty,
  • Eleanor Kellon,
  • Roger Wolter,
  • et tous les articles que vous pouvez lire sur la nutrition équine (souvent en anglais, mais gratuits).