Biomécanique équine et mécanique équestre : éduquer son oeil

Cet article a été rédigé avec Isa Danne, enseignante en Équitation Classique et cavalière professionnelle.

Qu’est-ce ?
La biomécanique est l’application des lois de la mécanique aux problèmes de biologie, de physiologie et de médecine.
Comme le précise pertinemment Nelly Valère dans son article dans Cheval Savoir, il est utile de faire une distinction entre la biomécanique équine et la mécanique équestre. La biomécanique équine est relative au fonctionnement naturel du cheval, la mécanique équestre est relative à son fonctionnement artificiel induit par la présence d’un cavalier sur son dos.

La longévité du cheval de sport
En termes d’entraînement, il est intéressant de faire un petit aparté sur la carrière opérationnelle des chevaux qui semble bien courte en comparaison des carrières « humaines ». En moyenne, cette longévité sportive est de :

  • 4 ans pour un cheval de dressage,
  • 3 ans pour un pur-sang de course,
  • 3 ans et demi pour un cheval d’obstacles,
  • 6 ans pour un cheval de complet.

SOURCE : TheHorse

La compréhension de la mécanique équestre
La compréhension de la biomécanique équine est relativement bien connue (compréhension anatomique et locomotrice des allures), ce qui n’est pas encore le cas concernant la mécanique équestre qui est un domaine de recherches relativement récent.
Sur le plan de la mécanique équestre, il semble que les vétérinaires tendent à dire que le bon fonctionnement mécanique d’un cheval sous la selle est un fonctionnement mécanique classique. Le problème est de mener des recherches sur le sujet, en réalisant dans un premier temps un protocole viable et fiable. En effet, pour le scientifique ou le praticien spécialisé, la tâche est d’autant plus rude que l’équitation n’est pas nécessairement un sujet maîtrisé. De plus, l’équitation au sens général comporte énormément de paramètres : le cheval, le cavalier et l’équitation en elle-même. A ce titre, il est par exemple, rare qu’un vétérinaire ait un savoir-faire d’écuyer. Voici trois illustrations de recherches, trois cas dans lesquels le chercheur baserait ses observations :

  • sur un cavalier se définissant classique, mais n’obtenant pas en réalité d’équilibre classique = base de l’étude faussée,
  • sur un cavalier classique, mais dont les résultats seront mal interprétés par le chercheur = étude orientée,
  • sur un cavalier pratiquant une équitation de contact ou d’appui = perspectives de recherches futures limitées.

Traiter de mécanique équestre est un art compliqué. C’est la raison pour laquelle il est nécessaire de garder du recul et d’user de son sens critique vis-à-vis de toute étude scientifique, article journalistique, ou avis équestre émanant d’un spécialiste (tel ostéopathe, kinésithérapeute, vétérinaire, etc.). Néanmoins, malgré le fait que ces sources puissent comporter des erreurs plus ou moins graves, elles n’en constituent pas moins des sources de réflexions intéressantes, pour autant que l’on soit suffisamment critique sur la question.

Entraîner son œil : quelques clés de compréhension entre mécanique classique et mécanique de contact (ou d’appui)
La locomotion classique découle de l’étude biomécanique naturelle, tandis que la locomotion de contact (ou d’appui) résulte des conséquences de méthodes d’entraînement spécifiques (rollkür, LDR, etc.) allant contre un bon mécanisme équestre.

Trot allongé
Dans le trot allongé, le posé des diagonaux est simultané, les membres en projection forment comme deux lignes parallèles et la ligne horizontale entre les deux antérieurs (comme si l’on traçait une ligne au sol) est d’égale distance avec la ligne horizontale des postérieurs. L’équilibre recherché est un cheval qui se porte sur les hanches, ce qui favorise l’engagement et une locomotion saine.

Nuno Oliveira au trot allongé.
Nuno Oliveira au trot allongé.

L’appui recherché dans l’équitation de contact rend l’équilibre sur les hanches absent ou médiocre, le cheval ayant trop de poids sur la main du cavalier. Le résultat : mauvais équilibre, crispations entraînant inévitablement l’altération de la locomotion.

Passage
C’est un trot dont la phase de suspension est plus marquée, le cheval se déplace en équilibre dans un trot raccourci.

Anja Beran au passage.
Anja Beran au passage.

La différence entre le passage classique et sportif est exactement du même ordre que l’allongement : le défaut d’équilibre. On met un fort mouvement en avant pour donner du spectaculaire, au détriment de l’équilibre. L’appui génère des contractions du dos, et donc un mauvais fonctionnement physique.

Piaffer
Le piaffer est l’un des mouvements les plus révélateurs de la qualité du dressage : les hanches sont abaissées, le cheval en équilibre sans défaut, les diagonaux se posent simultanément, la nuque est légèrement ouverte.
Le piaffer de démonstration s’exécute sur place, mais il peut aussi être utilisé en exercice de gymnastique en laissant le cheval avancer un petit peu, en le conservant sur place, en l’incitant à reculer, ou en l’engageant dans un mouvement à deux pistes comme l’épaule en dedans.

Nuno Oliveira au piaffer.
Nuno Oliveira au piaffer.

Le problème du piaffer que l’on voit en compétitions est encore un problème d’équilibre. Il est la plupart du temps exécuté sur les épaules ; on voit parfois un fort ploiement des hanches, mais le souci (visible aux antérieurs qui sont en arrière de la verticale) est que le poids reste sur les épaules. Souvent, il a du mal à être réalisé véritablement sur place.

Pour aller plus loin :

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9 réflexions sur “Biomécanique équine et mécanique équestre : éduquer son oeil

  1. Votre site est génial! Je dévore tous vos articles, j’espère en voir vite d’autres apparaître car j’arrive bientôt au bout. Merci pour tous ces infos et conseils.

    PS: Pipolino peut vous remercier de leur faire autant de pub, je viens d’acheter le mien =)

    C.Godenne

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    1. Merci pour votre commentaire, ça fait très plaisir !

      Bien sûr d’autres articles seront publiés ! Il y en a toujours plusieurs en préparation. :) Pipolino et les autres, j’aime référencer les marques que j’apprécie pour leur qualité et leur innovation (utile).

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  2. passionnant ! tout simplement pertinent et une analyse ultra fine, je suis impressionnée.
    Moi petite Be depuis 15 ans, ex cavalière de complet… je ne suis pas portée dressage, je travaille « sur le plat » mais je me retrouve dans toutes vos remarques (ok piaffer passage, pas ma spécialité…).

    Faire comprendre la différence entre la locomotion naturelle du cheval et la biomécanique du travail qu’on peut leur est très délicat. Et là c’est réussi !

    je continuerais à suivre vos articles,

    cordialement.
    V Valleur

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