Peut-on faire toujours confiance aux résultats d’une étude scientifique ? Si je vous dis « Raoult », vous avez sûrement la réponse. 😉
Aujourd’hui, on s’appuie souvent sur la recherche scientifique pour promouvoir ou décrédibiliser quelque chose. Pour autant, il est facile de détourner la recherche pour arriver à ses fins. Réaliser et publier une recherche est facile, mais la réaliser sérieusement et objectivement est plus compliqué.
Cela ne veut pas dire qu’il faut se méfier de la recherche scientifique, mais il est important de comprendre que tous les résultats n’ont pas la même valeur et qu’on ne peut pas conclure d’un seul coup « que le café donne le cancer » (cf vidéo en fin d’article).
Voici un exemple de trois études dont les résultats m’avaient interpellés, soit dans leur choix de protocole, d’échantillonnage ou par leur manque d’informations.
Premier exemple : une étude sur les effets d’un mélange pectine-lécithine pour soigner les ulcères gastriques.
L’objectif de l’étude était de déterminer si le produit pouvait prévenir et guérir les ulcères gastriques.
Contexte : une étude antérieure a montré les effets bénéfiques d’un mélange pectine-lécithine pour soigner les ulcères gastrique.
Le protocole : prendre 8 poneys, leur donner du produit et les priver de nourriture (24 heures sans nourriture, puis 24h de foin).
Résultats : après 72 heures de privation (??), tous les poneys (sauf 1) ont des développés de lésions gastriques.
Conclusion : le produit n’a pas permis de prévenir les lésions induites par la privation intermittente de nourriture.
Mon avis : priver un cheval de nourriture plus de 4 heures par jour fait partie des conditions idéales pour créer des lésions gastriques. En aucun cas, un produit peut luter contre cela, même l’oméprazole ne peut pas protéger l’estomac vide d’un cheval pendant 24h. Le résultat était donc inévitable et ces chevaux ont souffert pour rien.
Deuxième exemple : fer et insulinorésitance
J’ai parlé de cette étude dans cet article.
L’objectif de l’étude était de déterminer si le fer a un impact sur insulinorésistance (IR).
Contexte : plusieurs études (menées sur l’Homme et d’autres animaux) montrent un lien entre hyperferritinémie et insulinorésistance.
Le protocole : questionnaire envoyé à des entraineurs de chevaux de courses (pur-sang anglais).
Résultats : pas d’IR observée chez les pur-sangs anglais.
Conclusion : cette étude a démontré que le fait de dépasser largement les quantités de fer recommandées dans l’alimentation n’a pas entraîné un seul cas d’IR chez les 1978 pur-sang, confirmant l’hypothèse selon laquelle, isolément, un taux élevé de fer dans l’alimentation n’augmente pas l’incidence de l’IR.
Mon avis : forcément aller chercher de l’insulinorésistance chez des pur-sanglais shootés au fer est un objectif ambitieux. L’IR n’est pas seulement déterminer par un excédent en fer, mais par divers facteurs, notamment génétiques et environnementaux. Ce que les études indiquent, c’est qu’on retrouve souvent de l’hyperferritinémie chez les individus insulinorésistants, mais mais on ne sait pas s’il s’agit d’un facteur ou d’un marqueur de l’IR. Ce qui est certain, c’est qu’en cas d’hyperferritinémie, il est conseillé d’éviter les aliments riches en fer.
Si l’étude avait été menée sur des chevaux ou poneys de races sujettes au SME ou PPID (ou même atteints de ces maladies), les résultats auraient été plus intéressants, mais ici, on peut difficilement en tirer quelque chose.
L’avis du Dr Kellon :
Troisième exemple : la spiruline, produit miracle pour les chevaux atteints de SME ?
L’objectif de l’étude était d’analyser l’impact d’une complémentation en spiruline sur la prise en charge d’un syndrome métabolique équin (SME)
Contexte : 18
Le protocole : 18 chevaux haflingers et silésiens ont été identifiés comme sains ou SME et divisés en trois groupes :
- 6 chevaux sains recevant le complément A,
- 6 chevaux EMS recevant le complément A,
- 6 chevaux EMS recevant le complément B.
- régime A : pellets de foin
- régime B : 500g de pellets de spiruline
Base journalière : eau à volonté + 1,5% de poids corporel de foin de fléole des prés + 1 heure de longe par jour
Résultats : les taux d’insuline ont baissé davantage dans le groupe EMS complémentés à l’insuline.
Conclusion : en tenant compte de toutes les données présentées, notre recherche fournit des preuves solides des avantages potentiels pour la santé résultant de l’application de la Spirulina platensis. De plus, nous pensons que l’utilisation de la Spirulina platensis en tant qu’approche alternative complémentaire peut être utile pour soutenir le traitement conventionnel du syndrome métabolique.
Mon avis : le problème principal de cette étude est qu’on ne sait pas comment les chevaux étaient nourris avant ce régime. La spiruline a été utilisée comme un CMV et on sait que l’apport de vitamines et oligo-éléments a une incidence sur le poids et l’insuline. Or si ces chevaux n’avaient jamais été correctement complémentés jusque-là, il est possible que l’apport en vitamines et oligo-éléments ait joué un rôle sur leur taux d’insuline, mais dans ce cas, un autre CMV (bien choisi) aurait pu aussi obtenir le même résultat.
J’ai l’impression que cette étude cherche principalement à faire la promotion de la spiruline, ce qui est un peu dérangeant.
Je me pose aussi la question de la « sécurité alimentaire » de la spiruline. En effet, la spiruline est une ressource naturelle et comme tout produit naturel, sa composition fluctue (origine, météo ou récolte, etc..). Or est-ce vraiment judicieux et pertinent de mettre en avant un produit dont la composition varie d’un lot à l’autre dans un contexte de gestion d’une maladie comme le SME ou PPID ?
C’est amusant je suis tombée sur l’article du Dr Kellon (que j’aime beaucoup), car je cherchais de nouveau l’étude et encore une fois, nos avis se recoupent.
Conclusion
Les études scientifiques nous permettent de faire des avancées majeures dans une multitude de sujets. Pour autant, l’esprit critique est un aussi un principe fondamental dans la recherche. En tant que non-scientifique, il n’est pas toujours aisé de s’y retrouver, mais on peut au moins toujours « prendre avec des pincettes » ce que l’on peut lire ci et là, éviter les conclusions hâtives et prendre garde à l’effet barnum.
Pour aller plus loin
Je vous conseille les chaines YouTube La tronche en biais et G Milgram.
