Le mécanisme de thermorégulation chez le cheval

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Mise à jour : octobre 2015

La thermorégulation
La thermorégulation est la capacité de l’organisme à garder une chaleur constante. C’est un processus comprenant plusieurs facteurs :

  • la peau : de différentes épaisseurs, elle protège des changements de températures extérieures et conserve la chaleur intérieure,
  • la vasoconstriction ou la vasodilatation des artères : elle régule le flux sanguin permettant au cheval d’apporter du sang chaud sur certaines zones ou d’en refroidir d’autres,
  • les glandes sudoripares : en suant, le cheval refroidit et adapte sa température corporelle à la température extérieure,
  • le poil : il protège du froid et est hydrophobe. Quand il pleut par exemple, des gouttières se forment protégeant la peau de l’eau, et quand il fait froid, le petit muscle associé à chaque follicule pileux permet de maintenir l’horripilation (l’hérissement des poils) offrant ainsi une meilleure isolation grâce au confinement de l’air. Le photopériodisme (variation de la durée du jour et de la nuit) est le principal facteur de la pousse du poil, et dans une moindre mesure, la température de la peau. La boue et la neige servent de protections supplémentaires,
  • la graisse : trois fois plus isolante que les autres tissus, elle est une arme indispensable contre le froid. C’est pourquoi, à l’approche de l’automne, les chevaux ont emmagasiné 20% de poids supplémentaire. A ce stade, soulignons qu’un poil trop long n’est pas signe de bonne santé puisqu’il est généralement produit par des chevaux malades ou âgés qui dont du mal à garder de l’état. A contrario, on peut voir des chevaux sujets à l’embonpoint limiter l’épaisseur de leur toison ;
  • la taille : pour ce qui est d’affronter le froid, les grands chevaux sont mieux protégés que les petits chevaux ou les poneys d’où la production d’une épaisse couche de poils,
  • l’alimentation continue : le processus de digestion sert de chauffage interne durant l’hiver,
  • la réduction de l’activité physique permet de ne pas élever la température corporelle durant l’été, alors qu’en hiver, de brefs moments d’activités permet de l’élever,
  • les stratégies de la vie en groupe : en hiver, les chevaux se regroupent pour réduire la perte de chaleur, ils prennent des bains de soleil, et adoptent des postures de protection (se tenir contre les intempéries dans une posture basse).

SOURCE : Holistic Horse & Hoof Care

Affronter la chaleur
Très sensible à la chaleur, un cheval se réchauffe 10 fois plus vite qu’un humain. Et en un peu plus de 15 minutes de travail, sa température corporelle peut déjà atteindre un niveau élevé et dangereux risquant de provoquer colique et insuffisance rénale.
En une heure, un cheval peut transpirer l’équivalent de 15 à 20 litres d’eau dans des conditions fraîches et sèches, et 30 litres lorsque le temps est chaud et humide. Seulement 25 à 30% de la sueur s’évapore, le reste coule le long de la peau. Il y a quatre fois plus de sel dans la sueur du cheval que la sueur humaine, il est donc particulièrement recommandé de laisser une pierre à sel en libre service.
Pour refroidir efficacement un cheval, il ne faut surtout pas le couvrir (même d’une couverture spéciale), et répéter plusieurs fois : douche et essorage au couteau de chaleur. Il est important d’essorer le cheval pour ne pas que l’eau se réchauffe et réchauffe à nouveau l’organisme. En suivant cela, la température peut baisser de deux degrés en dix minutes. Bien sûr, laissez de l’eau propre à disposition du cheval afin qu’il puisse s’hydrater.
Il est également très important d’acclimater son cheval, et ce bien avant la saison des concours. Les chevaux habitués à s’entraîner sous la chaleur ont de meilleures temps de récupération, s’entraîner « à la fraîche » et concourir durant la pleine chaleur de l’après-midi ne met donc pas le cheval dans les meilleures conditions.

Face au froid
Grâce à la thermorégulation, le cheval est capable d’affronter les températures basses de l’hiver, si plusieurs conditions sont réunies :

  • une vie sociale,
  • du mouvement 24h/24,
  • du foin accessible 24h/24,
  • l’accès à un abri construit ou naturel,
  • un suivi régulier des pieds, des dents et du niveau de parasitisme.

Lorsqu’on constate qu’un cheval a froid, c’est principalement pour deux raisons : l’absence d’abri et le manque de nourriture. Bien souvent, le cheval a froid lorsque le temps est humide et froid plutôt qu’humide et sec, il lui est plus difficile de supporter une température proche de 0°C sous une pluie battante qu’un froid sec, les pieds dans la neige. Un cheval qui a froid contracte les abdominaux, se tient voussé, et plaque sa queue, cherchant ainsi à économiser de la chaleur. Si le froid est plus difficile à supporter, le cheval grelotte ce qui lui permet d’activer les muscles et de se chauffer. Les chevaux qui manquent d’état devront être couverts (suivant le temps) afin de ne pas les épuiser énergétiquement.

L’alimentation est la première variable à prendre en compte lorsqu’il est fait froid, car les besoins varient en fonction des conditions climatiques, pour les connaître je vous conseille la lecture de cet excellent article.

Le cheval a tous les outils pour se chauffer.
Le cheval a tous les outils pour se chauffer.

La tonte
Généralement, on choisit de tondre son cheval quand ses conditions de vie ne sont pas idéales, c’est-à-dire lorsque le cheval vit une grande partie de la journée en box (il y a aussi une autre raison, totalement incohérente et stupide que nous ne développerons pas, une raison purement esthétique visant à lui donner un « look sport »). Toutefois, même en passant sa vie au box, la tonte est loin d’être obligatoire. Tondre cause même des dysfonctionnements sur la thermorégulation du cheval puisqu’elle met à mal son processus : on annihile les effets protecteurs du poil, on tond certaines parties du corps et pas d’autres, etc. Cela n’a donc rien d’anodin.

Pourquoi opter pour la tonte ? Tout simplement pour gagner en temps de séchage lorsque l’activité du cheval est intense et qu’il vit principalement en box. On évoque souvent le risque pour le cheval, de « tomber malade », mais c’est un mythe. C’est donc plus une raison d’esthétique et de praticité que pour une réelle raison de santé.
Que faire s’il on décide de ne pas tondre ? Cela sous-entend que le retour au calme après le travail est prolongé, et que le cheval bénéficie d’un lieu tempéré et aéré. On évite de mettre immédiatement son cheval au box, car le manque d’aération peut déclencher un deuxième effet de chaleur (un peu comme s’il était dans un hammam). Dans cette situation le mieux serait de le placer sous une lampe chauffante, ce qui est relativement rare dans les écuries. Une autre solution consiste à utiliser une couverture séchante, mais pas n’importe comment. Premier point : il ne faut pas frictionner son cheval avec de la paille, car ce massage réactive les muscles et provoque un deuxième effet de refroidissement, ensuite parce que le poil est prévu pour rejeter naturellement la sueur vers l’extérieur (la peau est sèche). Deuxième point, la couverture séchante doit être utilisée comme une éponge, c’est pourquoi une fois mouillée, elle doit être aussitôt retirée sinon elle bloque le séchage (ne la laissez pas toute la nuit !). D’ailleurs, si vous souhaitez faire des économies, des serviettes éponges jouent très bien ce rôle.

Pour savoir s’il faut ou non tondre son cheval, il faut évaluer l’intensité du travail, celle de la transpiration et les conditions de vie. Excessive dans un travail quotidien, la tonte est envisageable, ce qui n’est pas le cas lorsque le travail est irrégulier et que le cheval vit dehors. Il est tout à fait possible de conserver l’épaisse toison de son poney pour aller se balader une fois par semaine : même si la sueur est excessive, la tonte ne se justifie pas, car le reste du temps le poney préféra conserver ses poils que de porter une couverture.

Les contraintes des couvertures
Lorsqu’un cheval est tondu, il est privé de sa meilleure protection, son poil, il faut donc compenser cette perte. La solution est simple et complexe à la fois : couvrir le cheval. Pourquoi complexe ? Parce que le choix de la couverture dépend de la tonte et que celle-ci contribue à créer des déséquilibres thermiques (par exemple le fait que le ventre tondu soit à découvert alors que les reins non-tondus, ne le sont pas) ; ensuite, parce que le modèle doit donc être adapté aux conditions de vie du cheval (box, journée ou nuit au pré) et suffisamment bien coupé de manière à ne pas gêner, ni blesser. Le choix du grammage dépend de son lieu de vie, de sa condition physique et des températures. Gare à l’anthropomorphisme : choisir une couverture trop chaude risque de le fragiliser et de l’en rendre dépendant.

Ici nous avons tout du mauvais exemple : couverture inadaptée sur chevaux largement équipés pour vivre sans couverture. Le point positif : le foin qui constitue le meilleur chauffage.
Ici nous avons tout du mauvais exemple : couverture inadaptée sur chevaux largement équipés pour vivre sans couverture. Le point positif : le foin qui constitue le meilleur chauffage.

En plus de son choix, le second inconvénient majeur de la couverture est qu’elle ne peut être laissée sans surveillance : une visite quotidienne permet de vérifier qu’elle est bien placée et ne blesse pas. Pour un cheval qui vit au pré, il est préférable – si les conditions climatiques ne sont pas trop mauvaises – de ne le couvrir que la nuit afin de laisser son poil respirer le reste de la journée. En effet, laisser le poil enfermé sous la couverture est propice au développement de problèmes cutanés. Sinon vous pouvez aussi demander l’avis de votre cheval !

Qu’en est-il de la vitamine D ? On reproche souvent aux couvertures d’annihiler la production de vitamine D. Une récente étude semble indiquer que cela n’est pas le cas et qu’un cheval reste tout à fait capable d’en produire. Les chevaux enfermés à l’écurie sont davantage concernés par ce problème.

Enfin, lorsque le cheval est tondu, il est plus sensible aux changements de température, et le simple fait de retirer la couverture pour le pansage peut vite devenir désagréable : veillez à couvrir les reins rapidement ou à le préparer sous une lampe chauffante.

Les vibrisses sont des organes sensoriels propres à certains animaux, dont les mammifères. Il s’agit de longs prolongements kératinés (poils chez les mammifères, plumes chez les oiseaux) qui transmettent leurs vibrations à un organe sensoriel situé à leur base. Chez le cheval, ce sont les longs poils se trouvant tout autour de la bouche. Elles sont utiles au cheval lorsqu’il ne peut pas voir ce qu’il sent étant donné qu’il est trop près. (Source : wikipedia)

Un cheval se sert donc de ses vibrisses pour sentir nos mains s’approcher, brouter ou lors des contacts sociaux (grooming). Or, lors de certains toilettages, les vibrisses sont coupées, ce qui relève plus de la cruauté animale qu’à de l’esthétique car privé de ses vibrisses, le cheval est littéralement privé d’un de ses sens. Interdite en Suisse, c’est une pratique parfois rencontrée en France, et de manière plus anecdotique sur les chevaux de la Reine d’Angleterre…

Enfin, l’usage du tord-nez dans la pratique des soins du cheval est une pratique barbare et archaïque dont l’usage est encore trop répandu (pire lorsqu’il est utilisé sur l’oreille !). Le tord-nez est un instrument extrêmement douloureux qui ne doit être utilisé qu’en cas d’urgence grave, et non pas palier à un manque d’éducation du cheval et à son habituation aux soins.

Vibrisses.
Vibrisses.

Pratiques barbares : la tonte des vibrisses et l’usage du tord-nez
Il est important de faire un point sur les vibrisses, trop souvent tondues alors qu’elles constituent un organe sensoriel à part entière.

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2 réflexions sur “Le mécanisme de thermorégulation chez le cheval

  1. Merci, voilà la confirmation écrite de ce que j’explique à ma fille. A voir faire n’importe quoi dans les manèges, pour elle c’est moi qui ai tort.

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