L’effet d’ensemble

Je pense qu’il est important de parler de l’effet d’ensemble, de clarifier finalement ce que je cherche dans mon équitation, dans le travail de mes chevaux et des chevaux que l’on me confie.

Je vais essayer de décrire simplement les étapes qui donnent accès à l’effet d’ensemble et expliquer pourquoi c’est un chemin que j’estime correct.
Finalement en ligne de fond il faut bien comprendre que ce que je décris vous mène au véritable rassembler, et donc au fonctionnement le plus adéquat pour qu’un cheval porte bien son cavalier, et ne souffre pas dans son corps de l’activité « équitation ».

Première étape : les jambes et les mains séparément
« Mains sans jambes et jambes sans mains », tellement connu, répété mais si peu pratiqué. Pour mettre en place cette célèbre phrase il faut être très rigoureux et avoir un bon timing.

Donc ce qu’il faut comprendre c’est aussi qu’il n y a jamais de recherche d’un contact constant c’est même à proscrire ! Le contact constant soit-disant pour que les chevaux mettent le dos est une dérive de l’équitation militaire et dite « moderne » ce n’est en aucun cas une vérité, juste une croyance très couramment enseignée, hélas…

Sara et Ufano, jambes sans mains. On voit des rênes détendues et une légère pression des jambes. Action qui s’occupe d’enclencher le moteur à un moment où il y en avait besoin.

Les jambes
Elles ont deux valeurs, l’impulsion et, disons, la direction des hanches/postérieurs.
Pour l’impulsion, je mets mes jambes, aussi légèrement que sur mes chevaux les plus éduqués c’est-à-dire contact avec le haut du mollet face interne et une pression qui pousse à peine le poil. J’attends comme réponse de mon cheval qu’il soit réactif instantanément et si ce n’est pas le cas j’utilise alors le stick (stick utilisé uniquement pour l’impulsion, si je pouvais m’en passer totalement avec les mêmes résultats je le ferais… je cherche toujours dans la technique le moyen de m’en passer).
Pour l’impact des jambes sur les hanches (abaissement lié à une demande d’impulsion plus grande sur des hanches assouplies par le travail en amont) et les postérieurs (croisements améliorés par les gymnastiques classiques), je précise que la qualité de réponse que vous donnera le cheval est en étroit lien avec l’équilibrage que demande la main.
Ce qu’il faut comprendre c’est que sans équilibre (la main) les hanches et postérieurs ne peuvent pas être correctement disponibles, ni latéralement ni dans leur abaissement.

Émilie et Cid, mains sans jambes, Émilie est en train de rééquilibrer Cid. Les mains demandent l’équilibre sur un moteur déjà présent.

La main
Équilibre latéral et longitudinal (abaissement des hanches lié à l’impulsion) et direction (épaule et hanches en latéral).
Dès les premiers pas du cheval sous la selle (ou en main à pied) le travail du cavalier doit permettre d’installer progressivement la barrière de la main.

Pourquoi cette « barrière », cette main fixe est à mettre en opposition aux mains qui suivent la bouche ?
Sans barrière, sans limite la main n’a aucune valeur pour le cheval, elle ne peut pas déterminer un équilibre précis. Elle n’est qu’une pression constante (contact constant sur la bouche) mais mouvant (main qui suit le balancier de l’encolure) et donc ne peut pas jouer son rôle sur l’équilibre, qui mène au rassembler. Si la main suis la bouche du cheval comme souvent c’est enseigné, alors pourquoi le cheval s’équilibrerait sur ses hanches ?

Parlons de la raison qui a fait penser à un grand nombre de cavaliers (pros et amateurs) qu’il fallait suivre la bouche du cheval (le mouvement de balancier naturel de l’encolure). Il est vrai que pour se déplacer au naturel le cheval se sert de sont encolure, il projette le poids de sa tête par son mouvement d’encolure vers l’avant créant ainsi un déséquilibre qui lui permet d’avancer ses antérieurs et donc un déplacement économique. Mais dans ce cas c’est un cheval nu sans cavalier, sans poids sur son dos a porter et c’est bien la que réside, de mon point de vue, l’écueil dans l’équitation actuelle.

Quand le cheval est monté il doit porter une charge (le cavalier) et de surcroit se mouvoir sous contrôle de celui-ci. Donc il doit pouvoir organiser son fonctionnement à hauteur de ces nouvelles contraintes.
Pour pouvoir porter il faut qu’il transforme son fonctionnement naturel qui ressemble, disons a une traction avant, en un fonctionnement qui serait une propulsion arrière.

Eric Augereau et son cheval au trot allongé. Très léger contact sur le mors de filet, mains sans jambes : il rééquilibre sur un moteur déjà actif.

Pourquoi ? Cette propulsion arrière, si je fais un gros raccourci, permet en fait au cheval de vraiment porter son cavalier, car il permet l’abaissement des hanches, donc l’étirement du ligament supra-épineux (du garrot vers l’arrière-main : abaissement des hanches donc allègement de l’avant-main), c’est ce qu’on appellera « le rassembler ». On ne peut l’atteindre que grâce à un bon équilibrage (la main) et aussi à toutes les gymnastiques classiques (bien comprises).

Eric Augereau et son cheval, au piaffer. Descente de mains et jambes, dans l’équilibre parfait le cheval peut se passer d’aide, il tient équilibre et impulsion seul.

Juste un petit mot sur les résistances, que vous racontent elles ?
C’est un simple problème d’équilibre et/ou d’impulsion et raideur. Donc quand il y a résistance du cheval (bouche dure, tension sur une ou les deux rênes, non respect de la jambe…), il faut lui proposer un exercice qui lui permettra de retrouver l’équilibre adéquat, l’impulsion, la souplesse et donc la légèreté. Il est important de souligner que pour avoir la main fixe il faut avoir une position exemplaire, c’est une des clés majeure d’une équitation supérieure qui permettra au cheval d’évoluer vers un meilleur équilibre et un fonctionnement harmonieux.
Lorsque le cheval a appris la valeur des jambes et des mains, jours après jours, alors plus le travail avance plus l’impulsion et l’équilibre deviennent une évidence pour votre cheval. Il se porte de lui même en avant à la moindre demande et maintien son impulsion sans aucune demandes répétitives de vos jambes (à bannir de votre équitation). Le cheval est alors très fin, il est rompu au travail, connait bien ses gammes…

Jambes et mains « effet d’ensemble » qui doit être suivi d’une descente d’aide si j’ai bien fait mon travail.

Deuxième étape : les mains et les jambes ensembles
A ce stade l’effet d’ensemble est une évidence, car tout simplement votre cheval peut y répondre par l’autograndissement car il en a les moyens physiques et la compréhension de ce qu’il peut faire avec son corps.
Votre cheval sera de plus en plus à l’aise dans son équilibre vertical, qui apportera rebonds à toutes vos allures et augmentera le niveau de rassembler.

Voilà, ce que vous sentirez si vous arrivez jusque-là.
Votre cheval perd l’équilibre, je parle, a ce niveau, de grammes (sensations) sur une épaule plus que l’autre par exemple. Alors si la porte (la main, la rêne) reste fermée et que vous mettez les jambes (doucement) à ce moment le cheval va tout simplement mettre plus d’impulsion, d’énergie, de moteur et abaisser ses hanches puisque la porte devant est fermée, il abaissera la hanche qui est dans la diagonale de l’épaule surchargée, le garrot monte et donc on obtient un relèvement de l’avant-main, c’est à ce moment que de lui même il passe au dessus de la main ( différent de derrière la main ) tout en restant rond et ultra vibrant, sensible à toutes les demandes de son cavalier. (Je précise à nouveau qu’il y a une très grande différence entre un cheval léger devant les jambes : rassembler et un cheval léger derrière les jambes : faux rassembler).
Si vous arrivez là avec votre cheval c’est qu’il a été bien éduqué à ployer les hanches et les articulations basses de l’arrière-main, car il respecte la barrière de la main et tient son impulsion seul (la plupart du temps).
L’abaissement des hanches, n’est possible que parce qu’il y a contraction abdominale (grâce à la prise d’équilibre sur une base impulsive correcte), cela provoque du coup l’étirement du ligament supra-épineux, accroché au garrot jusque vers l’arrière-main, la nous pouvons parler de « montée du garrot ». C’est ainsi uniquement que votre cheval pourra dédier toutes ses forces à son cavalier sans en souffrir dans son corps à court ou long terme.

Eric Augereau et son cheval, descente d’aides au piaffer. Le cheval tient son équilibre et son impulsion seul.

En vérité beaucoup de gens pensent que c’est un effet contraire au célèbre mains sans jambes et jambes sans mains, mais il n’en est rien, car en fait il en est le prolongement logique. Le cavalier passera de l’un à l’autre en fonction des besoins, avec aussi les descentes de jambes et de mains.

Si l’effet d’ensemble ne fonctionne pas sur votre cheval, c’est que le travail en amont, l’éducation de base (main sans jambe et jambe sans main) n’a pas été bien comprise et surement du coup pas correctement expliquée à votre cheval !
Il faut bien comprendre que les chevaux éduqués pour une équitation de contact constant sans recherche d’équilibre (équitation actuellement le plus souvent enseignée) ne peuvent pas non plus y répondre…
Alors à vous de choisir ce que vous voulez, danser ou porter votre cheval !

Ufano trot moyen en descente d’aides, il tient son équilibre et son impulsion sans mon aide.

2 commentaires sur « L’effet d’ensemble »

  1. Bonjour,
    Article passionnant, merci. J’ai 2 points que j’aimerais aborder :
    1 / Préconisez-vous en amont de la recherche du rassembler, le travail en extension d’encolure (encolure longue plutôt horizontale) pour que le cheval vienne donner son dos ? Recherchez-vous un cheval qui vienne prendre de lui même un contact (pas d’appui mais un contact) ?
    2 / En ce qui concerne l’équilibre demandé par les mains, c’est bien par le demi-arrêt ?

    Merci bonne journée

    Lila.

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    1. Bonjour,

      Je me permets de répondre à la place d’Isa Danne.

      1/ Oui et non. Sur les jeunes chevaux, l’encolure peut conserver une posture plus moins horizontale, mais toujours avec une nuque plus haute que le garrot (même de 1 cm). Sur des chevaux avancés, l’angle tête encolure n’est pas forcément fermé, mais la hauteur de la nuque est plus haute, le chanfrein plus vertical ou plus ou moins en avant suivant les besoins. Dans les deux cas, les pauses sont régulières (et pratiquées à l’arrêt), et là, l’encolure est toujours laissée libre.
      Ce que l’on appelle généralement « contact » est en réalité déjà de l’appui. Il s’agit surtout d’un signe de déséquilibre, l’appui est donc toléré sur un court instant jusqu’à la reprise d’équilibre (rênes redevenues fluides). Bien sûr, à la charge du cavalier de trouver la solution pour rééquilibrer son cheval à ce moment T.
      2/ Non, Isa Danne ne pratique pas et n’enseigne pas le demi-arrêt. Il y a des exercices plus efficaces pour rééquilibrer un cheval, comme l’arrêt et le reculer.

      Articles :
      https://demivolteface.com/2017/11/10/mains
      https://demivolteface.com/2017/01/21/lengagement
      La totalité des articles d’Isa Danne : https://demivolteface.com/author/isadanne

      Voilà, j’espère que cela répond à vos questions.

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