Vitamines, minéraux, électrolytes, CMV : on fait le point

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Mise à jour : juin 2016

Merci à Sabrina Peyrille, ingénieur alimentation du cheval et diplômée de l’Université de Rennes en Ethologie du cheval, pour son regard.

Cet article ne substitue pas aux conseils de votre vétérinaire ou d’un nutritionniste, contactez-les en cas de doute.

Les vitamines et minéraux sont indispensables au bon fonctionnement de l’organisme, ils sont notamment impliqués dans l’assimilation et le métabolisme des aliments, le renouvellement des tissus et des cellules ainsi que dans les défenses immunitaires. Comme nous, les chevaux ont besoin de ces nutriments tous les jours et à juste dose, dans le cas contraire ils sont exposés à des carences. Il est donc important de leur fournir une supplémentation adaptée en fonction de leur âge, de leur activité, de leur poids, et de leur sexe, et ce, afin de maintenir leur bonne santé générale. Enfin, contrairement à ce que l’on pense souvent, les chevaux au pré ou en surpoids ont également besoin d’être complémentés.

La supplémentation peut prendre deux formes, soit c’est un aliment concentré (granulé, floconné), soit c’est un complément (CMV), nous nous intéresserons principalement ici au CMV.

Les vitamines
Les vitamines sont classées comme étant des composés solubles dans l’eau ou solubles dans les graisses organiques qui peuvent être naturellement présentes en petites quantités dans les aliments végétaux et d’origine animale.

Les vitamines liposolubles :

  • Vitamine A
    Fonctions : vision, croissance osseuse, reproduction, division cellulaire et différenciation cellulaire. Le cheval ne trouve pas directement de la vitamine A dans son alimentation, mais il la synthétise à partir du béta-carotène qu’il trouve dans l’herbe fraîche ou dans les carottes.
    Signes de carence : le manque de vitamine A se fait principalement ressentir en hiver lorsque le cheval ne bénéficie qu’une source alimentaire à base de foin. Les signes sont un manque d’appétit, une perte de poids, un pelage terne, une cécité nocturne, un larmoiement excessif des yeux, de l’anémie, et même des crises convulsives. Si le cheval est privé durant au moins 6 mois d’herbe fraîche, une supplémentation peut être intéressante.
    Signes de surdose : une surdose en vitamine A se produit généralement quand le propriétaire sur-complémente son cheval. Ses répercussions négatives se font ressentir sur la croissance, sur la peau, le poil, les os et les muscles.
  • Vitamine D
    Fonctions : solidité des os. La vitamine D joue également un rôle dans la contraction musculaire, la croissance et la différenciation cellulaire, le système nerveux central et le système immunitaire.
    Il est rare que les chevaux soient carencés en vitamine D. Il peut y avoir une surdose dans le cas d’une supplémentation.
  • Vitamine E
    Fonctions : antioxydant, maintien du bon fonctionnement musculaire, nerveux, circulatoire, reproducteur et immunitaire.
    Le cheval trouve ses besoins dans l’herbe fraîche et le foin, les taux fluctuent en fonction des plantes, de leur maturité et de la météo. Elle fonctionne avec le sélénium, c’est pourquoi les compléments en vitamines E en contiennent la plupart du temps. Le traitement de certaines affections comprennent une dose plus importante en vitamine E en vue de booster le système immunitaire.
    Signes de carence : à long terme, une carence en vitamine E peut affecter l’appareil musculaire et le cerveau.
    Signes de surdose : il ne semble pas y avoir de risque en cas de surdosage.
    Les aliments industriels contiennent souvent de la vitamine E, pour les chevaux dont le régime alimentaire est exclusivement fourrager, une supplémentation peut être envisageable.
  • Vitamine K
    Fonctions : coagulation du sang, participe à l’activation d’autres protéines et est impliquée dans le métabolisme des os et d’autres tissus.
    Signes de carence : le cheval peut être carencé en cas d’empoisonnement au mélilot ou de foin moisi (ingéré sur plusieurs semaines). Un carence peut également résulter de tout ce qui compromet le microbiote digestif (colique, diarrhée, chirurgie, antibiotiques). Une maladie du foie chronique peut également être un facteur. A long terme carence en vitamine K diminue la coagulation du sang. Des saignements du nez sont souvent l’un des premiers signes, ainsi que des hématomes ou des hémorragies internes.
    Signes de surdose : la vitamine K est rarement toxique à haute dose. Une injection peut entraîner une surdose provoquant une insuffisance rénale aiguë (mortelle).

Les vitamines hydrosolubles :

  • Vitamine B1 (thiamine) : participe à la transformation des glucides en énergie, au bon fonctionnement du cœur, des muscles et du système nerveux.
  • Vitamine B2 (riboflavine) : important pour la croissance du corps et de la production de globules rouges, contribue à transformer les glucides en énergie.
  • Vitamine B3 (niacine) : aide au bon fonctionnement du système digestif système, la peau et les nerfs, et joue également un rôle dans la transformation des aliments en énergie.
  • Vitamine B5 (acide pantothénique) : impliqué dans de nombreuses voies métaboliques, y compris les glucides, les lipides, les protéines et les hormones stéroïdes.
  • Vitamine B6 : joue un rôle important dans de nombreuses réactions du métabolisme aux acides aminés, à l’utilisation du glycogène, à la synthèse de l’adrénaline et de la noradrénaline, et au métabolisme des graisses,
  • Vitamine B7 (biotine) : nécessaire à la croissance cellulaire, la production d’acides gras et au métabolisme des graisses et des acides aminés.
  • Vitamine B9 : aide à produire et maintenir de nouvelles cellules, particulièrement important lors de la gestation, nécessaire pour fabriquer des globules rouges et prévenir l’anémie, entre dans le métabolisme des acides aminés.
  • Vitamine B12 : utilisée pour la formation des globules rouges, la fonction neurologique, et la réplication d’ADN. Elle est également nécessaire pour la production de propionate, une énergie provenant de la fermentation glucides.
  • Vitamine C
    Fonctions : neutralise les radicaux libres, rôle bénéfique sur les muscles, les articulations, les blessures, les piqûres, le stress, la pollution…
    Contrairement à l’homme, le cheval est capable de produire de la vitamine C. Gare cependant à l’accoutumance, certains chevaux sont tellement habitués à recevoir de la vitamine C qu’ils ne peuvent plus s’en passer, c’est notamment le cas des vieux chevaux.
Chevaux sauvages léchant du sel.
Chevaux sauvages léchant du sel.

Les minéraux
Les chevaux souffrent très régulièrement de carences minérales, mais également de surexpositions. Voici donc une classification des carences rares, modérées et courantes calculées dans le cas d’un régime riche en fourrages.
Remarque : les ratios fournis ici sont des ratios de ration complète (par exemple CMV + fourrages).

Risque faible de carences :

  • Calcium
    Fonction : minéralisation osseuse.
    Un excès de calcium peut bloquer l’assimilation du cuivre, du zinc, le manganèse et le fer.
    A savoir que les sols calcaires produisent des fourrages riches en calcium augmentant le risque de carences.
  • Phosphore
    Fonction : minéralisation osseuse.
    L’excès de phosphore existe si le fourrage est faiblement distribué et que le cheval reçoit des quantités importantes de céréales.
  • Potassium
    Fonction : contraction musculaire.
  • Magnésium
    Pour : formation de l’os, effort musculaire, nombreuses réactions enzymatiques.
  • Fer
    Fonction : antianémique.
    Signes de carences : déficit de croissance, inappétence, anémie, fatigue, sensibilité aux infections
    L’excès de fer gène l’assimilation du cuivre et du zinc et peut s’avérer toxique. Attention aux compléments pour chevaux de sport.
  • Manganèse
    Fonctions : fertilité, développement osseux.
    Un excès de calcium peut bloquer son assimilation.
  • Cobalt
    Fonction : métabolisme digestif.
    Signes de carence : baisse de l’état général.
  • Sodium (source : pierre à sel disponible à volonté)
    Fonction : intervient avec le chlore pour la régulation de la pression osmotique cellulaire, équilibre électrolytique et acidobasique.

Risque modéré de carences :

  • Sélenium
    Fonctions : antioxydant
    Signes de carence : dystrophie musculaire, myopathie (poulain), myopathie enzootique de l’adulte.
    Régions carencées : Massif central, Vosges, Ardennes, Jura.
  • Iode
    Fonction : synthèse des hormones thyroïdiennes, reproduction-ossification.
    Signes de carence : goitre, retard de croissance, adynamie, frilosité.
    La teneur en iode dépend fortement de la richesse du sol donc de la région.

Risques élevés de carences :

  • Cuivre
    Fonction : antianémique, développement et résistance de l’os, prévention de l’ostéoporose, élabaration des phanères (poils, corne).
  • Zinc
    Fonctions : ossification, intégrité des téguments, immunité.
    Signes de carence : baisses de la fertilité, lésions cutanées, alopécie.
    Le rapport Cu/Zn doit être d’environ 0,25.

Comment choisir un CMV ?
Règles générales (or reproducteurs et jument gestante) :

  • qu’il soit issu de plantes séchées ou de sources synthétiques, si vous n’avez pas la composition analytique du produit, passez votre chemin,
  • vérifier le rapport phosphocalcique (Ca/P) : il doit être compris entre 1,5 et 1,8 (croissance et cheval au travail). Si le taux de calcium est élevé, on peut l’équilibrer avec un aliment riche en phosphore, mais c’est un « tour d’apprenti sorcier » risqué,
  • vérifier le rapport cuivre/zinc
  • en hiver, misez sur les vitamines A, D, E,
  • si possible, évitez l’apport en fer,
  • évitez l’apport en iode si vous êtes à moins de 200 km de la mer,
  • pas de blocs minéraux ou de sceaux, car les chevaux ne savent pas se réguler,
  • calculer le coût quotidien (en fonction du poids du cheval et des recommandations du fabricant).

Pour les athlètes, il faudra également porter une attention sur :

  • le rapport phosphocalcique proche de 2,
  • les vitamines E et B,
  • l’iode, le sélenium,
  • le chlorure de sodium et plus généralement les électrolytes pour des épreuves très longues.

Pour le vieux cheval :

  • le rapport phosphocalcique proche de 2,
  • les besoins journaliers en vitamines peuvent être plus élevés du fait du métabolisme vieillissant.

La formulation du CMV dépend du sexe du cheval, de son âge, de son activité, mais peut également inclure les analyses nutritionnels des fourrages d’une région ou d’un pays, c’est pourquoi on peut trouver des résultats variables suivant les marques et les pays de fabrication. C’est pourquoi le mieux est de faire appel à un nutritionniste équin qui se chargera des calculs.

Oligovit de Reverdy : sans fer, avec des taux Cu/Zn, de vitamines et de sélenium tout à fait correct.
Oligovit de Reverdy : sans fer, avec des taux Cu/Zn, de vitamines et de sélenium tout à fait correct.

Les électrolytes
Les électrolytes, que sont par exemple le potassium, le sodium, le calcium et le magnésium, régulent la distribution de l’eau dans ces différents compartiments de fluide. On entend souvent parler des électrolytes dans les épreuves d’endurance, car sur de grosses épreuves, les pertes minérales (sueur et urine) peuvent être importantes. En effet, l’équilibre électrolytique a un lien direct avec la fonction neuromusculaire et la fatigue, car les nerfs et les muscles interagissent par des impulsions électriques contrôlées grâce à la distribution d’électrolytes.

Signes de déséquilibre : fréquence cardiaque élevée, plus lente récupération cardiaque, mouvements respiratoires anormaux (flutter), modification du tonus musculaire, sons d’intestins mous, manque de coordination, démarche raide, myosite, épuisement, remontée de la troisième paupière.

Dans les épreuves longues (type endurance), les doses d’électrolytes compensent les pertes d’électrolytes (jusqu’à 15 litres en une heure), ces doses sont absorbées en une à deux heures, il est donc nécessaire d’organiser les prises, par exemple lors des arrêts aux points d’eau afin de ne pas les administrer sur un cheval déshydraté.
Généralement, l’objectif est de reconstituer au moins 30% des pertes de sodium et de potassium. Le sodium, le chlorure, le potassium sont les plus indispensables. Les pertes de calcium et de magnésium sont généralement minimes. Les réserves se seront vite, c’est pourquoi il n’est pas nécessaire de supplémenter son cheval pour de courtes épreuves, mêmes intenses.
Les électrolytes n’amélioreront pas nécessairement la performance, mais ils peuvent améliorer la consommation d’eau, notamment en stimulant la soif grâce au sodium, sauf si le cheval boit mal : dans cas la priorité absolue est que le cheval s’abreuve.

Certains chevaux sont très sensibles à l’administration orale d’électrolytes, car ils peuvent provoquer de vives irritations de la bouche et de l’estomac (ulcérations buccales et salivation excessive), favoriser voire aggraver les ulcères gastriques. Enfin, évitez les compositions contenant du sucre et du bicarbonate de calcium.

Le sel
Le chlorure de sodium (autrement dit, le sel) est un électrolyte qui peut être fourni sous forme de bloc ou de poudre. Il existe deux types de sel : le sel naturel, et le sel raffiné. Le sel naturel comprend le sel marin et le sel gemme (ou fossile). Il est plus intéressant, car il contient du chlorure de magnésium et des oligo-éléments, notamment du fer.
On trouve du sel marin dans les marais salants, par exemple en Guérande, à Aigues Mortes ou à Salin-de-Giraud, sur l’île d’Oléron. Le sel gemme est extrait dans des mines, par exemple à Bex en Suisse, à Varangéville en France, à Wieliczka en Pologne.
Le sel d’Himalaya est à éviter : les conditions d’extractions sont inconnues, aussi bien environnementales qu’humaines. Par ailleurs, production locale couvre largement les besoins et réduit considérablement l’impact environnemental du produit.
Le sel étant un macro-élément, la dose journalière conseillée pour un cheval est d’environ 1 à 3g/kg MS. Généralement, les chevaux se régulent, mais il peut arriver que certains en sur-consomment. L’ennui peut favoriser cette sur-consommation : pour la réduire, augmentez les doses de fourrages, voire optez pour des installations permettant la consommation lente (slow feeding).

Le risque d’intoxication est faible, mais en voici les signes : colique, diarrhée, besoin fréquent d’uriner, et une faiblesse générale.

Bibliographie :

  • Roger Wolter, Alimentation du cheval, France Agricole, 2014

Pour aller plus loin :

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