A la recherche du mors parfait

Ces derniers temps, je me suis beaucoup intéressée au sujet de l’adaptation du mors et du coup, j’ai eu envie de vous faire un petit article qui synthétise un peu mes recherches.

Il s’agira de donner quelques généralités, tendances, préférences, mais attention ce ne sera pas des règles absolues. Tout cela devra être adapté sur le terrain, en fonction du cheval et de son partenaire.

Je ne parlerais ici (presque) que de mors simples et brisés.

Rappel : contrôler les tables dentaires du cheval au moins 1 fois par an (sauf avis contraire).

Les illustrations sont extraits de deux webinaires également intégrés en bas de l’article :

Les observables de base

Du coté cheval :

  • la forme du palais : plat ou concave, large ou étroit,
  • la forme des barres : normales ou pointues,
  • l’épaisseur de la langue : normale ou épaisse,
  • des marques de blessures,
  • le comportement : réticence à prendre le mors, comportements de défense, etc.

Du côté cavalier :

  • le niveau : fixité des mains, dextérité, symétrie…
  • les positions de mains : hautes, basses, les deux ?
  • les disciplines pratiquées.

Droit, simple ou double brisure ?

Le choix de la brisure va avec celui des canons, mais pour des raisons pratiques, je vais commencer avec la brisure.

La brisure va influer sur la stabilité du mors et la transmission d’information.
Sur un mors droit, les informations latérales sont moins perceptibles, c’est pour cela, qu’ils sont plus adaptés aux équitations où l’on tourne à deux mains (attelage, équitation de travail, équitation américaine).
Sur un mors simple, l’information de latéralité est plus claire et sur un mors double brisure, c’est encore plus prononcé.

Comme je le disais un peu plus haut, je vais parler dans cet article de mors brisé.

Les chevaux préfèrent en général les mors double brisure, mais en cas de doute, le mieux est d’essayer, car les modèles en simple brisure ont beaucoup évolué ces dernières années et certains peuvent donc tout aussi bien convenir.

La brisure simple

La majorité des mors simple brisure du marché sont des mors asymétriques, c’est-à-dire qu’ils ont un canon plus long que l’autre. Imaginez la difficulté ensuite de construire un travail symétrique avec un tel outil…

Cependant, il existe des mors en brisure simple ET symétrique. On en trouve chez : Bombers, Neue Schule, Sprenger.

Pour ceux et celles qui redoutent que la brisure vienne contre le palais, il existe également des modèles symétriques ET autobloquant.

Sur la photo 1, un mors simple brisure asymétrique. Sur la photo 2, une conception symétrique.

La brisure double

Sur le marché du mors double brisure, on trouve un peu de tout, mais il y aura des différences majeures entre :

  • la longueur de la brisure,
  • sa forme,
  • et son angle d’inclinaison (horizontale, verticale ou inclinée).

Comment choisir ?

Comme nous le voyons sur cette image, la mandibule inférieure se rétrécie exactement là où se place la brisure (position E sur la photo).

Selon les relevés de Sprenger la distance entre les deux barres de la mandibule inférieure est en moyenne de 3,5 cm. Or la plupart des brisures doubles du commerce sont font 4 cm et sont souvent aussi très volumineuse.

Les œillets des canons risquent alors de se positionner juste au dessus des barres. Et malgré la langue qui fait office de protection, il est possible que le cheval ressente de l’inconfort.

L’autre zone sensible du cheval, c’est le palais.
Les brisures trop épaisses peuvent être désagréables parce qu’elles appuient sur le palais.
L’angle et le diamètre des œillets peuvent être également être problématiques, car eux aussi, viennent en contact avec le palais.

Une double brisure inadaptée peut aussi pincer la langue.

On voit ici que les œillets se positionnent juste au dessus des barres.
Sur cette image, le premier mors est un mors « classique », sur le second il s’agit du mors KK Ulra donc la brisure a un angle d’inclinaison de 45°.
Sur la photo 1, la brisure est trop grande. Sur la photo 2, la brisure est plus adaptée.

La forme des canons

Techniquement, la bouche du cheval n’a pas de place pour accueillir une embouchure, d’où l’importance de choisir des canons bien dessinés.
Des canons cintrés laissent plus de place à la langue et lui permettent donc de mieux fonctionner.

Ici les canons n’ont aucune découpe particulière et sont particulièrement volumineux. C’est le genre de conception à éviter ++.
Ici les canons sont cintrés ce qui permet de laisser une belle place à la langue.

Enfin, les mors épais ne sont pas plus « doux » et les mors « fins » ne sont pas plus durs. Pour les explications, je vous renvoie à l’article de Leatitia Ruzzene qui démonte cette idée reçue.

Le choix des anneaux

Les anneaux libres « vibrent » davantage : ils transmettent l’information plus rapidement.
Le diamètre des anneaux n’a pas d’impact sur la force répercutée sur le mors.

Les anneaux fixes :

  • offrent plus de stabilité,
  • un peu plus « lents » à transmettre l’information,
  • évitent le risque de pincement à la commissure,
  • les modèles type Verdun et Aiguille offrent plus d’encadrement.

Photographie De Profondeur De Champ De Femme équitation Cheval Brun

Le matériau

Sur le marché, on trouve principalement de l’inox, des alliages en cuivre, du fer doux et du titane.

L’inox :

  • bon marché,
  • facile d’entretien, durable dans le temps,
  • monte lentement en température,
  • goût assez neutre,
  • difficile de trouver de « bons » modèles.

Les alliages en cuivre (Cyprium, Salox, Sensogan)

  • onéreux,
  • tiennent bien dans le temps (si bien entretenus),
  • montent assez vite en température,
  • goût modéré.

Le fer doux :

  • moyennement onéreux,
  • l’oxydation rend le mors moins lisse voire rugueux,
  • goût assez prononcé.

Le titane :

  • onéreux,
  • goût assez neutre,
  • on dit qu’il est doux au toucher, je trouve plutôt que c’est assez rugueux,
  • le titane est léger, mais un mors en titane n’est pas forcément un mors plus léger (par exemple si la structure du mors est un Verdun en acier plein).

Il existe d’autres matériaux comme la résine, le caoutchouc, le cuir…, mais ce sont des matériaux imparfaits et pas forcément sûrs (matériaux irritants, abrasifs, risque d’ingestion, de casse, etc.).

La taille du mors

Un mors trop grand ou trop petit risquent de blesser.
Un mors trop grand augmente aussi l’imprécision (à cause de l’instabilité latérale). Attention à la fausse bonne idée des rondelles pour rétrécir le mors parce que c’est peut-être le modèle tout entier qui est trop grand.

Les mors fixes doivent coller aux commissures (sans les comprimer) tandis que les mors libres doivent laisser un petit espace libre d’environ 0,5 cm entre l’anneau et la commissure.
On peut donc choisir une taille en dessous si on choisit des d’anneaux fixes ou inversement (une taille au dessus), si l’on souhaite des anneaux libres.

Les mors arqués demandent parfois d’être choisis dans une taille au dessus de la taille habituelle.

Attention, concernant les tableaux de tailles suivant la hauteur au garrot, ce sont des infos très générales. Il vaut mieux, soit utiliser un outil (spécifique, une ficelle ou un petit bout de bois), soit mesurer le mors actuel qui convient bien.

Quelques infos sur les marques et modèles du marché

BR : sur les modèles en cuivre, les brisures mesurent 3 cm.
Le point fort de la marque est de proposer un très large choix de modèles pas trop mal dessinés et à prix abordables.
Et pour ceux qui cherchent des petites tailles, le choix est là et c’est vraiment chouette.

Neue Schule : les brisures mesurent 3 cm.
La marque propose différents dessins : du classique au plus sophistiqué comme le Verbinden ou les mors Turtle.
La brisure « Turtle » est une sorte de capsule qui protège le palais. Ce type de brisure est également autobloquante : on ne peut pas pousser le mors vers le haut. Cette brisure est conçue pour les cavaliers qui montent avec les mains basses, pour ceux qui peuvent monter mains hautes, elle n’est pas optimale.

Sprenger : les brisures mesurent 2,5 cm.
La marque a développé une forme de canons qui permet à la brisure de se positionner à 45° sur la langue. Cela évite que les œillets ne viennent en contact direct avec le palais.

Si vous cherchez de petites doubles brisures classiques : Neue Schule, Sprenger

Si vous cherchez des modèles simples brisures symétriques : Bombers, Neue Schule, Sprenger, Trust

Si vous cherchez des mors courbes/arqués en cuivre : BR, Neue Schule, Stübben.

Si vous cherchez des mors courbes/arqués en inox : Myler

Si vous cherchez des mors courbes/arqués en fer doux ou titane : Bombers

Si vous cherchez des canons fins : BR, Neue Schule

Si vous cherchez des canons épais mais dessinés : Neue Schule, Sprenger, Trust

Si vous cherchez des modèles peu classiques : Bombers, Neue Schule, Sprenger

Si vous cherchez des modèles autobloquants : Bombers, Myler, Neue Schule, Sprenger, Stübben, Trust

Si vous cherchez des petites tailles : BR, Bombers, Neue Schule, Sprenger, Trust

Pour les petits budgets : BR et seconde main

Je ne mentionne pas une certaine marque suédoise suite à une mauvaise expérience : les mors sont dissymétriques, un défaut de fabrication grave que la marque a pris avec beaucoup de légèreté… J’ai constaté ce défaut sur plusieurs de leurs modèles, elle ne sera donc pas mentionnée ici.

Le réglage du mors

Un mors réglé trop haut peut heurter les prémolaires et augmente la pression sur la nuque tandis qu’un mors réglé trop bas peut heurter les crochets ou tout simplement être source d’agacement pour le cheval.

Il est donc important de placer le mors correctement, quitte à faire un trou de plus dans le montant du filet.

L’hygiène du mors

Il y a quelque chose d’important à dire et à redire : laver son mors après chaque utilisation doit faire partie de la routine de soins.

Pour une question d’hygiène, mais également de confort : les saletés séchées deviennent rugueuses voire sources de petites blessures.

Et les ennasures ?

Et ce que le problématique « adaptation du mors » peut être résolue en choisissant une ennasure ? Pas vraiment.

En pratique, les ennasures appliquent plus de pression sur le nez et la nuque qu’une muserolle serrée (voir graphique ci-dessous).

Quand on utilise une embouchure, le cheval peut ajuster la pression avec sa langue. Quand on utilise une ennasure, le cheval ne peut pas se soustraire à la pression puisque l’ennasure repose directement sur l’os. Il peut « juste » secouer la tête.

Le choix de l’un ou de l’autre est surtout de l’ordre personnel, mais sur le plan éthique, ce n’est pas tout rose.

Pour aller plus loin

Pour toutes les autres questions qui n’ont pas été abordées ici, je vous conseille fortement le blog de Laetitia Ruzzene qui est juste une pépite en termes d’informations et qui fait la peau aux mythes et idées reçues autour des mors. Et puis, pour une fois que nous avons la chance que ce soit en français… 😉