Parasitisme équin : les nouveaux protocoles de vermifugation

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Mise à jour : avril 2016

Le parasitisme n’est pas un sujet à prendre à la légère et souffre trop des effets collatéraux liés à l’automédication, consultez votre vétérinaire.

Rappel : un vermifuge a une action répulsive contre les parasites internes, un vermicide a pour action de les tuer.

Instinct naturel
Dans la nature, les animaux ont des comportements de vermifugation naturelle : certains singes enroulent une feuille qu’ils choisissent avec soin afin d’agripper les vers dans l’intestin, d’autres ingèrent des plantes spécifiques afin de les intoxiquer.
Pour lutter contre les parasites externes, certaines espèces décident se badigeonner de poison (les lémures macao mordillent des scolopendres afin d’étaler sur leurs poils le venin secrété par l’animal) ou de plantes fortes (le hérisson peut prendre de la menthe qu’il s’étale sur le corps pour faire fuir les parasites). Autre exemple non lié au parasitisme : celui des perroquets qui vont prélever une argile particulière afin de réguler les toxines ingérées dans leur alimentation. Les animaux ont donc compris que la nature met à leur disposition bon nombre de médicaments, et cette pharmacie animale est aujourd’hui elle-même étudiée par les grands groupes du secteur. Le problème pour nos chevaux, c’est qu’ils ne disposent pas de cette pharmacie naturelle, car ils vivent en général dans des environnements peu diversifiés.

Perroquets prélevant de l'argile.
Perroquets prélevant de l’argile.

Parasitisme et surparasitisme
Il est normal que les chevaux hébergent des parasites digestifs, c’est seulement lorsque le nombre de parasites dépasse un certain seuil qu’il est question de surparasitisme. Ne rien faire face à cette surpopulation parasitaire est risqué, car elle peut mettre à la mal la santé générale du cheval et dans de graves cas, causer sa mort. A cause de ce risque, nous avons largement pratiqué et banalisé la vermifugation, traitant tous les animaux, quelque soit leur niveau de parasitisme. Malheureusement, tout comme c’est le cas avec les antibiotiques, les parasites sont devenus aujourd’hui très résistants aux molécules chimiques et certains ont même mutés pour mieux résister (enkystement). En effet, l’utilisation massive et systématique des vermicides éliminent les parasites faibles, il ne reste donc plus que les parasites les plus résistants qui continuent de se développer tout en transmettant leur pouvoir de résistance aux futures générations. Plus nous utilisons de vermicides, plus nous augmentons ce phénomène. Cette résistance est si importante que la rotation des molécules que l’on prônait hier, n’est plus efficace aujourd’hui.
L’autre problème avec les vermicides c’est que l’on en a rendu les chevaux dépendants et que leur utilisation abusive a également des effets néfastes sur l’organisme. En effet, un vermicide n’est ni anodin, ni bénin, et peut avoir des répercussions plus ou moins graves, comme un déséquilibre soudain du microbiote intestinal (libération de toxines par les individus morts) déclencheur de colique. Le système immunitaire du cheval réside principalement dans son intestin, si on le bombarde de traitements chimiques, cela peut affaiblir, mais surtout cela l’en rend dépendant, car il n’est plus capable de se défendre lui-même.
L’enjeu n’est donc plus de surmédicaliser le cheval, mais de veiller à maintenir un seul parasitaire acceptable parce qu’un cheval en bonne santé est en équilibre avec ses parasites.

Vermifugation raisonnée
Le surparasitisme cible le plus souvent les chevaux affaiblis (jeunes, vieux, malades, stressés, ayant subis un choc psychologique, etc.), tous les individus ne sont donc pas touchés, en effet :

  • 80% des parasites se situent à l’extérieur de l’organisme du cheval, dans l’environnement,
  • dans un groupe de chevaux, 20% des individus abritent 80% des parasites,
  • les chevaux dominés sont plus parasités que les dominants : une hypothèse est un meilleur accès à la nourriture des dominants et la relégation des dominés sur des zones de refus plus infestées de larves ; elle constate aussi que les individus les plus « sociables » qui ont le plus grand nombre de partenaires sont moins parasités. Ces données préliminaires sont à confirmer sur un plus grand nombre d’animaux,
  • les chevaux au box sont peu exposés.

La meilleure prévention contre les parasites internes passe donc par la gestion environnementale, plus que par les vermicides, pour cela l’entretien des pâtures est indispensable : éviter le surpâturage, ramasser les crottins, faire tourner plusieurs espèces, broyer les refus et herser le pré par temps sec, drainer les zones humides…

La prairie héberge 80% des parasites, c'est donc chez elle où tout se joue.
La prairie héberge 80% des parasites, c’est donc chez elle où tout se joue.

Les résistances sont principalement localisées sur les petits strongles, les molécules encore efficaces sont la moxidectine et l’ivermectine. Les molécules de la famille des benzimidazoles sont de moins en moins efficaces.

Les nouveaux protocoles vétérinaires préconisent :

  • ne pas traiter les chevaux tous en même temps et avec le même protocole, mais suivre le taux de parasitisme du lieu de vie des chevaux en fonction des résultats coprologiques, puisque 20 à 30% des chevaux d’un troupeau hébergent 80% de la population parasitaire. Il est donc insensé de traiter tous les chevaux à la même fréquence,
  • établir un protocole personnalisé de vermifugation avec le vétérinaire, en fonction des résultats coprologiques effectués au minimum deux fois par an (avec si possible une prise de sang annuelle), de l’environnement et du climat, et concentrer les actions sur les chevaux touchés,
  • les poulinières n’ont pas de protocole spécifique. Pour les poulains, ils ne doivent pas être traités avant 2 mois, après cet âge, ils pourront être traités avec un protocole de 2 à 4 vermicides durant leur première année,
  • vermifuger au printemps et à l’automne, l’hiver étant une période à faible risque,
  • éviter d’utiliser des vermicides qui ont perdu de leur efficacité.

Ce mode de fonctionnement est certes, moins pratique, mais en réalité il s’avère plus économique.
L’impact sur l’écosystème est aussi à prendre en compte, car là aussi, l’utilisation des vermicides (ivermectine et moxidectine principalement) a d’autres répercussions, notamment sur les insectes coprophages.
SUITE DE L’ARTICLE

Les molécules chimiques toxiques trouvées dans les crottins affectent les insectes qui s'en nourrissent.
Les molécules chimiques toxiques trouvées dans les crottins affectent les insectes qui s’en nourrissent.

Face aux résistances, les scientifiques s’intéressent aussi aux plantes vermifuges
Des chercheurs australiens ont isolé 37 plantes et étudiés leurs effets sur les populations de vers. Les scientifiques espèrent cibler les composants chimiques utiles qui pourront être utilisés dans les protocoles de vermifugation. Les recherches ne font que débuter, mais sont de bonnes augures.
Une étude germanique a révélé des propriétés vermifuges dans la noix de coco et l’oignon. Sur un échantillon de 20 chevaux infestés par des vers plats et des vers ronds, les chercheurs ont élaboré deux traitements à base d’oignons pulvérisés sous forme de particules et de noix de coco en poudre. Des analyses coprologiques ont ensuite été effectuées à plusieurs jours d’intervalle, et les résultats ont montré une très forte baisse du nombre d’œufs. Cette étude encourageante ouvre la porte à de nouveaux traitements qui permettront de lutter contre la résistance des parasites aux traitements chimiques.

Phytothérapie et aromathérapie
Voici une liste de vermifuges à base de plantes et/ou d’huiles essentielles :

Bibliographie :

  • Hilary Page Self, Des plantes pour soigner mon cheval, Zulma, 2011

Pour aller plus loin :

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