Les secrets de longévité du vieux cheval

Plaidoyer pour le vieux cheval
Un vieux cheval est un cheval avant tout. On dit que l’âge le rend difficile à entretenir, qu’il coûte cher… Ce sont des fausses excuses qui masquent une vérité bien plus triste : le fait qu’on ne veuille plus débourser autant d’argent pour un animal qui n’est plus utile, ou plus précisément qu’il n’est plus exploitable sous la selle. Il suffit de voir les chevaux qui logent dans les écuries : ce sont tous ou presque des chevaux montables, il n’y a pas (ou peu) de retraités. Pourtant, si l’on considère le box comme un mode d’hébergement confortable, pourquoi ne serait-il pas pour un retraité ?

L’autre problème est la définition que l’on fait de la retraite, qui n’est pas véritablement une retraite, mais plutôt un repos forcé voire anticipé, lorsque le corps du cheval n’est plus capable de supporter les entraînements contraignants (arthrose, arthrite, tendinite…). La conséquence peut-être de nos lacunes techniques ?

On peut aussi parler du manque de soins qui touchent une bonne part de vieux chevaux, surtout quand ces derniers sont justifiés par soucis de faire des économies, le fameux  : »le cheval est au pré, ne travaille plus, donc un parage 1 ou 2 fois par an ça suffit ».

Il y a aussi l’abandon, direct ou indirect (le propriétaire qui ne vient pas ou rarement), révélateur de la pseudo complicité homme-cheval puisque basée sur l’utilitarisme : « je m’occupe de toi, tant que tu me sers à quelque chose ». Je vais être directe, mais laisser croupir au fond d’un pré, un cheval qui a été choyé toute sa vie, c’est le laisser mourir à petits feux, il n’y pas d’amour là-dedans.

Le cheval âgé est un cheval comme les autres, il a besoin de soins, d’attention, d’une alimentation adaptée et de faire régulièrement de l’exercice. C’est un animal précieux, à la fois sage et espiègle mais qui surtout, se fait un plaisir de partager son expérience à qui veut bien l’écouter. Il a beaucoup à donner, et nous à recevoir, alors ne le négligeons pas !

Parlons maintenant de l’entretien du vieux cheval.

Les causes de mortalité du cheval âgé
Hier, on considérait un cheval senior lorsque celui-ci atteignait les 15 ans, mais avec l’amélioration des conditions de vie, on place désormais cet indicateur à 20 ans. Pour avoir une idée de l’âge d’un cheval comparé à l’âge d’un humain, voici un petit tableau.

De quoi meurent nos vieux vieux chevaux ? Dans une étude américaine récente menée sur 241 chevaux de plus de 15 ans, les chercheurs ont relevés que :

  • 50% des décès sont dus à des maladies du système digestif, 12,9% à l’hypophyse, 10% au système locomoteur, 7,9% au système nerveux 4,6% maladies cardiovasculaires, 4,6% au système urinaire, 4,2% au système reproducteur, 4,2% au système respiratoire, 4,2% au système tégumentaire, 18,7% au cancer,
  • 47,7% des 65 des chevaux atteints de PPID (cushing) ont été euthanasiés pour cette raison.

Ces résultats montrent que si certains diagnostics sont difficilement évitables, on peut toutefois réduire certains risques, surtout en ce qui concerne le système digestif.

L’alimentation
Concernant l’alimentation, on pensait que le processus de vieillissement influençait les capacités d’absorptions, mais il semblerait que les vieux chevaux en pleine santé digèrent tout aussi bien que des chevaux adultes. Toutefois, pour que cela fonctionne, il faut que le cheval (comme n’importe quel cheval) reçoive une ration adaptée à ses besoins en s’appuyant sur son poids, son activité et son environnement.

La plupart du temps, quand on pense à « alimentation du cheval âgé », on pense « concentré », or un vieux cheval n’est pas forcément plus difficile à nourrir qu’un autre cheval, et souvent une ration foin + cmv suffit à couvrir ses besoins. Les concentrés ont des avantages, mais aussi des risques : les rations non fractionnées augmentent le risque de coliques et la concentration en amidon peut modifier la régulation glycémique (même sur les individus en bonne santé).
Quelques grandes lignes sur l’alimentation :

  • viser une ration avec ratio phosphocalcique à 2,
  • privilégier une alimentation à base de fourrages. L’herbe fraîche est bonne source d’oméga-3 qui jouent un rôle dans la réduction de l’inflammation (soutien des articulations, muscles, système cardio-vasculaire, respiratoire, et immunitaire). Si le cheval est édenté, on peut le complémenter avec des pellets de foin humides,
  • fournir les besoins en vitamines et minéraux essentiels au bon fonctionnement de l’organisme (maintien du poids, immunité…),
  • éviter les excès d’amidon et certaines céréales difficiles à digérer comme le maïs,
  • pour les concentrés, opter pour des préparations faciles à mâcher. Par exemple, certains aliments incluent des fibres de luzerne (ou encore du bambou), mais selon leur mode de préparation, ces pousses peuvent être abrasives pour la bouche et l’œsophage.

Les compléments alimentaires ne doivent être administrés que lorsqu’ils sont nécessaires : avant de céder aux sirènes du marketing, vérifier d’abord la justesse de la ration.

Pour le vieux cheval, la question du poids a une dimension encore plus particulière. En effet, on voit beaucoup de propriétaires ravis de leur vieux cheval en surpoids voire obèse, cette image d’Epinal de la bonne cantine n’est absolument pas un signe de bonne santé, car ces kilos excédentaires fatiguent le squelette (arthrite, arthrose) et augmente le risque d’insulinorésistance (qui peut indiquer un SME ou un cushing).

Les soins courants
Il est très important de poursuivre les mêmes soins que durant sa jeunesse. Plus les soins tardent à être faits, plus il y a des risques que la facture s’allonge… Voici donc les soins courants :

  • l’entretien des pieds est primordial, car l’âge augmente le risque de lésions ligamentaires et tendineuses ainsi que la fourbure,
  • le taux de parasitisme doit être suivi grâce à des coproscopies régulières, et ce, afin d’éviter les traitements lourds qui sont moins bien supportés par l’organisme vieillissant du cheval,
  • l’entretien des dents doit être également réalisé régulièrement. A savoir qu’une fois le cheval édenté, il devient compliqué et onéreux de nourrir un vieux cheval, d’où l’intérêt d’entretenir et de surveiller régulièrement les dents de ce dernier. Avec l’âge, le cheval est également plus exposés au risque d’obstruction œsophagienne.

Les équipements
En automne et en hiver, il faut prévoir la couverture, car le cheval âgé est plus sensible aux mauvaises conditions météorologiques (fortes chaleurs et froid humide) et doit pouvoir face aux aléas climatiques sans puiser dans son capital physique grâce à un abris de qualité et/ou une couverture adaptée. Elle est indispensable aux chevaux qui ont des douleurs articulaires (surtout au dos) pour éviter qu’ils ne se crispent avec le froid et l’humidité.

Durant les beaux jours, un masque anti-mouches et anti-UV assure une protection très confortable pour le cheval. Pour les chevaux souffrant de douleurs cervicales, le masque les soulage, car ils n’ont plus besoin d’agiter leur tête. La protection anti-UV protège également les yeux du soleil. Il faut savoir que 90% des vieux chevaux sont touchés par des problèmes oculaires.

Vie sociale et espace de vie
Tout comme n’importe quel autre cheval, le cheval âgé a besoin de s’épanouir dans un environnement adapté, riche, au contact d’autres chevaux. Certains vieux chevaux peuvent être chahutés dans certains groupes de chevaux, il convient de placer ces chevaux dans des groupes calmes, mais diversifié en âges afin d’offrir davantage de stimulations physiques et sociales.

L’activité physique
Un vieux cheval a besoin de conserver une activité physique adaptée à sa condition et à ses éventuels problèmes locomoteurs. L’exercice permet de conserver une souplesse locomotrice et préserve le moral, comme le travail à pied en filet ou quelques balades. Un cheval inactif perd de sa condition physique et pour les chevaux atteints d’arthrose, l’exercice est même une question de survie. N’oublions pas : une retraite active est le meilleure moyen pour rester en bonne santé !

Bibliographie :

  • François Heitz, La bible des soins naturels pour le cheval, le poney et l’âne, Ulmer, 2014
  • Juliet Getty, Aging Horse: Helping Your Horse Grow Old with Dignity and in Health, CreateSpace Independent Publishing Platform, 2013

Pour aller plus loin :

8 commentaires

  1. Bonjour,
    Très bel article. Beaucoup de gens croient que de laisser un cheval dans un pré pour sa retraite est une « bonne action » mais cela devient vite une forme de « maltraitance » due à l’ignorance de certaines personnes. Je viens de racheter le cheval que je montais dans mon club hippique. Il a 24 ans. Je continue à le monter : une fois par semaine (promenades) et les 2 autres fois : en licol pour se promener ou travail à pied. Le seul inconvénient est qu’il n’est jamais sorti seul donc la promenade se fait toujours avec un autre cheval.

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  2. Bonjour à souligner l importance du pansage notamment dans les périodes de mue qui fatiguent le cheval. Pour ma part j’ai partagé la vie d’un pur sang de ses 11 ans à ses derniers moments à 37 ans. J’ai relevé la difficulté pour la nourriture les dernières années en raison d’une dentition trop défaillante, du coup on lui mouillait la ration (granulés et son) et pour le fourrage elle se contentait de machouiller l herbe ou le foin qu’elle recrachait. Voilà une riche expérience et beaucoup de peine quand le cheval n’est plus là….

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  3. Je fais un vœu pour cette nouvelle année que tous les propriétaires d’équidés y compris les centres équestres et autres institutions en possédant, soient conscient ou le deviennent que désormais ils devront consider nos amis comme un être humain ou au mieux comme un animal de compagnie tel chien ou chat …Que l’on soigne et chéri jusqu’à la fin de sa vie …

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  4. Merci pour cette article. Tellement vu autour de moi. Et tellement dommage pour les chevaux. Ils ne sont pas les mobilettes que nous lâchons quands ils ne nous amusent plus.

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  5. Bonjour,
    je suis entièrement d’accord avec cet article. Propriétaire d’un cheval qui aura 30 ans en mai 2019, il vit au pré avec box ouvert et une pouliche d’1 an et demi depuis la perte de sa compagne qui avait 20 ans suite à des AVC. Il est monté en ballade et aime toujours sauter quelques petites barres. Il est paré tous les 2 mois et je le visite 2 fois par jour tout au long de l’année et quel que soit le temps. S’il neige, j’y vais en tracteur. Le véto vient tous les ans et il est vermifugé tous les 3 mois. Je n’ai rien changé à son alimentation, il est en pleine forme et joue avec la pouliche. Je dirais même qu’il a rajeuni depuis qu’il est avec la pouliche et j’en suis ravie car j’espère pouvoir le garder à la maison le plus longtemps possible….. Pour le moment, je ne rencontre pas de problème particulier. Il est bien vivant et en pleine santé…. Il ne me coûte pas plus cher en entretien et quand bien même…. nous avons passé tellement de bons moments ensemble qu’il me semblera normal d’assumer des frais supplémentaires comme on le ferait pour un humain. Je ne lui donne qu’un complément dans sa ration de granulés : de l’Harpagophytum pour un confort articulaire. Il n’a pas trop d’arthrose (un peu raide le matin seulement) et je trouve que ça lui fait du bien.
    J’espère que vous recevrez de nombreux témoignages comme celui-ci
    Quand on achète un cheval, on sait que c’est un « investissement » à long terme. Aujourd’hui, un cheval, s’il a été respecté et entretenu correctement, peut vivre jusqu’à 40 ans. Il faut le respecter, l’accompagner comme on aimerait l’être et quel plaisir de voir mon vieux cheval hennir dès que j’arrive, me suivre partout, me farfouiller dans les cheveux, les poches, me réclamer des gratouilles….. exactement comme quand il était jeune (l’année dernière) !!!!!
    Bien cordialement

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  6. Bonjour ! Bel article… Que dire de plus en le lisant et aussi les commentaires. J’ai la chance d’avoir un cheval, AQPS réformé de courses à 6 ans, qui aura 20 ans en mai. Je comptais le mettre gentillement à la retraite pour préserver au mieux sa santé… Mais, après un bilan fait avec la véto positif, et en le voyant bouger lors de travail à pieds ou en balades, j’ai bien vu qu’il n’était pas du même avis que moi.. j »ai donc décidé simplement de me fier à lui et à ses comportements, de bien l’observer et de réagir en fonction de sa santé physique et mentale… de lui faire confiance pour me dire quand et comment je dois agir pour son bien. Aimer un animal, ce n’est pas un investissement matériel ou financier. Aimer un animal, c’est une relation pour le meilleur mais aussi pour le « pire » ; c’est savoir que l’âge apporte ses soucis mais aussi l’expérience, la complicité et aborder d’autres expériences dans la relation qui sont enrichissantes. Un cheval âgé peut rester en forme si l’on s’en donne la volonté, peut rester joueur, mobile, etc… et peut être un « maître d’école » incomparable pour les autres chevaux ou humains qu’il côtoie. Respecter un cheval âgé, c’est l’aimer jusqu’au bout, l’aider à vieillir sans trop de souffrance, qu’il garde au mieux sa santé, être là quand il fermera les yeux, etc… Chaque propriétaire doit bien ça à cet animal qui lui donne beaucoup sans calcul. Aujourd’hui, en observant Lesteem en si belle forme, je fais finalement des nouveaux projets avec lui : stage d’Equifeel et d’autres encore pour notre plaisir commun. Un cheval âgé n’est pas un cheval « fini » à mettre au rebut…

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  7. Je suis tout à fait d’accord avec cet article. Depuis plus de 20 ans je fais de la gérontologie équine. Le plus vieux de mes pensionnaires a 33 ans. Le soin, l’attention est primordial , une couverture l’hiver et un box , 4 vermifuges / an et 5/6 parages à l’annee. Oui cela a un coût mais quel bonheur de les voir bien vieillir, une retraite bien méritée après des années de bons services !

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  8. Quand un vieux cheval s’en va, il faudra bien qu’il parte un jour, quelle tristesse, l’on a beau s’y préparer, mais rien ne remplacera le vieux cheval qu’on avait depuis longtemps, il venait vous voir quand vous arriviez, c’est parfois seulement un hochement de tête dans le paddock, mais c’est sa façon à lui de dire « hé, je suis là », la caresse sur le museau où les poils sont si doux… j’arrête parce que je ne vois plus ce que j’écris, mes yeux sont peins de larmes !

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