L’équitation « dure » vs l’équitation « molle », à quand un juste milieu ?

Bon. Je ne sais pas trop comment commencer cet article, mais j’ai envie de pousser un petit coup de gueule parce que je fais cette observation depuis trop longtemps et que l’avenir de l’équitation commence à m’inquiéter.

Je pense que je dois (re)poser un peu le contexte de qui je suis et quelle est mon équitation avant d’entamer le sujet.

Je suis cavalière amatrice et il y a plus de 10 ans je me suis formée auprès d’Isa Danne pour apprendre les principes et techniques de l’Equitation Classique.
Je suis propriétaire d’un poney D que j’ai débourré moi-même et seule. Je monte 4 à 6 fois par semaine sur de courtes séances afin de gymnastiquer mon cheval et d’atteindre un jour quelques mouvements de haute école.

Je ne fais pas de compétition et je vis un peu comme une ermite, mais je ne suis pas pour autant déconnectée du monde du cheval : je me rends sur les terrains de concours dans diverses disciplines (saut d’obstacles, dressage, équitation de travail, équitation américaine…), je regarde des démonstrations en tant qu’auditrice libre… Bref, je sors.

Je passe aussi du temps sur les réseaux sociaux, je regarde ce qui m’est proposé, comme du contenu type « équitation de compétition » ou du contenu type « équitation alternative ».

Concernant ma vision de l’équitation, je vais être catégorique et cela biaisera forcément cet article, mais selon moi il n’y a qu’une seule façon correcte de monter à cheval, c’est l’Equitation Classique. En effet, les mouvements de haute école ne sont pas seulement faits pour faire joli ou pour recréer les mouvements naturels du cheval (même s’ils sont aussi cela), ce sont des exercices qui visent à rendre le « cheval porteur ». C’est une équitation anti « cheval sur les épaules ». On cherche un cheval léger, souple, qui exécute les mouvements de manière symétrique et capable de porter son cavalier. Selon moi, c’est la base et l’objectif ultime que tout cavalier devrait avoir.

Ma discipline de prédiction est le dressage, je vais surtout parler de dressage ici.

Durant ces dernières (15 ?) années, j’ai l’impression que le dressage s’est scindé en deux grands groupes : d’un côté, ceux qui en font trop, plus portés par adrénaline que l’envie de bien faire et de l’autre côté, ceux qui n’osent plus rien faire porté par un espèce de rêve équestre.
Je schématise évidemment, il y a des variables et des exceptions des deux côtés.

Bien sûr, il est révoltant que des chevaux soient rollkurés et finissent avec des langues bleues, mais l’alternative ce n’est pas non plus monter des chevaux mous en déséquilibre avant.

Quand je regarde le monde de « l’équitation alternative », je vois une quantité problématique de personnes se targuant « professionnelles » ne faisaient pas ou peu de démonstrations de leurs compétences techniques. On les voit avec des chevaux, mais rarement ou brièvement à cheval. Or l’équitation, ce n’est pas seulement faire de jolies photos dans la forêt… Les chevaux ne sont pas faits pour porter du poids et encore moins de porter du poids sans condition physique. Et c’est là, tout le challenge d’un cavalier-entraineur : savoir construire un programme d’entraînement, savoir à quels moments on dépasse la zone de confort, quelle est la dose d’effort à demander, etc. Vaste programme.

On ne peut pas et on ne devrait pas monter à cheval sans avoir en tête l’objectif de lui construire une bonne condition physique.

J’ai en tête par exemple une pro en dressage R+ qui propose comme démonstration de son savoir-faire de marcher au pas le long de barres au sol. Parmi tout son marketing, c’est l’une des seules choses que l’on peut voir, on ne la voit pas galoper et on la voit encore moins piaffer.

Je pourrais aussi raconter la fois où j’ai assisté à une journée entière de démonstration donnée par des enseignants professionnels. Une journée où il était question de présenter une équitation alternative reposant sur les préceptes classiques. Pendant toute cette journée, il y a eu beaucoup de blablas et peu de vrai travail avec les chevaux.
Plus de la moitié de la journée était consacrée à du travail à pied assez basique avec quelques mouvements de deux pistes (par des enseignants pros je vous le rappelle). Durant ces travaux de deux pistes, les chevaux n’étaient pas rassemblés, ce qui était recherché c’était de cocher les cases qui permettent de reconnaitre une épaule en dedans d’un travers, mais il n’y avait aucune exigence quant à la qualité du mouvement (équilibre, rassembler, impulsion…).
Enfin, lorsque nous avons eu enfin la partie montée, nous avons eu le droit à 1 foulée (et je n’exagère pas) d’épaule en dedans au pas. Et lorsque cette foulée a été obtenue, tout le public a applaudi. Je ne vous dis pas ma tête à ce moment-là. Moi, petite cavalière amatrice avec mon poney (trop gros à l’époque en plus), j’aurais pu faire le tour complet en épaule en dedans avec un cheval en cession de mâchoire tout le long. Tiens, à qui ça parle encore la cession de mâchoire ?

Encore aujourd’hui, quand je regarde les contenus promotionnels de cette école, je vois surtout des professionnels qui espèrent atteindre le niveau de haute école, mais voilà, on est que dans niveau de « l’espoir ». Leurs chevaux réalisent quelques bases classiques (mais sans véritable rassembler et sans impulsion), mais ne vont pas plus loin.

Comment on peut espérer sauver l’équitation et les chevaux en ayant des objectifs aussi nuls ? Parce que oui, désolée mais à un moment, il faut le dire le mot, c’est nul.

On dénonce le sur-entrainement, mais on peut aussi débattre des problèmes liés au « sous-entrainement ».

Oui, demander peu à un corps ne risque pas trop de l’abîmer, mais cela n’est pas pour autant idéal. Laisser un cheval se déplacer mollement, sans lui demander de se gainer est aussi un cheval en déséquilibre, c’est aussi un cheval incapable de construire un corps fort et porteur.

A quand un juste milieu ?

Je suis tombée dans l’Equitation Classique, il y a plus 10 ans. Avant cela, j’ai pédalé dans la semoule pendant des années en espérant un jour atteindre ces sensations nuageuses d’un cheval en équilibre. Je sais ce que c’est d’espérer atteindre un certain rêve équestre et j’ai eu la chance de rencontrer Isa Danne au bon moment et au bon endroit. Aujourd’hui, je continue d’apprendre, de me questionner, je fais aussi et encore des erreurs, mais je suis en paix avec le sujet « équitation ».

Je ne sais pas pourquoi l’Equitation Classique est si rare, c’est une question que je me pose souvent. Selon moi, c’est pourtant la seule technique qui allie performance et respect du cheval. Bien sûr, tout n’est pas rose, il faut garder son sens critique et puis trouver un bon enseignant, mais d’un point de vue performance et respect de la santé physique et mentale du cheval, aucune autre technique ou école n’atteint ce niveau.

De bons enseignants et/ou cavaliers, ils n’y en a pas beaucoup, mais il y en a. Je peux au moins citer Isa Danne, Eric Augereau, Manuel Borba Veiga, Gonçalo Linhas, Sonja Weber (et d’autres).

Que peut-on conclure de cet article ?

Je ne sais pas quel est l’avenir de l’équitation, mais je m’inquiète. On relève encore d’énormes abus sur les terrains, certaines associations aimeraient que l’on ne monte plus à cheval mais de l’autre côté, les alternatives qui « buzzent » sont des équitations molles qui se trompent dans leur objectif équestre.

Je ne changerai pas le monde avec cet article, mais j’aimerais voir davantage de contenus intelligents se développer autour de l’équitation. On sait reconnaitre un cheval maltraité, on ne sait pas reconnaitre un cheval qui travaille à haut niveau de manière correcte. D’ailleurs, on commence même à confondre souffrance et effort physique.

Ce serait bien avec l’ère numérique que l’on commence à approfondir la question : c’est quoi bien monter à cheval ?