Les aliments dits « complets » apportent-ils bien tout ce qu’il faut au cheval ?

Nous avons souvent pour habitude d’acheter des aliments complets pour nos chevaux, mais sont-ils la panacée ? Couvrent-ils les besoins journaliers ? Peuvent-ils être nocifs ?

Ceci est le partage de mon analyse et expérience personnelle, ce n’est pas l’avis d’un·e professionnel·lle et vous êtes libres de ne pas le partager.

Je me suis posée beaucoup de questions sur l’alimentation du cheval, j’ai épluché des livres anglo et francophones, lu beaucoup d’articles sur la question et aussi et surtout analysé en détails plusieurs dizaines d’aliments et CMV.
Je ne suis pas pro, mais j’ai pris le temps d’apprendre (en autodidacte) dans le but d’améliorer le bien-être de mon cheval.

Un de mes exercices préférés est d’analyser les aliments ou CMV du marché (j’y ai passé des heures 😉 ).
Voici comment je procède.

Première observation : la transparence

Forcément pour vendre leurs produits, les marques ont recours à la communication et au marketing et ce n’est pas un mal, mais parfois cela manque un peu d’éthique : discours pompeux pour perdre l’acheteur, une image « haut niveau » pour des produits peu qualitatifs, etc…

Mais le pire pour moi, c’est le manque de transparence.
Elle porte principalement sur l’origine des ingrédients (par exemple si le soja est de source OGM ou non) et sur l’étiquetage (composition ou valeurs nutritionnelles). Vous verrez, toutes les marques n’affichent pas toujours clairement ces informations.
Personnellement, je veux savoir ce que je donne à mon cheval, donc si la marque n’est pas transparente, elle est écartée de la liste.

Deuxième observation : le choix des ingrédients

La qualité et le choix des ingrédients est forcément un point crucial dans le choix d’un aliment. Certaines marques vont sélectionner des ingrédients de première qualité tandis que d’autres vont miser sur un maximum de sous-produits comme les sons, les téguments, les marcs, les mélasses…

Il n’y a pas forcément de meilleurs ou de mauvais ingrédients, cela dépendra surtout de ce que l’on cherche, de l’état corporel du cheval et de son activité. Je dirais seulement qu’une bonne composition est plutôt courte et faite à partir d’ingrédients naturels peu ou pas transformés.

Toutefois, la liste des ingrédients nous permet de faire une première analyse sur le rapport qualité/prix du produit : les ingrédients nobles ou issus de filières contrôlées sont plus coûteux alors les sous-produits sont plutôt bon marché. C’est donc à une évaluation à mettre en corrélation avec le prix du sac.

Troisième observation : les macronutriments

Les macronutriments ce sont les sucres et l’amidon, les protéines et les lipides.

Les valeurs recherchées dépendront de l’état corporel du cheval, de son âge et de son activité.

Il faudra cependant faire attention aux taux de sucres et d’amidon : le sucre parce qu’il provoque des pics de glycémie et l’amidon parce qu’il est mal digéré par le cheval (risque de colique).

Quatrième observation : les micronutriments

Là, on va dire que c’est LE point d’analyse qui nous intéresse.

J’ai analysé plusieurs dizaines d’aliments (loisirs, sport, élevage) avec ou sans céréales.
Pour faire mon calcul, j’ai monté un tableau Excel dans lequel j’analyse les valeurs des micronutriments (calcium, phosphore, iode, cuivre, zinc, vitamines, etc.) ainsi que les teneurs en lysine et méthionine.

J’entre ensuite le poids du cheval et la quantité d’aliment distribuée, l’activité du cheval (légère ou modérée), puis j’évalue la couverture des besoins.
Ce que j’ai pu ressortir de cette analyse est plutôt mitigé.

Les points positifs observés :

  • l’apport en protéines assez élevé pour certains aliments,
  • les apports et le ratio en calcium et phosphore sont plutôt corrects,
  • les aliments sont bien pourvus en vitamines (sauf E pour certains).

Les points négatifs observés :

  • les valeurs en vitamine E peuvent être trop basses par rapports aux valeurs souhaitées,
  • les taux de cuivre et de zinc ne sont presque jamais couverts : le cheval est donc toujours exposé à des carences,
  • les ratios cuivre/zinc ne pas toujours corrects (que ce soit celui de Martin-Rosset ou de Wolter),
  • les taux de fer sont parfois explosifs : cette complémentation en fer est inutile voire néfaste, car le cheval y est sur-exposé (article sur les effets d’une surdose en fer). L’excès de fer bloque entre autres, l’assimilation du cuivre et du zinc qui manquent déjà cruellement,
  • certains aliments ne couvrent pas assez les besoins en iode et sélénium,
  • les apports en magnésium peuvent être en deçà des valeurs souhaitées, sauf si l’on est sûr des valeurs de son fourrage.

Cinquième observation : le coût journalier

Il faut rappeler qu’un concentré a en plus du fourrage, pour objectif :

  • d’apporter de l’énergie,
  • de fournir des protéines de qualité,
  • de combler des carences en vitamines et minéraux.

Pour le premier point, tous les aliments cochent dans la case.
Pour le deuxième, on peut déjà fait un certain tri.
Enfin pour le troisième, très très peu d’aliments passent à travers l’entonnoir. Du coup dans la pratique, il est souvent nécessaire d’ajouter un CMV en plus du concentré, ce qui représente un surcoût.

Nourrir son cheval avec des aliments « tous prêts » est ce qu’il y a de plus onéreux. Et comme nous l’avons vu, certains besoins peinent à être couverts, ce qui peut demander l’ajout d’un ou de plusieurs autres compléments.
En fin de calcul, le coût journalier peut donc être assez conséquent, ce qui remettra certainement en doute la viabilité de la ration.

Est-ce que les aliments complets sont-ils vraiment complet et finalement utiles ?

Les aliments sont des sources supplémentaires d’énergie, de protéines et de graisses, mais ils s’avèrent rarement équilibrés sur le plan des micronutriments.

Un autre élément important que l’on sous-estime souvent, c’est le fourrage.
Si le fourrage est médiocre ou sous-distribué, cela ne servira pas à grand chose de miser sur le meilleur des aliments pour compenser un manque d’état ou de muscles par exemple.

On a aussi l’idée que distribuer un aliment complet est nécessaire et normal. Cela nous donne aussi une impression de bien faire.
Or, la majorité des chevaux, même ceux qui travaillent, qui sortent en compétition ou qui sont à l’élevage peuvent être nourris avec du fourrage et quelques compléments : une source d’oméga-3, des protéines et un CMV.
Et lorsque les chevaux ont besoin de plus, on peut simplement réaliser son propre mélange « maison » à base d’ingrédients simples.

Mon conseil : apprendre les bases de la nutrition et consulter un·e nutritionniste indépendant·e pour faire les bons choix.