Les secrets de la longévité du vieux cheval

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Mise à jour : juin 2016

Plaidoyer pour le vieux cheval
Un vieux cheval est un cheval avant tout. On dit que l’âge le rend difficile à entretenir, qu’il coûte cher… Ce sont des fausses excuses qui masquent une vérité bien plus triste : le fait qu’on ne veuille plus débourser autant d’argent pour un animal qui n’est plus utile, ou plus précisément qu’il n’est plus exploitable sous la selle. Il suffit de voir les chevaux qui logent dans les écuries : ce sont tous ou presque des chevaux montables, il n’y a pas (ou peu) de retraités. Pourtant, si l’on considère le box comme un mode d’hébergement confortable, pourquoi il ne serait-il pas pour un retraité ?
L’autre problème est la définition que l’on fait de la retraite, qui n’est pas véritablement une retraite, mais plutôt un repos forcé voire anticipé, lorsque le corps du cheval n’est plus capable de supporter les entraînements contraignants (arthrose, arthrite, tendinite…).
On peut aussi parler du manque de soins qui touchent une bonne part de vieux chevaux, surtout quand ces derniers sont justifiés par soucis de faire des économies, le fameux  : »le cheval est au pré, ne travaille plus, donc un parage 1 ou 2 fois par an ça suffit ».
Il y a aussi l’abandon, direct ou indirect (le propriétaire qui ne vient pas ou rarement), révélateur de la pseudo complicité homme-cheval puisque basée sur l’utilitarisme : « je m’occupe de toi, tant que tu me sers à quelque chose ». Je vais être directe, mais laisser croupir au fond d’un pré, un cheval qui a été choyé toute sa vie, c’est le laisser mourir à petits feux.
Le cheval âgé est un cheval comme les autres, il a besoin de soins, d’attention, d’une alimentation adaptée et de faire régulièrement de l’exercice. C’est un animal précieux, à la fois sage et espiègle mais qui surtout, se fait un plaisir de partager son expérience à qui veut bien l’écouter. Il a beaucoup à donner, et nous à recevoir, alors ne le négligeons pas !

Parlons maintenant de l’entretien du vieux cheval.

Les causes de mortalité du cheval âgé
Hier, on considérait un cheval senior lorsque celui-ci atteignait les 15 ans, mais avec l’amélioration des conditions de vie, on place désormais cet indicateur à 20 ans. Pour avoir une idée de l’âge d’un cheval comparé à l’âge d’un humain, voici un petit tableau. Dans une étude américaine récente menée sur 241 chevaux de plus de 15 ans a montré les principales causes de mortalité :

  • 50% sont dues à des maladies du système digestif,
  • 12,9% à l’hypophyse, 10% au système locomoteur, 7,9% au système nerveux 4,6% maladies cardiovasculaires, 4,6% au système urinaire, 4,2% au système reproducteur, 4,2% au système respiratoire, 4,2% au système tégumentaire,
  • 18,7% au cancer,
  • 47,7% des 65 des chevaux atteints de PPID (cushing) ont été euthanasiés pour cette raison.

SOURCE : What’s New in Old Horses? Postmortem Diagnoses in Mature and Aged Equids

Ces résultats montrent que si certains diagnostics sont difficilement évitables, on peut toutefois réduire certains risques, surtout en ce qui concerne le système digestif.

L’alimentation
Concernant l’alimentation, on pensait que le processus de vieillissement influençait les capacités d’absorptions, mais il semblerait que les vieux chevaux en pleine santé digèrent tout aussi bien que des chevaux adultes, ce qui signifie que les aliments spécifiques ne sont pas forcément nécessaires. En finalité, le choix de l’alimentation dépendra toujours de chaque individu, en particulier si on a à faire à un :

  • hardkeeper, cheval qui a du mal à prendre du poids : parasitisme, ulcères, microbiote intestinal amoindri, infection au foie ou aux reins, dentition (cheval édenté). Voici quelques conseils pour faire prendre du poids à un cheval,
  • easykeeper, cheval en surpoids voire obèse : métabolisme lent, risque de SME et/ou de cushing.

Suivant que le cheval se trouve dans l’une ou l’autre configuration, la ration ne sera pas la même, mais il faut partir dans l’idée qu’un cheval quelque soit son âge peut être nourri exclusivement avec des fourrages et un complément minéral vitaminé. Les concentrés ne constituent donc pas la première option pour nourrir un cheval, surtout quand ces derniers augmentent le risque de coliques s’ils ne sont pas fractionnés en plusieurs repas. Sauf pathologies particulières (maladie, mauvaise mastication), un vieux cheval n’est pas plus difficile à nourrir qu’un autre, pour autant que sa ration couvre ses besoins, notamment en vitamines et minéraux (hé oui, j’insiste).
Quelques grandes lignes sur l’alimentation :

  • viser une ration avec ratio phosphocalcique à 2,
  • privilégier une alimentation à base de fourrages. L’herbe fraîche est bonne source d’oméga-3 qui jouent un rôle dans la réduction de l’inflammation (soutien des articulations, muscles, système cardio-vasculaire, respiratoire, et immunitaire). Si le cheval est édenté, on peut le complémenter avec des pellets de foin humides,
  • fournir les besoins en vitamines et minéraux essentiels au bon fonctionnement de l’organisme, notamment de son immunité,
  • éviter les excès d’amidon et certaines céréales difficiles à digérer comme le maïs,
  • pour les concentrés, opter pour des préparations faciles à mâcher. Par exemple, certains aliments incluent des fibres de luzerne (ou encore du bambou), mais selon leur mode de préparation, ces pousses peuvent être abrasives pour la bouche et l’œsophage.

Les compléments alimentaires ne doivent être administrés que lorsqu’ils sont nécessaires : avant de céder à la sur-consommation de produits en tout genre, il faut d’abord jeter un œil à l’équilibre de la ration.

Il faut également aborder la sujet du poids corporel qui doit être maintenu à un niveau optimal. En effet, on voit beaucoup de propriétaires ravis de voir leur vieux cheval en surpoids voire obèse, cette image d’Epinal de la bonne cantine n’est absolument pas un signe de bonne santé puisque cet excédent de poids fatigue le squelette (arthrite, arthrose) et augmente le risque d’insulinorésistance et de fourbure (des signes cliniques qui peuvent indiquer un SME ou un cushing).

Les soins courants
Il est très important de poursuivre les mêmes soins que durant sa jeunesse. Plus les soins tardent à être faits, plus il y a des risques que la facture s’allonge… Voici donc les soins courants :

  • l’entretien des pieds est primordial, car l’âge augmente le risque de lésions ligamentaires et tendineuses ainsi que la fourbure,
  • le taux de parasitisme doit être suivi grâce à des coproscopies régulières, et ce, afin d’éviter les traitements lourds qui sont moins bien supportés par l’organisme vieillissant du cheval,
  • l’entretien des dents doit être également réalisé régulièrement. A savoir qu’une fois le cheval édenté, il devient compliqué et onéreux de nourrir un vieux cheval, d’où l’intérêt d’entretenir et de surveiller régulièrement les dents de ce dernier. Avec l’âge, le cheval est également plus exposés au risque d’obstruction œsophagienne.

Vie sociale et espace de vie
Tout comme n’importe quel autre cheval, le cheval âgé a besoin de s’épanouir dans un environnement adapté, riche, au contact d’autres chevaux. Certains vieux chevaux peuvent être chahutés dans certains groupes de chevaux, il convient de placer ces chevaux dans des groupes plus calmes, mais cela ne veut pas dire qu’il faut tomber dans le piège en composant des groupes de seniors, car la diversité d’un groupe offre davantage de stimulations physiques et sociales.

Les équipements indispensables
En automne et en hiver, il faut prévoir la couverture, car le cheval âgé est plus sensible aux mauvaises conditions météorologiques (fortes chaleurs et froid humide) et doit pouvoir face aux aléas climatiques sans puiser dans son capital physique grâce à un abris de qualité et/ou une couverture adaptée. Elle est indispensable aux chevaux qui ont des douleurs articulaires (surtout au dos) pour éviter qu’ils ne se crispent avec le froid et l’humidité.
Durant les beaux jours, un masque anti-mouches et anti-UV assure une protection très confortable pour le cheval. Là encore, pour les chevaux souffrant de douleurs cervicales, le masque les soulage, car ils ne se mettent plus à agiter leur tête dans tous les sens. La protection anti-UV protège les yeux du soleil qui deviennent plus fragiles avec l’âge.

L’activité physique
Un vieux cheval a besoin de conserver une activité physique adaptée à sa condition et à ses éventuels problèmes locomoteurs. L’exercice permet de conserver une souplesse locomotrice et préserve le moral, comme le travail à pied en filet ou quelques balades. Un cheval non-entretenu perd de sa condition physique, pour les chevaux atteints d’arthrose, l’exercice est même une question de survie. N’oublions pas : une retraite active est le meilleure moyen pour rester en bonne santé et d’accroître sa longévité !

Bibliographie :

  • François Heitz, La bible des soins naturels pour le cheval, le poney et l’âne, Ulmer, 2014
  • Juliet Getty, Aging Horse: Helping Your Horse Grow Old with Dignity and in Health, CreateSpace Independent Publishing Platform, 2013

Pour aller plus loin :

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5 réflexions sur “Les secrets de la longévité du vieux cheval

  1. 21 aussi et une santé de fer !
    j’ai l’impression d’avoir un poulain de 600 kilos a la maison !
    Plus aucun elements chimiques ou nocifs , tout soins aux plantes et je me rapproche le plus de son etat naturel pour qu’il vive correctement ! :)

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